Au Cameroun, en 2025, les exportations de sucre ont atteint un volume record de 8.047 tonnes de sucre, contre seulement 512 tonnes en 2024. Ce qui représente une hausse de 429% en glissement annuel, un niveau inédit au regard des tendances récentes de la filière. L’information est révélée par l’Institut national de la statistique (INS) dans son rapport sur les statistiques du commerce extérieur.
Cette dynamique intervient toutefois dans un contexte paradoxal. En effet, le marché sucrier camerounais demeure structurellement déficitaire. Avec une production annuelle oscillant généralement entre 120.000 et 160.000 tonnes, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), principal acteur du secteur, peine à satisfaire une demande nationale estimée à près de 300.000 tonnes par an. Ce déséquilibre chronique conduit régulièrement les autorités à autoriser des importations afin de prévenir les pénuries et de stabiliser les prix sur le marché local.
Dans ce contexte, la forte hausse des exportations interroge davantage sur la nature des flux enregistrés que sur un réel gain de compétitivité de la filière sucrière camerounaise. Pour plusieurs analystes, ces volumes pourraient refléter des arbitrages commerciaux ponctuels, motivés par des différentiels de prix favorables dans certains pays voisins, plutôt qu’une stratégie structurée de conquête de marchés internationaux. Les échanges transfrontaliers, formels ou informels, jouent un rôle non négligeable dans ces dynamiques, notamment en zone CEMAC.
Un précédent récent illustre ces tensions entre approvisionnement domestique et opportunités extérieures. En 2022, le gouvernement camerounais avait décidé de suspendre temporairement les exportations de plusieurs produits de grande consommation, dont le sucre, à destination de la République centrafricaine. Cette mesure visait à freiner les sorties de marchandises vers un marché voisin plus rémunérateur, alors même que des pénuries étaient observées sur le territoire national.
À court terme, la performance à l’exportation enregistrée en 2025 ne devrait donc pas modifier en profondeur l’équation du marché sucrier camerounais. Elle remet toutefois sur la table la question de la régulation des flux, de l’équilibre entre sécurité alimentaire et rentabilité économique, ainsi que des investissements nécessaires pour accroître durablement les capacités de production locales.

