La Mauritanie franchit une nouvelle étape dans la valorisation de son potentiel pétrolier et gazier. Le gouvernement a signé, mardi 3 novembre 2026 à Nouakchott, deux contrats de partage de production avec le groupe américain Murphy Oil Corporation, portant sur les blocs offshore C10 et Tiof. Cette arrivée d’un nouvel opérateur international marque une relance de l’exploration dans le bassin côtier mauritanien, dans un contexte de montée en puissance de la production gazière du pays.
Les deux accords ont été signés par le ministre mauritanien de l’Énergie et du Pétrole, Mohamed Abdel Vetah, et Christopher Charles Olson, vice-président senior chargé de l’exploration et du sous-sol chez Murphy Oil. La cérémonie a été précédée d’une audience accordée à une délégation de la compagnie américaine par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, au palais présidentiel de Nouakchott.
Pour le ministère de l’Énergie et du Pétrole, cette signature donne une nouvelle impulsion à l’exploration offshore et au développement des ressources pétrolières et gazières nationales. Elle traduit également la volonté des autorités de renforcer les partenariats avec les grandes compagnies internationales.
Les modalités financières des contrats, les engagements d’investissement, le calendrier des campagnes sismiques et les éventuelles obligations de forage n’ont pas encore été rendus publics.
Un opérateur américain expérimenté
Basée à Houston, au Texas, et cotée à la Bourse de New York, Murphy Oil Corporation dispose d’actifs pétroliers et gaziers dans plusieurs régions du monde, notamment en Amérique du Nord, en Asie et en Afrique.
Fondée en 1905, la compagnie a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 2,7 milliards de dollars en 2025, pour une production quotidienne de quelque 182 000 barils équivalent pétrole.
Son intérêt pour la Mauritanie s’inscrit dans une stratégie de développement de son portefeuille international d’exploration. En octobre 2026, Murphy Oil avait notamment annoncé des résultats positifs dans ses opérations d’évaluation pétrolière en Côte d’Ivoire.
Dès juillet 2026, Murphy Oil et Chariot Oil avaient manifesté leur intérêt pour l’accès à trois blocs offshore mauritaniens. La signature des deux contrats du 3 novembre concrétise ainsi une partie de cette démarche.
De Chinguetti au Grand Tortue Ahmeyim
L’arrivée de Murphy Oil intervient alors que la Mauritanie cherche à diversifier son portefeuille de projets après une première expérience pétrolière marquée par le champ offshore de Chinguetti.
Découvert en 2001 et entré en production en 2006, Chinguetti avait placé le pays parmi les producteurs africains de pétrole. Son exploitation a toutefois pris fin en 2017, après une production inférieure aux ambitions initiales.
La dynamique énergétique mauritanienne repose désormais largement sur le gaz naturel.
Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), développé conjointement avec le Sénégal et opéré par BP en partenariat avec Kosmos Energy et les compagnies nationales, est entré en production en 2025. Il constitue le premier grand projet d’exportation de gaz naturel liquéfié des deux pays.
Au-delà du GTA, la Mauritanie dispose d’importantes ressources gazières encore inexploitées. Le champ de Bir Allah, situé entièrement dans les eaux mauritaniennes, à environ 40 kilomètres au nord du GTA, présente un potentiel estimé à 80 000 milliards de pieds cubes de gaz.
Le champ de Banda, situé à quelque 70 kilomètres au large de Nouakchott, renfermerait entre 1 200 et 2 000 milliards de pieds cubes de gaz, auxquels s’ajouterait un potentiel pétrolier d’environ 200 millions de barils.
Ces ressources pourraient alimenter de futurs projets de production électrique, soutenir l’industrialisation et renforcer les capacités d’exportation du pays.
En juillet 2026, les autorités mauritaniennes ont également accordé au groupe saoudien ACWA Power une concession de 25 ans pour le développement d’une centrale électrique au gaz de 230 mégawatts.
Des contrats à transformer en investissements
Pour Nouakchott, la signature avec Murphy Oil constitue un signal positif, mais le véritable enjeu réside dans l’exécution des programmes d’exploration.
La valeur économique de ces accords dépendra des montants effectivement investis, de l’acquisition de données géologiques et géophysiques, de la réalisation de forages et, surtout, de l’identification de ressources commercialement exploitables.
Les retombées nationales dépendront également des dispositions relatives au contenu local, à la formation des compétences mauritaniennes, à la fiscalité pétrolière et au partage des revenus futurs.
Avec le démarrage du GTA, les perspectives offertes par Bir Allah et Banda et l’arrivée de Murphy Oil sur deux nouveaux blocs offshore, la Mauritanie entend renforcer son positionnement parmi les destinations d’exploration pétrolière et gazière de la façade atlantique africaine.
La signature des contrats du 3 novembre marque une avancée contractuelle. Reste désormais à connaître les engagements techniques et financiers de Murphy Oil pour mesurer la portée réelle de cette nouvelle phase d’exploration.

