La demande d’asile d’Ephrem Yalike-Ngonzo, journaliste centrafricain à l’origine de révélations sur le dispositif de propagande du groupe Wagner en République centrafricaine (RCA), a été rejetée par les autorités françaises. La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) a annoncé, jeudi 9 juillet, avoir déposé un recours contre cette décision, qu’elle juge contraire aux engagements de la France.
Selon la PPLAAF, Ephrem Yalike-Ngonzo avait été autorisé à rejoindre la France en 2024 après une intervention du président Emmanuel Macron, alors qu’il faisait face à des menaces en République centrafricaine. Le rejet de sa demande d’asile le placerait désormais dans une situation de grande vulnérabilité, selon l’organisation.
Journaliste en RCA, Ephrem Yalike-Ngonzo a participé à l’enquête internationale menée par Forbidden Stories et ses partenaires sur les opérations d’influence russes en Afrique. Son témoignage a contribué à documenter le fonctionnement d’un réseau de communication attribué au groupe Wagner en République centrafricaine. Ces investigations, relayées par plus de 200 médias, ont notamment conduit l’Union européenne à sanctionner, en mai 2025, Mikhaïl Prudnikov, présenté comme responsable des opérations de communication russes dans le pays.
Entre 2019 et 2022, Ephrem Yalike-Ngonzo affirme avoir participé, sous la direction d’un homme connu sous le pseudonyme de « Micha », identifié par l’enquête comme Mikhaïl Prudnikov, à la diffusion de contenus favorables aux autorités centrafricaines et à leurs alliés russes. Il dit avoir quitté ce dispositif après avoir refusé de relayer une version falsifiée d’un incident impliquant des mercenaires russes et deux jeunes bergers peuls.
À la suite de cet épisode, il affirme avoir été menacé avec une arme.
Craignant pour sa sécurité et celle de sa famille, il entreprend alors de quitter la RCA. Alors que son départ pour la France semblait acquis en février 2024, il est arrêté par les autorités centrafricaines, interrogé pour trahison et privé de ses documents de voyage. Sa famille parvient néanmoins à rejoindre la France, tandis que lui reste bloqué dans le pays.
Après plusieurs mois passés dans la clandestinité, notamment après avoir traversé le fleuve Oubangui vers la République démocratique du Congo, il obtient finalement un laissez-passer qui lui permet de rejoindre la France.
Depuis son arrivée, il a collaboré avec les autorités françaises et accordé plusieurs entretiens à la presse internationale. Son témoignage a été utilisé pour documenter les mécanismes de désinformation déployés par des réseaux russes en Afrique.
Pour la PPLAAF, le rejet de sa demande d’asile est difficile à comprendre au regard de son rôle dans la révélation de ces opérations d’influence. L’organisation estime qu’un retour forcé en République centrafricaine l’exposerait à de graves risques pour sa sécurité.
« L’administration française rend une décision parfaitement incompréhensible qui laisse M. Yalike-Ngonzo sans aucune protection face au risque de représailles graves contre son intégrité physique et celle de sa famille », déclare Jimmy Kande, directeur exécutif de la PPLAAF.
Henri Thulliez, directeur de la stratégie de l’organisation, estime également que « l’engagement de la France contre la désinformation en Afrique perd de sa crédibilité si elle ne protège pas ceux qui contribuent à en révéler les mécanismes ».
La PPLAAF demande aux autorités françaises de réexaminer le dossier et d’accorder une protection à Ephrem Yalike-Ngonzo ainsi qu’à sa famille. À défaut, l’organisation estime que le journaliste pourrait être contraint de retourner en République centrafricaine, où il affirme que sa vie reste menacée.

