Robert Mugabe, l’homme aux nombreuses vies

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1960: après des années d’études puis d’enseignement à l’étranger, il rentre en Rhodésie et s’engage au sein du Parti national démocratique (NPD). Après son interdiction, il adhère à l’Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU) de Joshua Nkomo, avant de fonder avec des dissidents la ZANU (Union nationale africaine du Zimbabwe).

1964-74: Mugabe est placé en détention. Libéré, il prend la direction de la ZANU (interdite) et mène, avec la ZAPU de Joshua Nkomo, la lutte armée contre le régime blanc de Ian Smith. La guerre de 1972 à 1979 fait 27.000 morts.

  • 6 février 1980. Robert Mugabe, chef de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (Zanu).

– 18 avril 1980: indépendance de la Rhodésie, rebaptisée Zimbabwe. Mugabe est Premier ministre et son partenaire de lutte, Joshua Nkomo, ministre de l’Intérieur.

17 février 1982: limogeage de Nkomo, accusé de complot. Une dissidence armée dans le Matabeleland (ouest), son fief, provoque une sanglante répression (20.000 morts).

– 30 décembre 1987: Mugabe devient chef de l’Etat après une révision de la Constitution.

-février 2000: rejet d’un projet de Constitution qui devait renforcer ses pouvoirs. Il laisse les vétérans de la guerre d’indépendance exproprier plus de 4.000 fermiers blancs.

mars 2008: l’opposant Morgan Tsvangirai le devance au 1er tour de la présidentielle, mais renonce après des violences contre ses partisans. Mugabe est réélu en juin, ainsi qu’en 2013.

décembre 2014: reconduit à la tête du parti au pouvoir, il intronise Grace, épousée en secondes noces en août 1996 et qui a 41 ans de moins que lui, à la présidence de sa puissante Ligue féminine et effectue une vaste purge.

– 15 novembre 2017: l’armée, opposée au limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa, dauphin présumé de Mugabe, prend le contrôle de la capitale. Mugabe est placé en résidence surveillée.

  • 6 septembre 2019. «Comrad Bob» est décédé  à l’âge de 95 ans, a annoncé l’actuel chef de l’État, Emmerson Mnangagwa. “C’est avec la plus grande tristesse que j’annonce le décès du père fondateur du Zimbabwe et de l’ancien président, le commandant Robert Mugabe”, a-t-il déclaré dans un tweet.

Le sens d’un combat 

Il y a eu d’abord l’enseignant sans perspective dans une Rhodésie du Sud des années 60 où la vie d’un homme noir ne valait pas plus que celle d’un cheval. Ensuite le marxiste fondateur de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU- PF) qui défendra ses idées jusqu’en prison où, tout comme Mandela, il résistera pendant dix longues années aux offres d’un pouvoir en fin de vie. Puis le guérilléros qui mènera un combat décisif contre le gouvernement raciste d’Ian Smith.  Robert Mugabe et d’autres factions arracheront la liberté au terme d’une guerre qui fera 20 000 morts. Le suprémaciste Ian Smith, admirateur de Sir Cecil Rhodes négociera les accords de Lancaster House en 1979 avec Robert Mugabe.

Le grand divorce avec la Grande Bretagne

Ces accords pré-constitutionnels de Lancaster House ou Zimbabwe Act, signés le 21 décembre 1979, avaient été garantis par la Grande Bretagne et consacraient deux actes fondamentaux : le transfert de pouvoir à la majorité noire et la redistribution des terres. Un échéancier clair assorti d’indemnisations devait accompagner ce processus parrainé par Margaret Tatcher. La minorité blanche bénéficiait de garanties de non expropriation pendant dix ans. Une amnistie générale est proclamée pour absoudre tous les crimes commis entre 1965 et 1979.

Quinze semaines de négociations auront été nécessaires pour porter le Zimbabwe indépendant sur les fonts baptisimaux. La signature des accords de Lancaster House marque la fin de la guerre et la naissance du nouveau Zimbabwe. Pour la première fois, ce pays d’Afrique Australe connut des élections libres. Sur les 100 sièges des députés, la minorité blanche héritait de 20, raflés par le parti dirigé par Ian Smith. Le Zanu Front Patriotique de Mugabé remportait 57 des 80 sièges réservés aux noirs. Beaucoup de chefs d’Etat africains à l’instar de Julius Nyerere, craignant des manœuvres, avaient annoncé qu’ils ne reconnaîtraient qu’un gouvernement issu du Front patriotique.

C’est Robert Mugabé, cet homme déterminé, victime de deux tentatives d’assassinat lors de la campagne électorale de janvier 1980, qui fut nommé premier ministre en mars de la même année. Le monde entier célébra l’indépendance du Zimbabwe le 18 avril 1980 alors que le FMI commençait à appliquer son plan d’ajustement structurel (PAS) sur l’Afrique. L’un des premiers gestes de l’homme fort du Zimbabwé, qui ne sera élu président que 7 ans plus tard, fut de rompre les relations diplomatiques, économiques et commerciales avec le régime Apartheid de l’Afrique du Sud d’alors.

Mais très vite, les accords de Lancaster House rencontrèrent leurs limites. Signés par Margarett Tatcher et approuvés par les chambres des Communes et des Lords, ces accords sont dénoncés par Tony Blair remettant  en cause le principe d’indemnisation des fermiers blancs.  Témoin invité de ces accords, l’ancien président zambien, Kenneth Kaunda, déclarait en 2007 que c’est Londres qui était responsable de leur échec.

« En effet, expliquait-il,  dans les «accords de Lancaster House pour l’indépendance, il avait été «convenu» que le nouveau gouvernement zimbabwéen «acceptait » de ne pas traiter lui même les affaires de redistribution des terres, mais que la Grande Bretagne engageait toute sa responsabilité pour faire disparaître ces injustices ». Les blancs qui constituaient 1% de la population possédaient plus de 70% des terres. Le gouvernement britannique s’engageait notamment à indemniser les fermiers qui acceptaient de passer la main.

L’expropriation des fermiers blancs 

Pour Mugabe, une autre vie allait commencer dès lors que le gouvernement Blair revenait sur l’engagement de la Grande Bretagne.   La question des terres conjuguée aux enjeux de pouvoir allaient conduire à une expropriation musclée des fermiers blancs au début des années 2000. «Nous voulons la paix, mais vouloir la paix ne veut pas dire que tu as la part du lion et nous, nous avons la part du babouin », déclarait-il en 2015  lors d’une visite en Afrique du Sud. Et de préciser : “Nous n’avons pas renvoyé les Blancs. Nous avons enlevé des terres conformément à ce que les Britanniques et nous-mêmes avions convenu”.

Les années 2000 allaient marquer le déclin de la popularité de Robert Mugabé. L’usure du pouvoir conjuguée au bras de fer avec les fermiers blancs et à une farouche opposition emmenée par le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) du syndicaliste Morgan Tsvangirai, avaient entamé la popularité du vieux leader. Les sanctions internationales ont fait le reste et étouffé le petit peuple.

Comme la plupart des libérateurs, Mugabe, est resté trop longtemps au pouvoir. Sa voie suivie dans la reconstruction d’un pays post -Apartheid, aux antipodes du pacifisme de Mandela, n’a pas conduit ses compatriotes vers la libération économique. Mort le 6 septembre alors que l’Afrique du Sud est en proie à des émeutes contre les africains, il pourra dire là haut à son compagnon de lutte : «Hè Mandela, tu n’y est pas arrivé toi non plus»!

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