Par José Herbert Ahodode, Chef Service Subventions et Facilités d’Accès aux Financements à l’ADPME.
Au Bénin, plus de 90% du tissu économique est constitué de micro, petites et moyennes entreprises. Elles emploient, innovent et irriguent l’économie locale, mais restent structurellement à l’écart du crédit bancaire classique, faute de garanties, d’états financiers formalisés ou d’antériorité suffisante. Combler ce fossé est aujourd’hui la mission de l’Agence de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ADPME).
Un guichet unique pour mettre fin à la dispersion
Pendant longtemps, l’écosystème d’appui aux PME béninoises est resté fragmenté entre plusieurs structures aux mandats se chevauchant, brouillant la lisibilité de l’offre publique pour l’entrepreneur. Créée par décret en mars 2022 sous la tutelle du Ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l’Emploi, l’ADPME a été conçue précisément pour mettre fin à cet éparpillement. Son mandat : fédérer l’ensemble des interventions publiques en appui aux MPME et proposer une offre intégrée d’orientation, d’accompagnement et de financement, du premier contact avec l’entrepreneur jusqu’à sa mise en relation avec les marchés. Ce choix institutionnel change la nature du problème. Il ne s’agit plus seulement d’ajouter un fonds de garantie ou une ligne de crédit supplémentaire, mais d’organiser un parcours cohérent où diagnostic, renforcement de capacités et accès au financement se succèdent sans rupture pour l’entreprise accompagnée.
Ce que révèle le terrain
Une étude conduite en 2024 avec les données de 80 groupes de discussion réunissant 677 entrepreneurs et 109 entretiens auprès de structures d’appui dans les douze départements du pays, confirme et affine ce diagnostic. L’accès au financement y ressort comme le défi le plus aigu, et de façon très inégale : les micro- entrepreneurs les plus fragiles, dont le chiffre d’affaires mensuel n’excède pas 90 000 FCFA, restent largement en dehors du crédit, tandis que les entreprises mieux structurées parviennent à mobiliser des financements via la microfinance.
L’accès aux marchés est plus limité encore, seuls 9 % des structures d’appui recensées proposant un accompagnement sur ce volet, et un déséquilibre territorial net pénalise les entreprises du Nord du pays par rapport à celles du Sud. L’écosystème d’appui lui-même reste fragile : les structures d’accompagnement, majoritairement privées ou associatives, dépendent à 80 % de financements publics ou de partenaires techniques et financiers, seuls 20 % des entrepreneurs acceptant de payer directement pour ces services. C’est cette fragilité que le rôle fédérateur de l’ADPME cherche à corriger, en professionnalisant l’offre plutôt qu’en la multipliant.
Le financement, chaînon d’un accompagnement plus large
Une PME béninoise ne bute pas uniquement sur l’accès au crédit ; elle bute d’abord sur la structuration : un plan d’affaires bancable, une comptabilité fiable, un statut juridique adapté. L’ADPME a construit ses outils autour de cette réalité, avec un référentiel d’accompagnement définissant des parcours types selon la taille de l’entreprise, et une plateforme numérique, e-PME Bénin, centralisant l’information sur les opportunités de financement, de formation et de marché. Cet accompagnement en amont est ce qui rend le financement, en aval, réellement mobilisable, en transformant une entreprise invisible pour les prêteurs en dossier crédible.
Le PAEB, un levier de montée en puissance
L’ADPME s’appuie notamment sur le Projet d’Appui à l’Entrepreneuriat au Bénin (PAEB), soutenu par des partenaires techniques internationaux, pour renforcer l’écosystème entrepreneurial national et favoriser une croissance des entreprises à la fois durable et inclusive. Ce projet contribue à professionnaliser les équipes opérationnelles de l’Agence et à harmoniser les pratiques entre les différentes directions, dont la Direction de l’Accompagnement Technique et du Soutien aux PME, au cœur du dispositif d’appui direct aux entreprises. Cette montée en compétences interne est déterminante : un guichet unique n’a de valeur que si les équipes qui l’animent sont capables d’un diagnostic fin et d’un suivi de proximité, commune par commune, secteur par secteur.
Un maillage territorial en construction
Le déploiement territorial reste l’un des défis majeurs de l’ADPME, et l’écart de service constaté entre le Nord et le Sud du pays en est la traduction la plus concrète. Le potentiel entrepreneurial ne se concentre pas à Cotonou : il est présent dans les 77 communes du pays, sous des formes très diverses selon les filières locales, agroalimentaire, artisanat, saliculture, services, etc. Répondre à cette diversité suppose des relais locaux formés et outillés, capables de faire remonter les besoins réels du terrain plutôt que d’appliquer un modèle uniforme. C’est dans cette logique que s’inscrivent les formations dispensées aux points focaux de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI Bénin) et des Responsables des Unités Locales de Promotion de l’Emploi (R-ULPE), déployées progressivement dans les différentes régions du pays, afin de rapprocher l’accompagnement entrepreneurial du terrain et de resserrer cet écart.
Ce que l’ADPME apporte à l’économie béninoise
En articulant orientation, structuration et financement dans un même parcours, l’ADPME s’attaque à la véritable faille du système d’appui aux PME béninoises : non pas l’absence de ressources financières disponibles au niveau régional et international, mais l’incapacité de trop d’entreprises à se présenter en interlocuteurs crédibles face à ces ressources. En consolidant ce rôle de guichet unique, l’Agence ne se contente pas de faciliter des crédits : elle prépare les futurs champions économiques du Bénin, ceux-là mêmes qui, demain, pourront s’appuyer sur des investisseurs de long terme pour franchir une nouvelle étape de croissance.
Biographie de l’Auteur José Herbert Ahodode
José Herbert Ahodode est agronome socio-économiste, diplômé de la Faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou, spécialisé en Économie et Sociologie Rurales et de l’Université Libre de Bruxelles, spécialisé en microfinance à la Solvay Brussels School of Economics and Management. Depuis 2024, il est Chef Service Subventions et Facilités d’Accès aux Financements à l’ADPME, où il contribue aux réformes du Gouvernement béninois en matière de promotion et développement de l’entrepreneuriat. Auteur, consultant-formateur, il est par ailleurs engagé dans plusieurs réseaux nationaux et panafricains de leadership associatif.

