À Abidjan, le Yango Fellowship a célébré sa troisième génération : 24 jeunes talents, sélectionnés parmi près de six cents candidats, venus de six pays africains. En marge de cette cérémonie panafricaine, Kadotien Alassane Soro, directeur pays de Yango Côte d’Ivoire, revient sur les ambitions d’un programme qui ne se résume pas à une aide financière : « au-delà de la bourse, c’est un accompagnement, c’est un programme de développement ». Des STEM à l’intelligence artificielle appliquée, il explique comment son entreprise entend bâtir, avec les talents locaux, un écosystème numérique africain durable et, à terme, autosuffisant.
Propos recueillis à Abidjan par Nephthali Messanh Ledy
Financial Afrik : Nous sommes ici à Abidjan, dans le cadre du Yango Fellowship. D’abord, dites-nous : c’est quoi ce programme Yango Fellowship ?
Kadotien Alassane Soro : Le Yango Fellowship, c’est un programme de bourse que nous accordons à un certain nombre d’étudiants. Il a commencé en Côte d’Ivoire il y a deux ou trois ans, et il s’est étendu sur six pays au niveau de l’Afrique. Au-delà de la bourse, c’est un accompagnement, c’est un programme de développement pour des jeunes qui sont dans les STEM (sciences, techniques, mathématiques, engineering, Ndrl). On veut construire une base de talents, développer des jeunes qui vont renforcer l’écosystème numérique. Parce qu’on croit vraiment qu’on a les talents : il faut juste leur donner l’opportunité de se développer, avec le mentorship, avec de l’accompagnement qu’ils développent des projets, qu’ils construisent quelque chose au-delà de l’aspect pécuniaire de la bourse, et qu’ils aillent vers des start-up, des compagnies, pour renforcer l’écosystème. Parce que nous croyons que l’écosystème numérique, sur le volet durable, doit être basé sur les talents locaux — des talents qui vivent la réalité locale et qui vont construire des solutions adaptées aux besoins locaux.
Pourquoi Abidjan a-t-elle été choisie pour accueillir cette cérémonie ?
Abidjan est déjà le siège de Yango en Afrique. Donc nous vous accueillons ici, et c’est aussi là que Yango a commencé, il y a à peu près huit ans aujourd’hui, avec notre lancement en 2018.
Quel bilan tirez-vous de l’évolution du programme et de la participation des jeunes Ivoiriens eux-mêmes ?
Nous sommes plutôt satisfaits de l’évolution. Il y a eu la première génération ; là, nous sommes à la troisième génération, et nous avons vu certains qui sont allés en stage, d’autres qui travaillent dans des start-up, etc. Et notre vision, c’est que d’ici dix ans, certains d’entre eux soient des employés dans l’écosystème, pas seulement à Yango, mais dans l’écosystème numérique africain, et que certains soient des fondateurs de start-up à succès, qui permettront de renforcer l’écosystème numérique dans lequel nous développons nous aussi nos activités, notre super app. C’est un cycle vertueux que nous commençons, et sur le long terme, nous croyons vraiment à ce cycle.
Cette année, le programme met l’accent sur l’intelligence artificielle appliquée. Quels types de solutions les fellows ivoiriens ont-ils développés et à quels défis concrets cherchent-ils à répondre ?
Au-delà des pitch au cours desquels les fellows présentent leurs solutions, l’aspect critique de l’intelligence artificielle, c’est que nous devons l’adopter maintenant, afin de ne pas prendre de retard sur là où l’intelligence artificielle va nous diriger dans les années futures. Et c’est pour ça que le mentorship de cette année a été vraiment concentré sur l’intelligence artificielle : utiliser l’intelligence artificielle comme outil pour bâtir des choses. Enfin, je ne veux pas vous faire de spoiler, mais vous verrez tout de suite les choses qui sont bâties avec notre intelligence artificielle. Ce n’est pas juste les Ivoiriens : ce sont les Ghanéens, les Sénégalais, des Zambiens, même du Mozambique, et aussi de l’Éthiopie — nous avons des gens qui sont de l’Éthiopie. Ce sont des choses extraordinaires. Pour des enfants de cet âge-là, qui sont encore étudiants, c’est déjà intéressant.
Yango est avant tout connu du grand public pour ses services technologiques. Pourquoi l’entreprise choisit-elle également d’investir dans la formation et le développement des jeunes talents ?
En fait, nous sommes une entreprise de technologie ; en général, les gens nous associent même à la mobilité. Mais, Dieu merci, de plus en plus, on nous associe à la technologie — c’est ce dont nous sommes vraiment fiers. Et pourquoi nous choisissons cet aspect de développement des talents locaux ? C’est parce qu’une fois de plus, nous croyons que l’Afrique regorge de talents. Ces talents-là doivent juste rencontrer l’opportunité de la formation et l’opportunité d’être accompagnés, pour bâtir des choses qui répondent aux besoins des communautés dans lesquelles nous vivons. Il n’y a pas mieux que quelqu’un qui vit dans la communauté, qui vit les besoins, et qui apporte des solutions. C’est ça, l’innovation durable. Et c’est ce en quoi nous croyons. C’est pour ça que nous sommes prêts à investir sur le long terme dans les talents locaux, les talents locaux des communautés dans lesquelles nous exerçons. C’est vraiment ça. C’est au cœur de notre ADN, en réalité : construire sur les talents locaux. Même notre business model est toujours basé sur les entreprises locales. Parce que nous croyons que c’est ce qui nous rend durables dans l’écosystème : apporter de la valeur et former, accompagner les business locaux et les talents locaux.
Que se passe-t-il après la graduation ? Comment Yango faire en sorte que l’impact du Fellowship se poursuive au-delà du programme lui-même ?
Après la cérémonie de graduation, ces candidats vont aller dans l’écosystème. Il y en a qui vont continuer à construire l’idée de start-up sur laquelle ils travaillent actuellement. Certains vont rejoindre des entreprises de technologie dans l’écosystème numérique, et certains vont poursuivre leur carrière académique. Mais c’est vraiment ça, la liberté. Et c’est cette liberté-là que nous voulons leur donner, en leur donnant l’accompagnement. Dans dix ans, nous sommes sûrs, eux aussi auront formé d’autres personnes, les start-up auront mûri, et nous voulons que l’écosystème soit autosuffisant en termes de talents. Et ça, j’y crois vraiment.
Quant aux cadres que nous mettons en place pour que l’impact se poursuive au-delà du programme : par exemple, certains de la première génération ont été des mentors pour ceux de la génération actuelle, et certains seront des internships dans certaines compagnies qui sont dans notre écosystème, ou même chez nous. Et nous les suivons au-delà de leur graduation, au-delà de leur cérémonie, pour être sûrs qu’ils soient des exemples pour les plus petits et les plus jeunes. Et ça se passe bien déjà. Nous allons continuer à faire en sorte qu’ils inspirent d’autres générations, et que — comme nous le voulons — l’écosystème soit autosuffisant en termes de talents, que ce soit dans l’IA, dans le coding et autres, s’il y a encore du coding dans dix ans. Et que nous n’allions pas chercher des talents ailleurs pour résoudre les besoins locaux.
Quel message adressez-vous à ces jeunes qui souhaitent construire une carrière dans les STEM, l’IA et les nouvelles technologies ?
En fait, ce sont des jeunes qui sont vraiment doués. Sur près de six cents candidats, ce sont les vingt-quatre qui ont été retenus, sur les six pays dans lesquels nous avons fait le programme. Donc ce sont des jeunes qui sont vraiment doués, naturellement intelligents et travailleurs. Tout le conseil que j’ai pour eux, c’est qu’ils soient ambitieux, qu’ils rêvent grand, que leurs rêves leur fassent peur. C’est la seule manière pour nous de nous transcender. Et je crois vraiment que, ensemble, nous allons y arriver.

