Le Tchad traverse une période charnière. Les récentes annonces d’investissements et le soutien renouvelé des partenaires internationaux témoignent d’une dynamique positive autour du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », mais les défis structurels demeurent. Entre ambitions affichées et contraintes persistantes, une question demeure : le gouvernement et ses partenaires internationaux ont-ils les moyens de transformer l’essai et d’inscrire le pays dans une trajectoire de développement économique durable et de long terme ?
Un tournant stratégique amorcé à Abou Dhabi
Après une décennie de transition politique complexe et une économie fragilisée par sa dépendance au pétrole, le Tchad se lance sur un nouveau départ. Le gouvernement a formalisé sa vision dans « Tchad Connexion 2030 », présenté en novembre 2025 à Abou Dhabi. Les enjeux sont de taille : prouver la stabilité du pays, l’amélioration annoncée du climat des affaires et réduire la pauvreté. C’est dans ce cadre que plus de 20,5 milliards de dollars ont été mobilisés dès la première phase, signal d’une confiance renouvelée des partenaires internationaux.
Au-delà des annonces, l’événement d’Abou Dhabi a permis de sceller des accords concrets. Cette dynamique doit beaucoup à l’activisme diplomatique du gouvernement, incarné notamment par le Ministre des Finances et de l’Économie, Tahir Hamid Nguilin, force motrice du PND sur la scène internationale.
Sa présence mi-avril aux Spring Meetings du FMI et de la Banque mondiale à Washington, une rencontre prévue avec le MEDEF français en juin, une visite en Chine à venir et la co-organisation d’un forum régional sur l’eau à N’Djamena avec la Banque mondiale témoignent d’une démarche proactive et structurée. Le réseau des ambassades semble également mobilisé afin de tenir engagés les acteurs privés susceptibles de contribuer aux projets du PND, dans un contexte sécuritaire et politique que les autorités présentent comme stabilisé, jusqu’aux rives du Lac Tchad, longtemps fragilisée.
Des investissements traduisant une mise en œuvre réfléchie
Depuis le lancement du PND, les annonces semblent se succéder, se traduisant peu à peu en projets concrets. Dans le secteur énergétique par exemple, pilier du plan, la Banque africaine de développement finance depuis février la construction de centrales hybrides solaire-diesel dans plusieurs villes secondaires, pour près de 5 milliards de FCFA. Objectif annoncé : étendre l’accès à l’électricité, aujourd’hui limité à environ 6 % de la population, et soutenir l’activité économique locale.
Parallèlement, en décembre la Banque mondiale aurait engagé 170 millions de dollars dans le Projet de connectivité et d’intégration du Tchad, destiné à désenclaver la région du Lac et à structurer des pôles commerciaux. Routes, marchés, entrepôts solaires : un écosystème d’infrastructures visant à fluidifier les échanges et à renforcer les chaînes de valeur locales.
La dynamique s’étend également au secteur de l’eau, désormais identifié comme un levier central de développement. En janvier 2026, un protocole d’entente a été signé avec SUEZ pour accompagner le pays sur les aspects techniques et financiers, tandis qu’un financement de 100 millions de dollars de la Banque mondiale est en préparation pour améliorer durablement l’accès à l’eau potable à travers le projet Almé Djah.
Sur le plan budgétaire et institutionnel, l’appui de partenaires comme l’Agence française de développement, à hauteur de 15 millions d’euros, contribuerait à financer des projets structurants, notamment dans les transports et l’agriculture, tout en soutenant la consolidation macroéconomique.
La modernisation de l’État constitue un autre axe clé, peut-être même le premier chantier clé du PND initié par le gouvernement : le déploiement d’un registre biométrique national, mobilisant plus de 15 milliards de FCFA, visant à améliorer la gestion des finances publiques et à lutter contre la fraude, dans le cadre d’une stratégie plus large de transformation numérique.
Enfin, la Banque islamique de développement a réaffirmé, début 2026 lors d’une visite en grandes pompes à N’Djamena, son engagement aux côtés du Tchad, soulignant la clarté de la « vision 2030 » et la nécessité de la traduire en projets concrets.
Une crédibilité renforcée, mais des défis persistants
Sur le plan international, cette dynamique semble commencer à porter ses fruits, se reflétant par exemple dans les évaluations des institutions financières. En mars 2026, S&P a confirmé la note souveraine du Tchad à « B- » avec perspective stable, saluant une croissance robuste, estimée à 5 % en 2026, un endettement modéré et des progrès dans la mobilisation des recettes.
Le Fonds monétaire international, engagé dans un programme avec le pays depuis 2025, évoque également une activité économique « robuste », portée notamment par le dynamisme du secteur non pétrolier. Les performances économiques régionales confirment cette tendance : le Tchad figure parmi les économies les plus dynamiques de la CEMAC, avec une croissance attendue autour de 3,7 %.
Ces premiers résultats semblent refléter la mise en œuvre d’un plan national de développement porté par une coordination ministérielle plus opérationnelle, un recentrage stratégique sur les ressources clés du pays pour diversifier l’économie, ainsi qu’un retour progressif de la confiance des investisseurs institutionnels et privés.. Ils traduisent aussi une amélioration de certains fondamentaux macroéconomiques, comme la maîtrise de l’inflation ou la gestion de la dette.
Reste que cette trajectoire demeure conditionnée à plusieurs facteurs. La capacité du gouvernement à poursuivre ses réformes structurelles sur le temps long, la consolidation de la gouvernance, ainsi que la capacité à maintenir un climat des affaires attractif seront déterminants. De même, la dépendance persistante au secteur pétrolier et les vulnérabilités liées au contexte régional constituent des points de vigilance.
Pour l’heure, les signaux sont encourageants pour le Tchad. Le véritable défi sera de traduire ces dynamiques en résultats concrets et durables pour les Tchadiens – en matière d’emplois, de revenus et de conditions de vie.
L’idée d’un Tchad en passe de devenir un champion économique du Sahel peut encore sembler lointaine pour le Tchadien au quotidien. Pourtant, elle s’impose progressivement dans les cercles économiques de N’Djamena qui imaginent des lendemains meilleurs, encouragés par des ambitions renouvelées et des projets qui semblent bel et bien se concrétiser, avec un impact un peu plus visible de jour en jour.

