Envoyé spécial à Nairobi, Kenya
Lors du Africa Forward Forum tenu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, au Kenya, le Président de la République de Guinée, le Général Mamadi Doumbouya, a appelé les nations africaines à repenser fondamentalement leur place dans l’économie mondiale.
« L’Afrique ne peut plus être un simple fournisseur de matières premières destinées à alimenter les industries du monde », a-t-il déclaré, sous les applaudissements de l’assistance.
Une phrase courte, mais lourde de sens. Le continent africain, riche de ressources naturelles immenses — or, bauxite, pétrole, lithium, cacao — continue pourtant d’exporter ces richesses à l’état brut, laissant l’essentiel de la valeur ajoutée aux pays industrialisés. Le Président Doumbouya a ainsi placé la transformation locale, l’industrialisation et la montée en gamme des économies africaines au cœur de son message.
Ce positionnement s’inscrit dans une vision panafricaniste de plus en plus portée par une nouvelle génération de dirigeants africains, déterminés à faire du continent un acteur souverain du commerce mondial, et non plus un simple pourvoyeur de ressources. Dans un contexte marqué par la recomposition des chaînes de valeur mondiales et la compétition autour des minerais stratégiques, plusieurs pays africains cherchent désormais à imposer des exigences accrues de transformation locale aux investisseurs étrangers.
La Guinée entend précisément s’inscrire dans cette dynamique. Premier exportateur mondial de bauxite, le pays multiplie les initiatives pour développer une industrie locale de raffinage et de transformation minière afin de capter davantage de valeur sur son territoire. Cette orientation est portée par le programme « Simandou 2040 », présenté par les autorités guinéennes comme une feuille de route destinée à transformer structurellement l’économie nationale autour des infrastructures, de l’énergie, de l’industrialisation et de la valorisation des ressources naturelles.
Au cœur de cette stratégie figure le gigantesque projet minier de Simandou, considéré comme l’un des plus importants gisements de minerai de fer au monde. Situé dans le sud-est de la Guinée, le site recèlerait plus de deux milliards de tonnes de réserves de minerai à haute teneur. Longtemps retardé par des différends juridiques, des enjeux géopolitiques et des difficultés de financement, le projet est aujourd’hui relancé avec l’ambition de devenir un levier majeur de transformation économique pour la Guinée.
Le développement de Simandou ne se limite pas à l’exploitation du fer. Le projet inclut la construction d’un corridor ferroviaire de plus de 600 kilomètres reliant les zones minières à un port en eau profonde sur la façade atlantique. Cette infrastructure colossale doit également permettre le désenclavement de plusieurs régions du pays et favoriser l’émergence d’activités agricoles, logistiques et industrielles le long du corridor.
Le consortium mobilisé autour du projet réunit plusieurs acteurs internationaux majeurs, notamment Rio Tinto, le groupe chinois Chinalco ainsi que le consortium sino-singapourien Winning Consortium Simandou. Les investissements cumulés autour du projet sont estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars, faisant de Simandou l’un des plus grands chantiers miniers et d’infrastructures actuellement en développement sur le continent africain.
Au-delà du fer, la Guinée cherche également à mieux valoriser ses autres ressources minières stratégiques, notamment la bauxite, dont elle détient certaines des plus importantes réserves mondiales. Les autorités souhaitent désormais encourager la construction de raffineries d’alumine et d’unités de transformation locale afin de limiter les exportations de minerai brut. Cette politique vise à créer davantage d’emplois qualifiés, renforcer les recettes fiscales et développer une base industrielle nationale.
À travers Simandou 2040, les autorités guinéennes ambitionnent ainsi de faire des ressources minières un moteur de diversification économique et non plus seulement une rente d’exportation. Une manière, pour Conakry, de traduire concrètement le discours de souveraineté économique défendu à Nairobi par le Général Doumbouya

