Par Baba Salihi, Vice-Président en charge des affaires extérieures, Kinross Tasiast
La Mauritanie s’affirme aujourd’hui comme une destination de plus en plus compétitive pour l’investissement minier en Afrique de l’Ouest. À la richesse de son sous-sol s’ajoutent des atouts décisifs : la stabilité politique, une industrie minière solidement implantée et un cadre réglementaire transparent, favorable aux engagements à long terme.
Au-delà du potentiel géologique, c’est le chemin parcouru par l’ensemble du secteur qui mérite d’être souligné. Depuis l’acquisition de la mine d’or de Tasiast par Kinross en 2010, le pays a renforcé sa capacité à accueillir de grands projets miniers, développé les compétences nationales, favorisé l’essor d’un tissu de fournisseurs et accordé une place croissante au contenu local. Dans le même temps, il a poursuivi l’amélioration du cadre dans lequel s’inscrivent les investissements.
Longtemps structurée autour du minerai de fer, l’industrie minière mauritanienne compte désormais un autre pilier majeur : l’or, dont Tasiast est l’une des exploitations emblématiques. Le poids du secteur dans l’économie nationale en témoigne. En 2025, les activités extractives représentaient 19,77 % du PIB et 21,6 % des recettes budgétaires de l’État, tandis que les produits miniers constituaient près de 69,5 % des exportations.
Cette évolution s’accompagne de progrès en matière de transparence. Membre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) depuis 2007, la Mauritanie a obtenu un score global de 81 sur 100 lors de sa dernière validation, en 2024, avec une note de 90 sur 100 pour la transparence des contrats. L’attractivité du pays se lit également dans les flux de capitaux : selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les investissements directs étrangers ont atteint 1,53 milliard de dollars américains en 2024, en hausse de 74,2 % sur un an.
Ces avancées s’appuient sur les efforts continus du gouvernement mauritanien pour consolider le secteur et réunir les conditions nécessaires à la réussite des investissements à long terme.
Pour un investisseur minier, cette trajectoire est déterminante. Dans notre secteur, les décisions d’investissement s’engagent surplusieurs décennies. Elles supposent de la stabilité, des règles claires et une confiance durable dans les conditions d’exercice de l’activité. C’est cette confiance qui a guidé les investissements successifs de Kinross depuis son arrivée en Mauritanie en 2010 : le projet d’extension de Tasiast, lancé en 2016 pour un montant de 300 millions de dollars ; le projet 24k, de 150 millions de dollars, mené entre 2019 et 2023 ; ou encore la centrale solaire de 34 MW, mise en service en 2024. Au total, entre 2010 et 2025, Kinross a consacré plus de 5,2 milliards de dollars à ses dépenses d’investissement dans le pays. Cet engagement traduit à la fois la solidité de notre partenariat avec le gouvernement et notre confiance dans l’avenir de la Mauritanie.
Créer de la valeur au-delà de la mine
Par les impôts et les redevances qu’elle verse, l’industrie minière contribue directement aux finances publiques et au développement national. Entre 2010 et 2025, les versements cumulés de Kinross Tasiast à l’État mauritanien ont ainsi atteint environ 1,7 milliard de dollars.
L’apport d’un grand projet minier se mesure aussi aux emplois créés, aux compétences acquises, aux entreprises qui se développent et aux nouvelles perspectives qu’il ouvre dans l’économie. L’expérience de Tasiast en est une illustration concrète. Entre 2010 et 2025, nos achats en Mauritanie ont dépassé 3,3 milliards de dollars. En 2025, les Mauritaniens représentaient 97,9 % des salariés de Tasiast et plus de 70 % de ses cadres.
Derrière ces chiffres, il y a des parcours professionnels, des savoir-faire et des entreprises qui se renforcent. Chaque technicien mauritanien qui acquiert une expertise industrielle spécialisée enrichit durablement les compétences du pays. Chaque cadre qui accède à de nouvelles responsabilités étoffe le vivier national de talents. Chaque fournisseur mauritanien qui répond aux exigences internationales de sécurité, de qualité et de respect des délais se donne les moyens de conquérir de nouveaux marchés.
Ces acquis ont vocation à bénéficier à d’autres activités. Les compétences développées au service de l’industrie minière peuvent être mobilisées dans les secteurs de la construction, de l’énergie ou de la logistique. Des ingénieurs formés sur un projet peuvent contribuer à en réaliser un autre. C’est par cette circulation des savoir-faire que l’investissement minier peut devenir un levier de diversification économique.
Investir avec les communautés
Cette vision de long terme doit également guider les relations avec les communautés. Le Fonds Tasiast, créé en 2024, en est une illustration. Dans les wilayas de l’Inchiri et de Dakhlet Nouadhibou, il soutient des investissements durables au bénéfice des populations. Les communes, les autorités régionales, les institutions nationales et Kinross Tasiast participent à l’identification et à l’élaboration des projets, afin de les ancrer dans les priorités locales.
Les projets concernent aussi bien les infrastructures éducatives à Akjoujt qu’un nouveau marché et une unité de transformation de la viande à Benichab. D’autres initiatives portent sur l’agriculture, l’accès à l’eau et les infrastructures communautaires. Tous poursuivent la même ambition : produire des retombées dont les communautés puissent bénéficier dans la durée.
Cette démarche témoigne d’une évolution profonde. Il y a quinze ans, l’action des entreprises auprès des communautés relevait principalement d’une logique de responsabilité sociétale : elles finançaient des projets, les populations en bénéficiaient, et les résultats étaient surtout appréciés au regard des sommes engagées ou des infrastructures réalisées.
Aujourd’hui, l’ambition va plus loin. Il ne s’agit plus seulement d’investir pour les communautés, mais de construire avec elles. Cela suppose de favoriser l’appropriation locale des projets, de renforcer les capacités et de créer les conditions d’un développement qui puisse se poursuivre bien au-delà de la durée de vie d’un projet.
Consolider les acquis, préparer la suite
La place croissante accordée par la Mauritanie à l’emploi local, à la formation, aux achats auprès des entreprises nationales et à une exploitation minière responsable traduit une ambition claire : faire de la performance économique un moteur de développement pour le pays et ses territoires.
La prochaine étape consiste à approfondir cette dynamique. Il faut former davantage d’ingénieurs, de techniciens et de cadres mauritaniens, accompagner les entreprises locales vers des activités à plus forte valeur ajoutée dans la chaîne minière et veiller à ce que la réglementation reste claire, prévisible et effectivement appliquée. C’est aussi à ces conditions que le pays continuera d’attirer les investisseurs internationaux.
Chez Kinross Tasiast, nous sommes fiers du chemin parcouru en plus de quinze ans de partenariat avec le gouvernement mauritanien. Notre expérience montre qu’un investissement minier de grande envergure peut s’inscrire durablement dans le pays et générer des retombées bien au-delà du site d’exploitation.
Pour les investisseurs et les opérateurs qui s’intéressent aujourd’hui à la Mauritanie, ce parcours constitue une référence concrète. Le pays a démontré sa capacité à accueillir des exploitations minières de premier plan, en s’appuyant sur son potentiel géologique, sa stabilité, un cadre réglementaire favorable et des compétences nationales toujours plus solides.
Alors que de nouveaux acteurs apportent des capitaux et des expertises aux secteurs minier et énergétique mauritaniens, les enseignements de Tasiast prennent tout leur sens : investir avec succès dans la durée est possible en Mauritanie, et cette réussite peut être reproduite à plus grande échelle. Les fondations sont en place. Il s’agit désormais de s’appuyer sur ces acquis pour aller plus loin.

![[Tribune] Inscrire l’activité minière dans la durée : retour sur quinze années en Mauritanie”](https://www.financialafrik.com/wp-content/uploads/2026/11/IMG_7146-600x400.jpeg)