Par Dacian Cioloș, ancien premier ministre de la Roumanie et commissaire européen à l’Agriculture, candidat au poste de Secrétaire général de la Francophonie.
On évoque souvent, et à juste titre, l’immense potentiel économique de l’Afrique : ses ressources, sa force démographique, notamment grâce à la jeunesse de sa population, et ses perspectives de croissance. De nombreuxpays de tous les continents regardent l’Afrique avec un vif intérêt. Mais est-ce que tout regard ou tout intérêt répond aux besoins de croissance économique durable des pays africains ?
C’est une question qui invite à réfléchir. Inspiré par les recherches du célèbre économiste Daron Acemoglu, il vaut mieux garder à l’esprit la distinction entre une approche extractive et une approche participative des ressources d’une société, même lorsqu’il s’agit des relations économiques internationales. L’Afrique a besoin que son potentiel économique et humain soit mis en valeur de manière participative, afin d’en tirer des bénéfices à long terme: développement durable, stabilité sociale, confiance dans l’avenir et, notamment, des opportunités et de l’espoir.
De mon point de vue, par rapport à d’autres, la Francophonie, en tant que format de coopération multilatérale globale, peut garantir à l’Afrique une approche participative et collaborative pour transformer son potentiel en développement durable, si l’on renforce sa dimension économique à partir des trois piliers que je propose dans mon programme de candidature au poste de Secrétaire général de la Francophonie.
D’abord, la clé de voûte de mon programme, c’est quel’Afrique est au cœur de la Francophonie et que tous les pays membres y sont impliqués d’égal à égal. Du point de vue économique, c’est un principe qui reconnaît pleinement l’immense potentiel de l’Afrique, tout en définissant le cadre et la nature des relations : nous sommes tous des partenaires égaux et nous fondons nos collaborations et nos projets économiques sur le respect mutuel et sur l’idée que tous doivent en tirer des bénéfices.
Dans ce contexte, le principe de la complémentarité économique des régions francophones prend une longueur d’avance. La Francophonie peut faciliter des projets de coopération entre des régions qui ont des besoins, des ressources, des technologies et des expériences gagnantes complémentaires, qu’elles soient d’Afrique, d’Asie, d’Europe, d’Amérique, d’Océanie ou du Moyen-Orient.
Deuxièmement, cette nouvelle dynamique économique ne peut être soutenue que par le rôle que j’attribue au secrétaire général de la Francophonie. Je ne le vois ni comme un administrateur, ni comme le représentant de son pays d’origine ou de sa région. Il ou elle a pour rôle d’incarner la Francophonie dans toute sa diversité, d’animer stratégiquement et de faciliter ce type de coopération entre les pays membres. À leur tour, il incombe aux États membres de s’impliquer activement pour promouvoir leurs besoins et leurs intérêts au moyen de projets de coopération économique. Le nouveau modèle de gouvernance que je propose, la décentralisation du pouvoir du Secrétariat général et de ses représentants régionaux, la coordination active des opérateurs francophones et la coopération avec les réseaux d’affaires, universitaires et de la société civile y contribueront de manière décisive.
Par exemple, l’Organisation internationale de la Francophonie pourrait aider à identifier des projets, à en améliorer lapréparation et à trouver des partenaires capables de les financer. Pour une entreprise africaine, cela signifie accéder plus facilement à des interlocuteurs pertinents et bénéficier d’un accompagnement pour transformer une intention d’investissement en un partenariat durable.
Le troisième principe, c’est que la Francophonie doit créer desperspectives concrètes et des opportunités à long terme pour le milieu des affaires, les jeunes et tous les hommes et toutesles femmes de nos communautés. Le développement économique doit inclure toutes les catégories sociales. Pour ce faire, il est essentiel que la Francophonie développe des partenariats avec les grands bailleurs internationaux, les agences de développement et l’Union européenne afin de mobiliser les capitaux dont l’Afrique a besoin pour transformer son potentiel en opportunités dans des domaines tels que la digitalisation, l’IA, les énergies renouvelables, l’agriculture durable, l’investissement et l’entrepreneuriat. L’objectif doit être de créer davantage de valeur sur place. Transformer les productions agricoles, développer des activités industrielles autour des ressources minières, produire une énergie accessible aux entreprises : ces investissements peuvent faire émerger des réseaux de fournisseurs, renforcer les PME et soutenir l’emploi dans les territoires.
Du côté des jeunes, la formation en français doit être développée dans des domaines techniques et reliée au marché du travail, afin d’assurer leur employabilité et de favoriser l’entrepreneuriat.
Je sais que cette vision est complexe et que le changement ne se produira pas d’un jour à l’autre. Mais ce que je propose, c’est de commencer à la mettre en pratique dès 2027 et, à cette fin, de valoriser aussi la dimension culturelle et linguistique qui nous rassemble, les premiers pas déjà faits pour une Francophonie économique jusqu’à présent, ainsi que tous les réseaux existants dans les milieux d’affaires et universitaires.
C’est donc à nous de construire une Francophonie économique qui soutient le développement durable de l’Afrique. Et c’est mon ambition d’y contribuer, avec toutes mes ressources professionnelles et personnelles!

