Après Libreville (Gabon) en 2025, c’est Marrakech (Maroc) qui accueillera les 8 et 9 mai 2026, la conférence annuelle du Réseau Habitat et Francophonie (RHF), autour du thème : « Vers une approche intégrée de la durabilité du logement abordable : enjeux, outils et partenariats ».
L’événement réunira des décideurs publics, des opérateurs du logement, des institutions financières et des experts issus de plus de 30 pays francophones autour des grands défis : financement, transition environnementale, résilience des territoires, gouvernance et coopération internationale.
Décryptage des enjeux de cette rencontre avec Prudence Adjanohoun, secrétaire général du Réseau Habitat et Francophonie, responsable des relations institutionnelles au sein de la Mission Europe–International de l’Union sociale pour l’habitat et point focal national pour la France auprès du groupe d’experts intergouvernemental d’ONU-Habitat sur le logement convenable pour tous.
Un programme riche avec une ambition territoriale assumée
Les 8 et 9 mai 2026, le Palais des Congrès du Mövenpick de Marrakech accueillera la 58ᵉ Conférence du RHF, organisée par le Groupe Al Omrane sous la présidence de la Ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville.
Ce sera la cinquième fois que le Maroc accueille notre rencontre annuelle témoignant d’un partenariat solide et durable : en 1989 à Marrakech, autour du financement de l’habitat ; en 1999 à Tanger, sur le thème du logement social et de la ville, appelant à une mobilisation solidaire pour améliorer la qualité de vie ; en 2004 à Casablanca, où foncier, financements, intégration urbaine et mixité sociale étaient au cœur des débats ; puis en 2015 à Rabat, face à l’enjeu croissant du changement climatique et aux mesures à adopter pour en atténuer les impacts sur l’habitat social. L’événement de cette année s’inscrit ainsi dans la continuité d’un dialogue engagé de longue date entre acteurs francophones du logement.
L’événement s’inscrit avant tout dans le cadre des Hautes Orientations Royales visant à promouvoir un habitat décent, accessible et durable, à réduire les disparités territoriales et à renforcer la coopération internationale du Royaume dans l’espace francophone. Placée sous le thème de l’approche intégrée, la conférence ambitionne d’articuler politiques sociales, aménagement du territoire, innovation technique et ingénierie financière dans une vision cohérente du développement territorial. Cette orientation s’inscrit dans la Vision Royale appelant à un « sursaut » dans la mise à niveau des territoires et au passage d’un développement social fragmenté à un développement territorial intégré. Le logement y apparaît comme un levier structurant, à la croisée des enjeux sociaux, économiques et environnementaux. La conférence s’ouvrira par une allocution des plus hautes autorités, avant une table ronde de haut niveau consacrée aux grands défis du logement dans l’espace francophone, destinée à poser le cadre des échanges.
Les travaux se déclineront ensuite en cinq panels thématiques :
- Vers une approche intégrée de la durabilité du logement abordable ;
- Réhabilitation, résilience et reconstruction : répondre aux défis des territoires ;
- Gouvernance territoriale et partenariats pour le logement durable ;
- Innovation technologique et matériaux durables au service du logement ;
- Regards croisés sur les modèles innovants de financement du logement.
Malgré la diversité des trajectoires économiques et institutionnelles au sein des pays francophones, les défis convergent : produire davantage de logements abordables, corriger les déséquilibres territoriaux, anticiper les mutations démographiques et climatiques, tout en maîtrisant durablement la ressource foncière.
Le panel consacré à l’approche intégrée structurera les échanges autour de trois dimensions :
- Sociale : garantir un accès équitable au logement et réduire les fractures territoriales ;
- Environnementale : intégrer performance énergétique, matériaux durables et résilience climatique sans renchérir excessivement les coûts ;
- Économique : sécuriser des modèles financiers soutenables conciliant viabilité des projets et accessibilité pour les ménages.
Nous aborderons également les obstacles transversaux : complexité réglementaire, contraintes budgétaires, soutenabilité des charges pour les ménages.
Par ailleurs, la question du logement qui ne se limite plus uniquement à la production neuve sera analysée sous l’angle de la capacité à réhabiliter l’existant, à reconstruire après les crises et à renforcer la résilience des territoires. La valorisation des tissus anciens et du patrimoine bâti sera examinée comme levier d’attractivité et de cohésion sociale. La gouvernance territoriale occupera quant à elle une place centrale dans les échanges. Planification multi-niveaux, partenariats public-privé, mutualisation des risques : la coordination des acteurs apparaît comme une condition décisive de réussite. Les enjeux liés à l’innovation technologique et aux matériaux durables seront également évoqués : modélisation numérique, optimisation des processus constructifs, sobriété carbone, structuration d’une filière durable.
Enfin, le panel sur les modèles innovants de financement analysera la nécessaire hybridation des ressources : institutions internationales, États, collectivités territoriales, secteur privé, organismes spécialisés et ménages. Subventions, mécanismes de refinancement, partage des risques, mobilisation de l’épargne domestique : l’enjeu est de construire une architecture financière intégrée et pérenne.
Un réseau né de la coopération et de l’innovation
Interrogée sur les origines du Réseau Habitat et Francophonie, Prudence Adjanohoun rappelle que son histoire s’inscrit dans le prolongement du programme interministériel REXCOOP (1982-1987), porté par le Plan Construction, qui visait à renouveler la coopération internationale dans le domaine des matériaux et techniques de construction pour le logement à faible coût.
Créé en 1987, à l’occasion de l’Année internationale des sans-abri, le Réseau Habitat et Francophonie a rassemblé dès l’origine des opérateurs publics et parapublics de l’habitat issus de plusieurs continents. Sa mission sociale : structurer un espace de coopération entre maîtres d’ouvrage du logement social, favoriser le partage d’expertises opérationnelles et renforcer les capacités institutionnelles. Aujourd’hui, le Réseau compte une cinquantaine d’adhérents issus notamment du Canada, de la France, du Maroc, de la Belgique, du Liban et de nombreux pays africains. Sa démarche repose sur un triptyque : coopération entre pairs, renforcement des capacités de maîtrise d’ouvrage et mise en réseau internationale au service du logement social et abordable.
Le modèle marocain, entre résilience et stratégie intégrée

Le Maroc a longtemps été confronté à un déficit structurel de logements, conséquence d’une urbanisation rapide et d’une forte croissance démographique. Ce déficit, qui atteignait près d’un million d’unités au début des années 2000, a été ramené à moins de 385 000 unités en 2021. Mais au-delà du volume, la question de l’abordabilité demeurait centrale : revenus insuffisants, coûts immobiliers élevés et accès limité au crédit freinent l’accès à la propriété. Près de 60 % du besoin en logement concerne le segment social.
À cela s’ajoute l’érosion du pouvoir d’achat, accentuée par l’inflation, qui réduit la capacité d’acquisition des ménages modestes. Face à ces enjeux, la réponse publique a été forte et s’est structurée autour de trois priorités : réduire le déficit par une intensification de l’offre (objectif de 150 000 unités par an), lutter contre toutes les formes d’insalubrité, notamment à travers le programme « Villes sans bidonvilles » et développer une nouvelle génération de villes intégrées et de pôles urbains.
Plusieurs dispositifs ont permis d’élargir l’accès au logement :
- Les logements à faible valeur immobilière (14 000 €), destinés aux ménages à revenus limités ;
- Le programme des logements sociaux à 25 000 €, assorti d’importantes exonérations fiscales ;
- Le programme « Daam Sakane » (2024-2028), qui marque un tournant en instaurant une aide directe à l’acquéreur comprise entre 7 000 et 10 000 dollars pour les logements ne dépassant pas 70 000 dollars. Ce dispositif vise à soutenir le pouvoir d’achat, couvrir une large part de la demande sociale et moderniser l’approche d’aide à l’accession.
L’originalité du modèle marocain réside dans la combinaison de plusieurs leviers :
- Mobilisation du foncier public pour réduire les coûts des opérations ;
- Fonds de garantie (FOGARIM, FOGALEF, Damane Assakane), permettant à l’État de garantir jusqu’à 70 % des prêts bancaires ;
- Fonds de Solidarité pour l’Habitat et l’Intégration Urbaine (FSHIU), alimenté notamment par une taxe sur le ciment ;
- Fiscalité incitative en faveur des promoteurs et des acquéreurs ;
- Partenariats public-privé, destinés à accélérer la production et mutualiser les risques.
Cette architecture financière robuste permet d’articuler subventions publiques, garanties, incitations fiscales et mobilisation du secteur privé.
Au-delà des instruments, la stratégie marocaine repose sur un principe structurant : la convergence des politiques foncières, fiscales et financières dans une logique de développement territorial intégré. Production neuve, requalification urbaine, villes nouvelles et soutien direct aux ménages s’inscrivent dans une même trajectoire.
Dans un contexte international marqué par la tension des marchés immobiliers et la contraction des ressources publiques, l’expérience marocaine illustre qu’une politique cohérente, combinant intervention publique forte et mobilisation des acteurs privés, peut produire des résultats mesurables.
Brève biographie de Prudence Adjanohoun
Diplômé d’un Master 2 en gestion publique co-délivré par l’Université PSL Paris Dauphine et l’École nationale d’administration, Prudence Adjanohoun cumule plus de dix années d’expérience en matière de logement social et des politiques de l’habitat.
Secrétaire général du Réseau Habitat et Francophonie depuis 2019, il exerce également les fonctions de responsable des relations institutionnelles au sein de la Mission Europe-International de l’Union sociale pour l’habitat.
Il a contribué à plusieurs travaux conduits par l’OCDE et ONU-Habitat, organisé des conférences de haut niveau dans de nombreuses métropoles internationales (Abidjan, Abu Dhabi, Dakar, Dublin, Katowice, Le Caire, Liège, Paris, Québec…) et participé à diverses publications spécialisées.
En avril 2025, la Représentation permanente de la France auprès des Nations unies l’a désigné point focal national pour la France auprès du groupe d’experts intergouvernemental d’ONU-Habitat sur le logement convenable pour tous.

