Au Togo, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a procédé à un vaste remaniement au sommet des Forces armées togolaises (FAT) et de plusieurs agences stratégiques de l’État. Ce, à travers une série de huit décrets publiés dans la soirée du lundi 17 aout, lesquels redessinent la chaîne de commandement militaire, du renseignement et de l’aviation civile, dans un contexte sécuritaire toujours tendu au nord du pays.
Un nouveau patron pour les armées
Au cœur de ce mouvement, le colonel Tchakpelé Aklesso est la figure centrale. Promu au grade de général de brigade par le décret n° 2026-159, il est aussitôt nommé Chef d’état-major général des Forces armées togolaises (CEMAG) par le décret n° 2026-169. À ce poste, le désormais ex-patron de l’Agence nationale de renseignements supervisera la stratégie de défense nationale, la coordination interarmées et la modernisation des équipements. Il succède au colonel Dimini Allahare, nommé à la tête des FAT en 2024.
Mais le mouvement ne se limite pas au sommet : les principales composantes des FAT changent également de têtes. Ainsi, l’armée de terre passe sous le commandement du colonel Kombaté Latiembe (décret n° 2026-162), et l’armée de l’air, sous celui du colonel Idrissou Abdu Ahabou (décret n° 2026-163).
Pour sa part, le colonel Kilimou Mazama Esso est nommé chef d’État-major particulier du président du conseil par décret n° 2026-164.
Renseignement et aviation civile également remaniés
Le secteur du renseignement change à son tour de direction. Le colonel Akapo Ayewalani prend la tête de l’Agence nationale de renseignement (ANR) en qualité de directeur général (décret n° 2026-165), épaulé par Samarou Essowoè, nommé directeur général adjoint (décret n° 2026-166).
Dans l’aérien civil, le général de brigade aérienne Mama Essomna — pilote chevronné et figure montante des FAT — est nommé directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), par le décret n° 2026-161. Il sera chargé de la sécurité et de la régulation du transport aérien, un secteur en pleine croissance au Togo.
Un contexte sécuritaire sous haute tension
Ce vaste mouvement de têtes intervient dans un contexte sécuritaire marqué par la persistance de la menace jihadiste au nord du pays. Depuis juin 2022, la région des Savanes vit sous état d’urgence, régulièrement prorogé, avec l’Assemblée nationale qui a, récemment, adopté un projet de loi autorisant sa prorogation pour douze mois supplémentaires. Les incursions du JNIM et d’autres groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique restent une préoccupation majeure pour Lomé, qui doit aussi composer avec l’instabilité chronique du Sahel.
Par ailleurs, ce remaniement s’inscrit également dans la nouvelle architecture politique née des réformes constitutionnelles adoptées en 2024-2025, qui ont instauré la Ve République et transformé le chef de l’État en « Président du Conseil », chef suprême des armées. En quelques mois, Faure Gnassingbé a ainsi nommé plusieurs de ses hommes de confiance aux postes sensibles, fait observer un responsable de la majorité : « La sécurité nationale est devenue le premier chantier du régime. »

