L’architecte sénégalais Pierre Goudiaby Atepa a défendu, le 12 juin 2026 à Lomé, une approche de rupture dans la conception urbaine. Au cœur de sa Keynote à l’édition 2 des BOAD Development Days, intitulée « Concevoir les villes nouvelles : faire du durable le standard et non l’exception », une conviction se dégage : face à la pression démographique, à la saturation des capitales et aux besoins massifs en logement, l’Afrique de l’Ouest doit penser ses futurs pôles urbains comme des projets intégrés, productifs et sobres dès leur origine, et non comme des extensions improvisées des villes existantes.
Pour l’architecte, la question n’est pas seulement immobilière ou architecturale : elle est économique, foncière, énergétique et industrielle. Il a mis en avant la nécessité de mieux capter la valeur créée par l’aménagement, en s’appuyant sur le potentiel de revalorisation du foncier pour financer les infrastructures. Dans cette logique, estime-t-il, la ville nouvelle ne doit pas être pensée comme un simple programme de logements, mais comme un écosystème complet associant habitat, services, mobilité, production agricole et équipements collectifs.
Pierre Goudiaby Atepa a aussi relié l’enjeu urbain à celui de la souveraineté énergétique. Selon l’homme d’affaires sénégalais, les villes nouvelles africaines doivent intégrer, dès leur conception, des solutions énergétiques propres et locales, notamment solaires, afin de réduire leur dépendance et d’abaisser durablement leurs coûts de fonctionnement. Dans le même esprit, il a plaidé pour une montée en puissance des filières industrielles régionales de matériaux de construction. Son message est clair : alors que le continent dispose des ressources de base, il doit renforcer sa capacité à transformer localement acier, aluminium ou verre, afin que l’urbanisation devienne aussi un levier d’industrialisation.
Au-delà du plaidoyer, l’intervention livre une lecture stratégique des arbitrages à venir pour l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Et invite les pouvoirs publics, les bailleurs et les investisseurs à considérer l’habitat durable non comme un surcoût, mais comme une infrastructure de compétitivité, de cohésion sociale et de résilience.
En appelant à « voir grand » dans la planification urbaine, Pierre Goudiaby Atepa replace la ville au centre d’une équation plus large : celle d’une croissance mieux organisée, plus inclusive et davantage ancrée dans les capacités productives africaines.

