L’Afrique compte près de 30 millions de personnes qui dépendent des véhicules à deux et trois roues pour gagner leur vie. Pourtant, moins de 200 000 de ces véhicules sont aujourd’hui électriques. Si les arguments économiques en faveur de l’électrification deviennent de plus en plus convaincants, un obstacle majeur demeure : la disponibilité limitée de véhicules conçus pour répondre aux réalités africaines. Un nouveau partenariat entre Shell Foundation, le Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO) du Royaume-Uni et le constructeur indien Kinetic Green vise à relever ce défi en testant des modèles électriques dans les conditions locales et en produisant des données probantes destinées à favoriser les investissements futurs.
Un marché où la demande progresse mais où l’offre reste limitée
À travers l’Afrique, les véhicules à deux et trois roues sont bien plus qu’un simple moyen de transport. Ils assurent une connectivité essentielle pour les derniers kilomètres, soutiennent le commerce local et permettent à des millions de personnes de générer des revenus.
Si la mobilité électrique gagne progressivement du terrain sur le continent, son développement demeure inégal. Le Kenya et le Rwanda figurent parmi les pionniers grâce à des politiques publiques favorables et à une montée des investissements privés, tandis que l’Ouganda enregistre également une forte croissance. Ailleurs, l’adoption reste plus timide, freinée par un accès limité à des véhicules adaptés ainsi qu’à des infrastructures de recharge et de maintenance.
Pour de nombreux transporteurs, les véhicules électriques offrent des coûts d’exploitation inférieurs à ceux des modèles équipés de moteurs thermiques. Ils réduisent la dépendance aux fluctuations des prix des carburants et améliorent la rentabilité des activités. Malgré ces avantages économiques évidents, leur adoption reste encore modeste.
Selon Shell Foundation, environ 30 millions de personnes en Afrique dépendent des véhicules à deux et trois roues pour leurs moyens de subsistance, mais moins de 200 000 utilisent actuellement des modèles électriques.
L’un des principaux freins réside dans la disponibilité de véhicules capables de répondre aux conditions d’exploitation africaines. Les fabricants doivent composer avec des routes souvent dégradées, des charges importantes et une utilisation quotidienne intensive, alors même que les infrastructures de recharge et les réseaux de maintenance restent insuffisamment développés dans de nombreux pays.
Comme le souligne Jonathan Berman, directeur général de Shell Foundation :
« En Afrique, le principal défi de la mobilité électrique n’est souvent pas la demande, mais l’offre, notamment l’accès à des véhicules disponibles à une échelle suffisante, abordables, robustes et véritablement adaptés aux conditions de travail des transporteurs. »
Des technologies éprouvées adaptées aux réalités locales
Afin de répondre à ce défi, Shell Foundation, le FCDO britannique et le constructeur indien de véhicules électriques Kinetic Green ont annoncé un partenariat destiné à expérimenter et adapter des deux-roues et trois-roues électriques aux marchés africains.
Plutôt que d’exporter des modèles existants, cette initiative évaluera les performances des véhicules dans des conditions réelles d’utilisation, notamment en tenant compte de l’état des routes, des exigences en matière de charge utile et d’un usage commercial intensif. Des projets pilotes déployés dans plusieurs pays permettront également de recueillir des données sur les infrastructures de recharge et les réseaux de maintenance nécessaires à un déploiement à grande échelle.
L’ambition est importante. Grâce à ce partenariat, Shell Foundation souhaite contribuer à mettre 200 000 véhicules électriques supplémentaires en circulation sur les routes africaines. Ces véhicules devront être à la fois robustes et économiquement rentables pour leurs utilisateurs, avec pour objectif d’augmenter leurs revenus d’au moins 20 %.
Pour Kinetic Green, cette collaboration constitue également l’occasion de tirer parti de l’expérience acquise en Inde tout en évitant une approche uniforme. Comme l’explique sa fondatrice et directrice générale, Dr Sulajja Firodia Motwani :
« L’Afrique représente une opportunité d’une ampleur et d’une diversité remarquables, où les transporteurs méritent des solutions conçues pour leurs réalités, et non simplement importées d’autres marchés. »
Un capital catalytique pour attirer les investissements futurs
Le programme bénéficie d’un financement catalytique apporté par Shell Foundation et le gouvernement britannique dans le cadre du programme Research on Infrastructure in Developing Economies (RIDE) et de la plateforme Transforming Energy Access (TEA) du FCDO.
Contrairement aux investissements commerciaux traditionnels, le capital catalytique est destiné à absorber les risques initiaux afin de permettre aux entreprises de tester des produits et des modèles économiques qui auraient autrement des difficultés à obtenir des financements.
Dans le cadre de cette initiative, ces ressources financeront les projets pilotes, notamment les essais des véhicules ainsi que des infrastructures de recharge indispensables à leur exploitation efficace sur les marchés africains.
Au-delà de la démonstration des performances techniques, le partenariat entend produire des données concrètes susceptibles d’éclairer les futures décisions d’investissement et d’accélérer le développement d’un véritable écosystème de mobilité électrique, intégrant les services de maintenance et, à terme, des capacités d’assemblage local.
En définitive, le succès de la mobilité électrique en Afrique dépendra peut-être moins de la technologie elle-même que de la capacité à bâtir un écosystème adapté aux besoins des transporteurs. Si ces projets pilotes démontrent qu’il est possible de concilier réduction des émissions et augmentation des revenus, ils pourraient servir de modèle pour accélérer le déploiement des deux-roues et trois-roues électriques dans de nombreux marchés africains.

