« La digitalisation des médias ne doit pas faire l’objet d’un débat, c’est une réalité »

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Des dirigeants du monde des médias, de la technologie, des affaires et des hauts responsables de gouvernements de toute l’Afrique et d’ailleurs se sont penchés du 10 au 12 novembre à Dakar au Sénégal sur les « Stratégies d’entreprise pour les médias africains ». Sur l’initiative de Bloomberg, le cinquième forum annuel Bloomberg Africa Business Media Innovators (ABMI) s’est davantage intéressé à certaines approches très prometteuses pour favoriser un secteur des médias dynamique et compétitif sur le continent. Justin B. Smith, PDG de Bloomberg Media Group, répond aux questions de Financial Afrik.

La digitalisation force-t-elle les médias africains à se réinventer ?

La digitalisation des médias ne doit pas faire l’objet d’un débat, c’est une réalité. Vous savez tout est appelé à devenir digital, toutes les entreprises sont appelés à se digitaliser. Accepter ce fait est donc très important pour tous ceux qui évoluent dans le domaine des médias. Si l’on essaie de rejeter cette idée et de ne pas y penserai, ne pas y croire, on ne va pas se préparer pour un avenir qui forcément va être digital. Seulement cela ne veut pas dire que les autres genres de médias, papier par exemple, radio, télévision, etc ne vont pas continuer à jouer un rôle important dans la vie du consommateur. Et en matière de digitalisation, je dois dire que les médias africains sont bons élèves. Et depuis le début du forum Africa Business Media Innovator, on a entendu beaucoup d’exemples concernant la digitalisation des médias.

Est-ce la fin des médias traditionnels?

Je pense que la réalité de l’évolution des médias si on repart plusieurs décennies en arrière, c’est qu’à chaque fois qu’un nouveau modèle est introduit à travers la technologie et l’innovation, il y a des craintes qui sont nourris et à juste raison d’ailleurs. Le taux de régression de ces journaux va dépendre d’eux même. La radio par exemple est toujours un mode très utilisée aux États-Unis et en Afrique. Pour rappel, lorsque la télévision est arrivé dans les années 40 aux États-Unis, tout le monde disait que la télévision aller tuer la radio, qu’internet aller tuer le format papier, mais il n’en est rien. Seulement ce qui va se passer, c’est que tous les médias traditionnels vont perdre de leur envergure pendant que le digital va continuer à grandir.  

Comment jugez-vous le modèle économique utilisé par les entreprises de presse africaines ?

L’une des grandes questions, c’est que généralement en Afrique, le modèle qui fonctionne avec entreprises de presse c’est un modèle de publicité et non un modèle d’abonnement. Or, aux États-Unis et en Europe, le modèle le plus utilisé et le plus avancé est celui de l’abonnement qui, à mon avis, est un meilleur modèle pour garder un chiffre d’affaires qui va permettre de faire des investissements nécessaires. Il faut savoir que les plateformes de technologies Google, Facebook, Amazon, concentrent 75 % des revenus publicitaires. Et donc pour tous, ces entreprises de presse africaines basées sur un modèle de publicité, le conseil est faîtes attention à Google. Parce que ce sont ces plateformes qui sont en train de devenir les plus grandes sociétés de médias au monde, même s’ils ne le reconnaissent pas. A mark Zuckerberg à chaque fois qu’on lui demande est-ce que vous êtes une société de médias, il répond toujours non, je suis une société de technologie. Mais il faut reconnaître que la plus grande société de médias au monde, c’est Facebook.

Les entreprises de presse africaines doivent adopter une meilleure stratégie qui est d’avoir une relation directe avec les consommateurs. Cela signifie choisir le modèle d’abonnement qui est l’une des plus simple. C’est ce modèle que nous développons au niveau de Bloomberg qui essaie de garder une relation directe avec le consommateur et c’est ça qui a le plus de valeur dans le monde des médias. Il faut savoir que Facebook essaie de couper la relation que nous médias avons avec le consommateur et ainsi devenir le lien entre tout le monde. 

Les entreprises de presse africaines peuvent-elles faire face à la forte présence des groupes médiatiques des pays étrangers sur le continent ?

Bloomberg ne fais pas des investissements en Afrique pour devenir un média local, nous sommes plutôt une société de media global. Non, c’est très différent. Au Sénégal par exemple, nous avons un seul journaliste qui nous relate l’information financière, la bourse, l’économie et le secteur privé, pendant qu’un journal local emploie de centaines de personnes. Donc, il ne faut pas y voir une quelconque forme de concurrence. Nous ne sommes pas sur le même marché, nous cherchons l’actualité importante du Sénégal pour la raconter au monde. Nous faisons des investissements en Afrique mais comparativement, c’est très petit. Si l’on décidé par exemple de faire Bloomberg Sénégal, ce serait différent mais là nous nous focalisons sur le marché international.

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