Candidate de la République Démocratique du Congo au poste de Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Juliana Amato Lumumba estime que «la Francophonie doit devenir une puissance économique». Lire sa tribune.
LA FRANCOPHONIE DOIT DEVENIR UNE PUISSANCE ÉCONOMIQUE
Lorsque l’on parle de Francophonie, on pense spontanément à une langue, à une histoire partagée, à une communauté de valeurs. On oublie souvent qu’elle constitue aussi l’un des plus grands espaces économiques du monde.
Près de 390 millions de locuteurs, 20 % du commerce mondial de marchandises, plus de 16 % du PIB mondial : la Francophonie est déjà une réalité économique. Pourtant, elle n’agit pas encore comme telle.
À l’heure où les équilibres économiques se recomposent, où les tensions commerciales se multiplient et où les innovations technologiques bouleversent nos modèles de développement, nous ne pouvons plus nous contenter de regarder ce potentiel. Nous devons le transformer en puissance collective.
Cette ambition est d’autant plus nécessaire que le centre de gravité de la Francophonie se déplace.
D’ici 2050, près de 90% des francophones vivront en Afrique. Cette évolution ne constitue pas seulement un changement démographique, elle dessine le futur économique de notre espace commun.
Partout sur le continent, une nouvelle génération d’entrepreneurs, d’innovateurs et de créateurs fait émerger des solutions adaptées aux grands défis de notre temps. Des écosystèmes dynamiques se développent de Dakar à Abidjan, de Tunis à Kinshasa. Des milliers de jeunes entreprises inventent déjà l’économie francophone de demain.
Face à cette dynamique, notre responsabilité est claire : construire davantage de ponts, faciliter les échanges, accélérer la circulation des talents et faire émerger un véritable marché francophone capable de créer de la valeur pour l’ensemble de ses membres.
NOTRE PREMIÈRE RICHESSE, CE SONT NOS TALENTS
La force de la Francophonie réside avant tout dans les femmes et les hommes qui la font vivre.
Je pense d’abord à notre diaspora. Ces millions de femmes et d’hommes qui créent des entreprises, investissent, ouvrent des marchés et relient nos économies. Leur contribution dépasse largement les transferts financiers qu’ils réalisent chaque année. Ils possèdent une connaissance unique des réalités économiques du Nord comme du Sud et constituent un formidable levier d’intégration. Je souhaite qu’ils soient pleinement reconnus comme des acteurs stratégiques de notre développementéconomique.
Je pense également aux femmes entrepreneures. Dans de nombreux pays francophones, elles sont à la tête d’activités qui structurent des secteurs entiers de l’économie. Pourtant, l’accès au financement demeure un obstacle majeur. Lever ce frein n’est pas seulement une question d’égalité, c’est un impératif économique.
Je pense enfin à notre jeunesse. Jamais la Francophonie n’a compté autant de jeunes talents. Jamais elle n’a disposé d’un tel potentiel d’innovation. Ces jeunes ont les idées, l’énergie et l’audace nécessaires pour transformer nos économies. Notre responsabilité est de leur donner les moyens de réussir.
FAIRE CIRCULER LES TALENTS POUR FAIRE CIRCULER LES OPPORTUNITÉS
Les idées n’ont pas de frontières. Les talents ne devraient pas en avoir davantage.
Pourtant, aujourd’hui encore, trop d’entrepreneurs, de chercheurs, d’étudiants ou de créateurs francophones se heurtent à des obstacles administratifs qui freinent leurs projets.
Un espace économique intégré suppose une meilleure circulation de celles et ceux qui créent de la valeur. C’est pourquoi je défends la création d’un programme d’échange dédié aux entrepreneurs, innovateurs et créateurs.
Cette mesure constituerait un signal fort : celui d’une Francophonie qui facilite les échanges concrets et qui transforme progressivement son ambition économique en réalité.
RÉUSSIR LE VIRAGE NUMÉRIQUE
La troisième condition de notre réussite est le numérique.
L’intelligence artificielle, l’économie de la donnée et les technologies de rupture redessinent déjà les rapports de puissance économique. Les pays qui sauront maîtriser ces transformations seront ceux qui créeront les emplois, les entreprises et les innovations de demain.
L’espace francophone ne peut rester spectateur.
Nous devons renforcer les coopérations entre nos écosystèmes d’innovation, soutenir la recherche,accompagner nos entrepreneurs et former massivement les jeunes aux compétences du futur.
Nous devons également garantir toute sa place au français dans l’univers numérique. Car la question de la langue est aussi une question de souveraineté économique. Produire des contenus, développer des outils et concevoir des solutions technologiques en français est un enjeu stratégique pour notre avenir collectif.
La Francophonie ne peut plus se contenter d’accompagner les transformations du monde. Elle doit contribuer à les façonner.
Elle possède les talents, les marchés, la créativité et l’énergie nécessaires pour y parvenir. Il nous appartient désormais de transformer ce potentiel en puissance économique.
C’est le projet que je porte pour bâtir une Francophonie qui crée davantage de richesse, davantage d’opportunités et davantage d’avenir pour ses citoyens.

