La deuxième édition des BOAD Development Days a vécu. Pendant deux jours, les 11 et 12 juin, Lomé a accueilli banquiers, investisseurs, assureurs, spécialistes de la garantie, promoteurs immobiliers, architectes et décideurs publics autour d’une question qui dépasse largement le seul secteur du logement : comment financer la croissance d’une Union appelée à compter plus de 300 millions d’habitants d’ici le milieu du siècle ?
À la veille de l’événement, le président de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), Serge Ekué, avait accordé un entretien croisé à Jeune Afrique, Sika Finance, Agence Ecofin et Financial Afrik. Une conversation qui, par sa densité technique, s’est apparentée à une véritable masterclass sur le fonctionnement d’une banque multilatérale de développement dans un environnement financier devenu plus exigeant.
Le premier enseignement tient en une idée simple : pour une banque de développement, la question centrale n’est pas seulement la qualité du bilan mais sa capacité à grandir au même rythme que les besoins de financement de l’économie. « Notre travail est de faire en sorte que la taille du bilan croisse parce que les besoins augmentent d’année en année », explique Serge Ekué. Derrière cette formule se dessine tout l’enjeu de l’UEMOA. Avec une croissance démographique proche de 3 % par an et une urbanisation rapide, les besoins en infrastructures, en énergie, en logement et en financement productif progressent à une vitesse rarement observée ailleurs dans le monde.
Pour répondre à cette équation, la BOAD a engagé un important renforcement de sa structure financière. Depuis 2021, les fonds propres ont été doublés. Sur le seul exercice clos au 31 décembre 2025, les fonds propres effectifs ont progressé de 28 %. L’accent est mis sur les fonds propres dits « durs », ceux qui déterminent directement la capacité de prêt et la solidité de l’institution. Les opérations de capital hybride et les augmentations de ressources propres poursuivent le même objectif : accroître durablement la puissance de feu de la banque.
Cette stratégie est étroitement liée à la question de la notation. La BOAD affiche aujourd’hui une notation A chez JCR, Baa1 chez Moody’s et BBB chez Fitch, un niveau qui la place parmi les signatures les plus solides du continent africain. Dans un contexte international marqué par des taux d’intérêt durablement élevés, cette crédibilité constitue un avantage déterminant pour accéder aux marchés de capitaux dans des conditions compétitives.
L’autre point fort de l’entretien concerne la notion de risque. Alors que de nombreux investisseurs internationaux ont engagé depuis plusieurs années des politiques de « dérisking », réduisant leur exposition à plusieurs marchés émergents et africains, Serge Ekué revendique une approche inverse. « Nous sommes structurellement acheteurs de risques UEMOA », affirme-t-il. La formule résume la mission même d’une banque de développement : intervenir là où les marchés hésitent et accompagner des projets que le secteur privé ne financerait pas seul.
Cette logique explique également la vocation contracyclique de l’institution. « Nous avons vocation à être un acteur contracyclique », rappelle-t-il. Lorsque les conditions de marché se détériorent, lorsque les marges se tendent ou que les investisseurs deviennent plus sélectifs, la BOAD entend maintenir son effort d’investissement afin d’éviter un ralentissement du financement de l’économie régionale.
Le logement, thème central des BOAD Development Days, illustre parfaitement cette approche. Face à un déficit estimé à 3,5 millions d’unités et à une demande annuelle de près de 800 000 logements, Serge Ekué estime que les solutions traditionnelles ont atteint leurs limites. « Le salariat est l’exception », rappelle-t-il, plaidant pour des mécanismes de financement mieux adaptés aux réalités des économies africaines.
Au fil de l’entretien apparaît ainsi une conviction forte : dans une région en pleine transition démographique, la question n’est plus seulement de préserver les équilibres financiers mais de construire des institutions capables d’accompagner la croissance sur plusieurs décennies. C’est dans cette perspective que la BOAD revendique son rôle de premier investisseur de l’UEMOA. « Nous sommes le premier investisseur dans la zone. Le jour où la BOAD n’investit plus, vous imaginez le signal ? »

