Le Kenya a franchi un nouveau cap dans l’économie des transferts familiaux. Selon le 2025 Remittances Household Survey Report, publié la mi-juin 2026 par la Banque centrale du Kenya (CBK), le Bureau national des statistiques (KNBS) et leurs partenaires, les ménages kényans ont reçu 931,8 milliards de shillings entre juin 2024 et mai 2025, un niveau record qui confirme le poids croissant de la diaspora dans le financement de la vie quotidienne. Les États-Unis demeurent de loin la première source de ces flux, avec 43,5 % du total, devant l’Allemagne et l’Australie.
Au-delà du montant, le rapport met surtout en lumière la transformation des canaux d’acheminement. Si les banques conservent la première place en valeur, avec 43,7 % des montants, le mobile money s’impose comme un pilier non négligeable du système avec 33,2 % des flux. Surtout, lorsqu’il s’agit du canal utilisé lors de la transaction la plus récente, le mobile money passe en tête avec 46,5 %, devant les banques (34,9 %). Le rapport explique cette domination par sa forte pénétration dans les zones urbaines comme rurales, sa rapidité d’exécution en temps réel et des coûts jugés plus faibles que ceux des autres solutions.
Cette percée du mobile money n’est pas un simple détail technique : elle redessine l’usage même des fonds de la diaspora. L’étude montre que les ménages ruraux constituent la majorité des bénéficiaires, tandis que 82,5 % des destinataires disposent déjà d’un compte mobile money, contre 55,4 % seulement pour les comptes bancaires. En pratique, le téléphone mobile devient donc la principale porte d’entrée de l’argent venu de l’étranger, facilitant l’accès rapide aux ressources dans les territoires où l’infrastructure bancaire reste moins dense. Dans un pays où 42,3 % des ménages considèrent ces transferts comme un revenu d’appoint, et 22,3 % comme leur principale source de subsistance (données officielles), le mobile money apparaît comme l’outil qui convertit la diaspora en soutien immédiat à la consommation.
Le rapport révèle aussi une nette disparité de genre dans l’usage de ces ressources. Les femmes orientent davantage les remittances vers les dépenses alimentaires et les biens du ménage (78,6 %, contre 66,7 % pour les hommes), l’habillement et les charges domestiques. Les hommes, eux, consacrent plus souvent ces fonds à l’éducation (36,1 %, contre 27,2 % pour les femmes), aux dépenses de santé et à l’agriculture.
Ce contraste souligne que les transferts de la diaspora ne soutiennent pas seulement la consommation : ils reflètent aussi des arbitrages sociaux et familiaux très différenciés.

