Au nom de l’Inclusion Financière, Réveillons-nous !

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Fabrice Kom Tchuenté,  Directeur Exécutif – FinAfrique.

Par Fabrice Kom Tchuenté 

Et dire que nous sommes nombreux aujourd’hui à affirmer qu’il est difficile de capter l’épargne des ménages africains.

Chaque année de nombreuses Conférences sont organisées avec les Institutions de Bretton Woods pour plancher sur les Stratégies à mettre en place pour améliorer l’Inclusion Financière, pour redorer l’Education Financière des populations africaines. Depuis 2 ans, la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a initié un Programme pour la vulgarisation de l’Education Financière et a même crée depuis peu, une Direction Centrale consacrée essentiellement à l’Inclusion Financière. D’autre part, plusieurs pays à l’instar du Cameroun, du Sénégal, du Togo planchent sur leur propre stratégie de finance inclusive.

 

Tout ceci prête donc à penser et à juste titre qu’il y a un véritable problème d’inclusion financière dans la plupart des pays d’Afrique Subsaharienne. Qui se traduit notamment par un manque d’Education Financière de nos populations, avec pour objectif d’amener chaque individu ou ménage de la société civile à épargner par des canaux plus formels de notre économie.

 

 

Ce que nous apprend ces récents scandales financiers

 

Mais alors, comment comprendre l’affaire MonHévéa en Côte d’Ivoire et plus récemment le phénomène MIDA au Cameroun ? Et probablement d’autres scandales non encore révélés ? Ces Organisations qui fonctionnent suivant une logique «Madoffienne» (Pyramide de Ponzi) et qui garantissent ainsi des gains de l’ordre de 300% à 400% sur un horizon d’investissement de quelques mois (et non de quelques siècles si on en croit les lois de l’économie). Et curieusement ces institutions se sont proliférées au fil des années, au su et au vu des officiels et quelques fois même par la présence de spots publicitaires sur les antennes nationales qui pourtant disposent toutes d’un service d’informations économiques.

 

Il y a au moins 2 choses que nous pouvons retenir de ces arnaques financières :la première c’est qu’il y a de l’Epargne, principalement constituée de petites épargnes (ce que l’on appelle l’épargne des ménages – sur toutes les couches de la population) au regard de la pléthore des victimes et de l’importance des montants engagés.

Et d’autre part, on est forcé de constater que ces promoteurs d’infortune ont des arguments convaincants leur permettant de capter une épargne tant convoitée par nos nombreux programmes de développement internationaux et qui échappent aujourd’hui aux institutions financières locales et légales.

 

 

Mettre à profit les Administrations traditionnelles

 

Dans les termes « Education Financière », il y a le terme « Education ». Eduquer, c’est aussi Sensibiliser. Visiblement, nos Responsables, nos Officiels qui pour certains se sont rendus complices de ces mauvaises pratiques parfois par maladresse ont eux aussi besoin d’être Eduquer Financièrement ne serait-ce pour qu’ils comprennent que des taux d’épargne au-delà de 20% à 30% sur une année ça n’existe pas, encore moins des taux à plus de 200%, à moins que nous épargnions pour nos arrières arrières petits-enfants. Ainsi, nous espérons que dans toutes ces Stratégies d’Education Financière plutôt bien pensées, nos Argentiers, accompagnées des Institutions de Bretton Woods ont prévu d’Eduquer aussi bien les Administrateurs que les Administrés.

 

En parlant d’Administrateurs, nos sociétés sont gangrénées par des croyances paranormales, qui quelques fois justifient des phénomènes de multiplication de la monnaie. Raison pour laquelle cette sensibilisation des Administrateurs ne doit pas seulement être faite au niveau civil (Sous-Préfets, Maires, …) mais elle doit aussi concerner les Administrateurs traditionnels (Chefs traditionnels, Chefs de quartiers, …) qui seront les meilleurs relais pour la sensibilisation de leurs populations. Nos états pourraient même aller plus loin en créant des Agences bancaires postales au sein de certaines grandes chefferies exploitant ainsi les relations de proximités, de confiance et d’humilité qui subsistent entre les villageois et leurs autorités traditionnelles.

 

 

Incorporer des solutions pragmatiques

 

Notre volonté par ces propos n’est pas d’émettre un doigt accusateur sur ces initiatives volontaristes qui sont menées pour améliorer les conditions sociales de nos populations. Mais plutôt sur la nécessité d’y incorporer les fondamentaux socio-économiques et culturels qui régissent nos sociétés.

 

Les grandes réflexions ne sont pas nécessairement les vecteurs de bonnes propositions. La réflexion est utile mais dans nos contextes, elle doit être le plus pragmatique possible afin de se murer dans nos réalités. Un Programme National d’Inclusion/Education Financière, a un objectif d’amélioration fixé sur 5, 10 ou 15 ans. Le Pragmatisme, c’est de fixer également un objectif pour demain, c’est comment éduquer (ou par quel vecteur éduquer) aujourd’hui ?

 

  • Pour que demain, après-demain, lorsqu’une nouvelle initiative malveillante verra le jour, elle n’aura absolument plus la même ampleur.

 

  • Pour que dès demain, la société civile, mais surtout le secteur informel puissent de défaire de ce complexe d’infériorité qu’ils nourrissent vis-à-vis de la banque, à cause de diverses raisons : Faibles revenus, barrière de la langue (pour les analphabètes) …

 

Comment comprendre que ces mêmes personnes-victimes n’ont eu aucune difficulté à se rendre auprès des ces organisations aux pratiques illégales pour épargner/investir ? La raison principale étant la promesse de ces derniers de multiplier leur argent.

 

Ainsi, demain, il faudrait que le banquier africain fasse davantage de communication, à tous ces petits porteurs et dans un langage qui leur est approprié, leur promettant l’augmentation de leur épargne, en d’autres termes, un gain garanti (au titre du taux d’intérêt). Cette communication pouvant également être menée par les états au travers des moyens de communication technologiques que ce sont appropriés 90% des africains.

 

En se servant de la Téléphonie Mobile non pas seulement dans le but d’offrir des services financiers tels que c’est le cas aujourd’hui (Mobile Banking) mais aussi dans l’optique d’en faire un vecteur d’Education/Sensibilisation aux concepts Bancaires et Financiers. Une Education qui se ferait de façon écrite par le biais de SMS réguliers et pour les analphabètes, de façon orale par le biais de messages vocaux en dialecte local.

 

 

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