Réunis les 8 et 9 juillet 2026 à Lomé (Togo), à l’occasion de la Grande Rencontre des Compliance et Risk Officers (GRCRO), les acteurs africains de la conformité ont placé un enjeu devenu brûlant au cœur des débats : la montée de la fraude, de la corruption et des autres infractions sous-jacentes au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme (BC/FT), dans un contexte profondément bouleversé par l’essor de l’intelligence artificielle (IA).
À l’ouverture des travaux – auxquels ont pris part des experts venus de 46 pays – , Badanam Patoki, ministre togolais de l’Économie et de la Veille stratégique, a souligné que la conformité et la gestion des risques dépassent désormais le seul cadre des obligations réglementaires. Elles s’imposent aujourd’hui, a-t-il insisté, comme de véritables instruments de gouvernance responsable, de compétitivité économique et de préservation de la souveraineté nationale.
L’ancien président de l’Autorité des marchés financiers de l’UMOA a également mis l’accent sur le caractère transnational de la criminalité économique et financière, rappelant qu’aucun État ne peut, à lui seul, faire face à de telles menaces. Selon lui, seule une coopération régionale renforcée est à même de garantir l’intégrité des systèmes financiers.
Une menace criminelle de plus en plus sophistiquée
Le directeur général du GIABA, Edwin Harris, a pour sa part donné toute sa portée au thème de cette édition : « La fraude, la corruption et les autres infractions sous-jacentes au BC/FT à l’ère de l’Intelligence artificielle ». Cette dernière, a-t-il constaté, « transforme désormais tous les secteurs d’activité, y compris, malheureusement, les méthodes employées par les criminels financiers ». Le patron du GIABA a évoqué des menaces déjà bien identifiées : usurpations d’identité « quasi indétectables », manipulation de documents et de signatures, création de sociétés écrans à grande échelle ou encore automatisation de schémas de corruption transnationaux.
Pour Me Nikada Batchoudi, président de l’Association togolaise des Compliance Officers (ATCO) qui organise l’évènement, le blanchiment n’existe jamais sans infraction d’origine. « On ne parle pas de blanchiment sans infraction primaire, mais on peut parler d’infraction primaire sans blanchiment », a-t-il insisté, citant parmi ces faits générateurs « une fraude, une corruption, un détournement, un trafic, une contrefaçon, une évasion fiscale ».
Pour le président de l’ATCO, la vigilance des responsables de conformité doit donc s’exercer très en amont, au plus près des signaux faibles et des opérations suspectes, avant même l’étape du blanchiment proprement dit.
Faire de l’IA un outil de riposte
Mais les intervenants ne se sont pas limités à un discours d’alerte. Le directeur général du GIABA a également défendu une approche offensive, estimant que cette même intelligence artificielle peut devenir « une formidable opportunité entre les mains des professionnels de la conformité ». Bien utilisée, a-t-il souligné, elle permet de « détecter des signaux faibles », d’affiner l’analyse des risques et d’accélérer les vérifications.
À Lomé, le message commun est donc clair : face à des criminels qui innovent, les institutions africaines doivent apprendre à anticiper, coopérer et se moderniser. « Nous sommes une armée en tenue civile », a lancé Me Nikada Batchoudi à l’endroit des compliance officers, appelés à demeurer « en alerte, éveillés et vigilants ».
Ces deux journées de travaux ont permis d’examiner, entre autres, l’apport de l’intelligence artificielle dans les procédures de connaissance du client (KYC), et de due diligence.
En marge de l’ouverture, un Prix panafricain de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent a été décerné au président du Conseil, Faure Gnassingbé, pour son engagement en faveur du renforcement de la lutte contre ces menaces. Cette distinction, reçue par le ministre Badanam Patoki, intervient dans un contexte marqué par les progrès enregistrés par le Togo dans l’amélioration de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

