À l’occasion de l’annonce de son projet d’introduction à la Bourse de Londres, Airtel Money ouvre une nouvelle étape de son développement. Présente dans 13 marchés africains, la filiale d’Airtel Africa revendique environ 53 millions de clients actifs mensuels et entend accélérer son expansion dans les paiements numériques et les services financiers. Dans cet entretien exclusif accordé à Financial Afrik, Ian Ferrao, directeur général d’Airtel Money, revient sur les motivations de cette opération valorisée de 800 millions de dollars, le choix de Londres, les perspectives d’expansion géographique et les nouvelles ambitions du groupe.
Financial Afrik : Vous venez d’annoncer votre intention d’introduire Airtel Money à la Bourse de Londres, avec notamment la participation annoncée de la Société financière internationale (IFC).
Pourquoi avoir choisi ce moment pour engager une opération de cette envergure ?
Ian Ferrao : Nous considérons qu’il s’agit d’un moment particulièrement important dans l’histoire d’Airtel Money. Cette opération pourrait constituer l’une des plus importantes introductions en Bourse réalisées à Londres au cours des cinq dernières années. C’est une perspective particulièrement intéressante pour nous.
Il faut regarder le chemin parcouru. Nous avons développé notre activité dans 13 pays africains, avec une croissance soutenue, un modèle opérationnel éprouvé et une présence commerciale importante.
Nous comptons aujourd’hui plus de 50 millions de clients actifs mensuels, et notre développement repose sur des investissements considérables réalisés dans nos infrastructures technologiques et notre réseau de distribution.
Les perspectives de croissance restent importantes. Les économies africaines continuent de se transformer. L’adoption des smartphones progresse, les populations accèdent davantage aux services numériques et les besoins en matière de paiements et de services financiers se diversifient.
Nous disposons notamment d’un potentiel considérable auprès des abonnés de notre réseau de télécommunications qui n’utilisent pas encore Airtel Money. À cela s’ajoutent de nouvelles perspectives dans les paiements marchands, le crédit et l’élargissement de notre gamme de produits financiers.
Notre introduction en Bourse doit également nous donner une plus grande flexibilité stratégique pour accompagner les prochaines étapes de notre développement.
Financial Afrik : Cette opération est-elle destinée à lever de nouveaux capitaux pour Airtel Money ou s’agit-il principalement de permettre à certains de vos actionnaires historiques de céder une partie de leurs participations ?
Ian Ferrao : Nous avons bénéficié, au cours des dernières années, du soutien d’investisseurs qui ont engagé des capitaux importants pour accompagner notre développement en Afrique.
Ces investissements nous ont permis de construire une entreprise disposant aujourd’hui d’une présence continentale significative, d’un réseau commercial étendu et d’une activité rentable.
L’introduction en Bourse constitue une nouvelle étape pour ces investisseurs. Elle leur offre notamment la possibilité de réaliser une partie de leur investissement et de bénéficier de la valeur créée au fil des années.
L’opération doit également nous permettre d’accueillir de nouveaux investisseurs institutionnels internationaux et de renforcer notre visibilité sur les marchés financiers.
Pour notre part, nous disposons d’une équipe de direction chargée de poursuivre l’exécution de notre stratégie et de développer l’activité. L’introduction en Bourse nous permettra de franchir une nouvelle étape tout en conservant cette continuité opérationnelle.
Financial Afrik : Justement, qui vendra ses actions dans le cadre de cette opération et quel sera le calendrier de l’introduction en Bourse ?
Ian Ferrao : Il est encore trop tôt pour communiquer l’ensemble des paramètres définitifs de l’opération.
Nous prévoyons de publier les informations complémentaires au cours des prochains jours, notamment les modalités de l’offre et les éléments relatifs à sa valorisation.
Nous nous attendons à susciter l’intérêt d’investisseurs institutionnels internationaux, compte tenu de la dimension de notre activité et des perspectives de développement du marché africain des services financiers numériques.
Les détails définitifs seront communiqués conformément au calendrier et aux procédures applicables à l’introduction en Bourse.
Financial Afrik : Pourquoi avoir privilégié la Bourse de Londres plutôt qu’une place financière africaine, notamment la BRVM en Afrique de l’Ouest ou une Bourse d’Afrique centrale, alors que l’essentiel de vos activités est réalisé sur le continent ?
Ian Ferrao : Notre ambition est de réaliser une opération d’envergure internationale. Pour cela, il est essentiel d’avoir accès à une base d’investisseurs suffisamment large, disposant des ressources nécessaires et d’une bonne connaissance des marchés émergents.
Londres possède un marché financier profond et un écosystème important d’investisseurs institutionnels internationaux. Ces investisseurs comprennent les perspectives offertes par les économies émergentes et disposent d’une expérience significative dans le financement de grandes entreprises internationales.
Nous souhaitons positionner Airtel Money comme une entreprise africaine capable d’attirer des capitaux à l’échelle mondiale.
Le choix de Londres répond donc principalement à notre volonté d’accéder à cette profondeur de marché, de bénéficier d’une importante visibilité internationale et de réunir les conditions nécessaires au succès d’une opération de cette dimension.
Financial Afrik : Airtel Money est actuellement présent dans 13 pays africains. Quels sont vos projets d’expansion géographique ? Envisagez-vous de nouveaux marchés, notamment en Afrique francophone ?
Ian Ferrao : Nous restons attentifs aux possibilités d’expansion et nous examinerons les opportunités qui pourront se présenter.
Notre stratégie repose néanmoins sur une approche sélective. Il ne s’agit pas simplement d’augmenter le nombre de pays dans lesquels nous sommes présents. Nous devons nous assurer que chaque nouveau marché possède une taille suffisante et offre des perspectives de croissance intéressantes.
Les conditions réglementaires sont également déterminantes. L’obtention de nouvelles licences peut notamment constituer une opportunité d’entrée sur certains marchés.
Nous examinerons donc les possibilités d’expansion en fonction de leur potentiel économique, du cadre réglementaire et de leur cohérence avec notre stratégie de développement.
Financial Afrik : Au-delà de l’expansion géographique, quels seront vos prochains relais de croissance ? Comptez-vous accélérer dans les paiements marchands, le crédit, l’épargne et les autres services financiers ?
Ian Ferrao : Notre priorité consiste à approfondir notre présence sur les marchés dans lesquels nous opérons déjà et à accroître l’utilisation de nos services.
Les paiements marchands représentent une opportunité considérable. Nous souhaitons développer davantage notre application et faciliter l’acceptation des paiements numériques, notamment grâce aux solutions de paiement par QR code.
Nous voulons permettre à un nombre croissant de commerçants et d’entreprises d’utiliser notre plateforme pour leurs transactions quotidiennes.
Le deuxième axe concerne les services financiers. Nous poursuivons le déploiement de nos offres de crédit, d’épargne et d’assurance. Il existe encore un potentiel important dans ces différents segments, compte tenu du niveau relativement faible de bancarisation dans plusieurs de nos marchés.
Nous croyons également beaucoup au potentiel des cartes virtuelles et des paiements internationaux.
Les comportements des consommateurs évoluent rapidement. De plus en plus de clients souhaitent pouvoir utiliser leurs moyens de paiement pour accéder à des services numériques internationaux, régler des abonnements ou effectuer des achats en ligne.
Notre objectif est de développer progressivement un écosystème financier numérique plus complet, capable de répondre à ces nouveaux usages.
Financial Afrik : Dernière question. Quelles perspectives de croissance, de rentabilité et de distribution de dividendes pouvez-vous présenter aux investisseurs institutionnels qui envisagent d’entrer au capital d’Airtel Money ?
Ian Ferrao : Nous abordons cette opération avec un modèle économique qui a démontré sa capacité à générer de la croissance et des résultats financiers.
Notre activité repose sur des marchés dont les perspectives de développement demeurent importantes, notamment grâce à l’adoption des services numériques et à l’élargissement de notre clientèle.
Nous entendons poursuivre notre croissance tout en maintenant une gestion rigoureuse de notre rentabilité.
Concernant les perspectives financières précises et les modalités de rémunération de nos futurs actionnaires, les informations correspondantes seront présentées dans le cadre de la documentation relative à l’introduction en Bourse.
Notre priorité reste la poursuite de notre développement et la création de valeur à long terme pour l’ensemble de nos actionnaires.
Encadré
Airtel Money : une introduction en Bourse sans levée de capitaux nouveaux
L’introduction d’Airtel Money à la Bourse de Londres reposera exclusivement sur la cession d’actions existantes. L’opération ne prévoit donc aucune augmentation de capital ni levée de fonds au profit de l’entreprise.
Airtel Africa, qui détient actuellement 77,85 % du capital de sa filiale de services financiers, entend conserver son statut d’actionnaire stratégique. De son côté, la Société financière internationale (SFI), membre du Groupe de la Banque mondiale, s’est engagée à acquérir jusqu’à environ 90 millions de dollars d’actions auprès des actionnaires existants.
Sur le plan financier, Airtel Money affiche des objectifs de croissance et de rentabilité précis. Le groupe vise une progression de son chiffre d’affaires d’environ 25 % à taux de change constants pour l’exercice qui s’achèvera en mars 2027. À moyen terme, il ambitionne de retrouver une marge d’EBITDA supérieure à 50 %.
Autre indicateur destiné aux investisseurs : la politique de dividendes prévoit un taux de distribution minimum de 80 % du bénéfice net consolidé attribuable aux actionnaires, sous réserve des décisions du conseil d’administration et des conditions applicables.
Cette opération permettra ainsi aux actionnaires existants de monétiser une partie de leur investissement tout en ouvrant le capital d’Airtel Money à de nouveaux investisseurs institutionnels internationaux.

