Par Daniel Djagoué, envoyé spécial à Luanda
La sixième édition de l’Africa Financial Summit (AFIS) s’est ouverte ce mardi 3 novembre 2026 à Luanda, en Angola, en présence de plus de 1 500 dirigeants financiers, investisseurs, régulateurs et décideurs publics. Pendant deux jours, les principaux acteurs de la finance continentale sont appelés à réfléchir aux mécanismes permettant de transformer la solidité croissante des institutions financières africaines en investissements productifs, en croissance économique et en création d’emplois.
Organisé par Jeune Afrique Media Group, en partenariat avec la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, le sommet se tient pour la première fois en Afrique australe et dans un pays lusophone.
Placée sous le thème « Making Capital Count : accélérer la croissance grâce à la finance africaine », cette édition réunit notamment 18 gouverneurs de banques centrales et huit ministres des Finances, aux côtés des dirigeants des principales banques, compagnies d’assurance, institutions de financement du développement et places boursières du continent.
Au cœur des discussions figure une interrogation majeure : comment faire en sorte que la montée en puissance du secteur financier africain se traduise davantage par le financement des entreprises, des infrastructures et de la transformation économique du continent ?
Une industrie bancaire rentable, mais encore insuffisamment tournée vers l’économie réelle
L’AFIS 2026 intervient dans un contexte marqué par le renforcement des performances du secteur bancaire africain. Selon les données présentées par les organisateurs, les revenus bancaires du continent sont passés d’environ 83 milliards de dollars en 2020 à plus de 100 milliards de dollars en 2025. Dans le même temps, la rentabilité des fonds propres a atteint 19 %, soit près du double de la moyenne mondiale.
Cette dynamique masque toutefois une faiblesse structurelle : les crédits ne représentent encore qu’environ 30 % des actifs bancaires africains. Une situation qui illustre les difficultés persistantes du système financier à irriguer suffisamment les secteurs productifs, notamment l’agriculture, l’industrie, le logement et les infrastructures.
Le défi dépasse ainsi la seule question de la mobilisation des ressources. Il concerne désormais leur allocation vers des investissements capables de soutenir durablement la croissance.
Pour Amir Ben Yahmed, directeur général de Jeune Afrique Media Group et fondateur de l’AFIS, le changement de paradigme est devenu indispensable.
« Au cours des deux dernières décennies, la finance africaine s’est considérablement renforcée. Mais le défi n’est plus seulement de bâtir des institutions financières plus solides : il est de leur permettre de peser davantage sur la croissance du continent », a-t-il déclaré.
Cette ambition suppose notamment une mobilisation accrue de l’épargne institutionnelle, particulièrement celle des fonds de pension et des compagnies d’assurance, ainsi que le développement de mécanismes de partage des risques entre acteurs publics et privés.
Makhtar Diop et Sidi Ould Tah plaident pour une mobilisation accrue des capitaux africains
La cérémonie d’ouverture a été marquée par les interventions de plusieurs personnalités de premier plan, dont MakhtarDiop, directeur général de la Société financière internationale (IFC), et Sidi Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD).
Makhtar Diop a notamment insisté sur la nécessité de mieux connecter les ressources financières du continent aux besoins de ses économies. Pour le dirigeant de l’IFC, l’Afrique dispose des capitaux, des entrepreneurs et des compétences nécessaires à son développement, mais doit encore renforcer les mécanismes permettant de transformer ces atouts en investissements productifs.
« L’Afrique dispose de capitaux. Elle compte des entrepreneurs. Elle recèle des talents extraordinaires. Notre mission consiste à mettre en relation ces atouts grâce à des systèmes financiers capables de répondre aux ambitions du continent », a-t-il déclaré.
Prenant la parole à sa suite, Sidi Ould Tah a mis l’accent sur la nécessité de renforcer la coordination entre les institutions financières nationales, régionales et continentales, dans le cadre de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement.
Cette ambition répond à un défi majeur : combler un déficit annuel de financement du développement estimé à 400 milliards de dollars. Pour y parvenir, plusieurs leviers ont été mis en avant, notamment le renforcement des mécanismes de garantie, le développement des instruments de partage des risques et la promotion des financements en monnaie locale.
L’enjeu est de rendre davantage de projets africains bancables, de mobiliser les investissements privés et de permettre aux institutions financières du continent de jouer un rôle plus déterminant dans la transformation structurelle des économies.
Intégration financière : le paradoxe africain
Autre temps fort de cette journée d’ouverture, la présentation des premiers résultats de la sixième édition du Baromètre de l’industrie financière africaine Deloitte-AFIS met en évidence un contraste entre la confiance des acteurs financiers et la lenteur de l’intégration continentale.
Le niveau global de confiance des institutions interrogées demeure élevé, à 8 sur 10. Toutefois, 69 % des répondants estiment que la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) progresse trop lentement.
Plus révélateur encore, seuls 11 % des établissements interrogés déclarent être déjà connectés au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), pourtant considéré comme un instrument stratégique pour faciliter les transactions intra-africaines.
Ces résultats mettent en lumière les obstacles qui continuent de limiter la circulation des capitaux et l’émergence d’un marché financier véritablement intégré.
Les discussions prévues mercredi 4 novembre, notamment lors d’un panel réunissant plusieurs gouverneurs de banques centrales, devraient approfondir les questions liées aux politiques monétaires, à l’harmonisation réglementaire et à l’interopérabilité des systèmes de paiement.
Au-delà des déclarations d’intention, l’AFIS 2026 entend ainsi contribuer à faire émerger des solutions opérationnelles pour rapprocher les marchés financiers africains et renforcer leur contribution au développement.
À Luanda, le message porté par les organisateurs est clair : la prochaine étape de la transformation financière africaine ne se mesurera plus seulement à la rentabilité des banques ou à la taille de leurs bilans, mais à leur capacité à financer les économies, accompagner les entreprises et créer des emplois.

