La conférence de haut niveau sur la gouvernance, les minerais critiques et les conflits en Afrique a réuni, ce lundi 27 juillet, des profils divers autour du thème : « L’Afrique à la croisée des chemins : naviguer dans la compétition géopolitique mondiale à l’ère des minéraux critiques ». Les échanges ont porté sur la manière dont la compétition géopolitique, en constante évolution, remodèle l’économie politique, le paysage de la gouvernance et l’architecture sécuritaire du continent.
De l’avis de tous les panélistes, ainsi que des participants venus des quatre coins du continent, l’Afrique se trouve au cœur d’une nouvelle ruée mondiale vers ses ressources stratégiques, et sa capacité à en tirer parti dépendra de la qualité de sa gouvernance et de son unité. Amadou Bah, directeur d’Action Mines Guinée, a illustré ces enjeux à partir du cas de son pays.
« Prendre une revanche sur l’histoire »
Premier producteur mondial de bauxite, a-t-il rappelé, la Guinée regorge également de lithium, de graphite, de gallium et de fer, ce dernier cristallisant les convoitises autour du projet Simandou. Le pays est pris entre le bloc chinois, avec un accord stratégique de 20 milliards de dollars adossé aux ressources, signé en 2017, et le bloc occidental, notamment à travers un mémorandum d’entente (MOU) conclu avec les États-Unis en février 2024.
Mais avec 74 titres miniers octroyés pour la seule année 2023, une 142e place sur 180 à l’indice de perception de la corruption et l’absence d’une politique nationale de valorisation des minéraux stratégiques, la Guinée illustre une gouvernance fragile, qui menace de lui faire laisser échapper cette « opportunité de prendre une revanche sur l’histoire », alors que Simandou devrait générer 2,3 milliards de dollars supplémentaires à l’horizon 2040.
« Quelle est notre stratégie ? »
Kenneth Ashigbey, président de la Chambre des mines du Ghana, a plaidé, pour sa part, en faveur d’une véritable « seconde indépendance ». Face à l’Inflation Reduction Act américain, au Critical Raw Materials Act européen, aux Nouvelles Routes de la soie chinoises et aux fonds souverains du Golfe, il s’interroge : « Quelle est notre stratégie ? »
Le Ghanéen a ainsi appelé à redéfinir ce qui constitue un minerai critique du point de vue africain, à investir dans la géologie pour sortir des « zombie statistics » et, surtout, à dépasser les divisions nationales. « Aucun pays ne pourra, à lui seul, assurer l’extraction et la transformation », a-t-il martelé. Il a également insisté sur la formalisation du secteur artisanal, longtemps synonyme de dégâts environnementaux.
Suliman Baldo, du Sudan Transparency and Policy Tracker, a apporté une note d’avertissement en évoquant l’histoire récente de l’or africain. « Les flux illicites vers Dubaï privent le continent de richesses colossales », a-t-il d’abord rappelé.
L’intervenant a aussi souligné que la guerre au Soudan est une illustration de la difficulté que traverse l’Afrique avec ses mineraiscritiques. Ajoutant qu’il s’agit d’une lutte pour le contrôle des ressources.
« Masculinité positive »
Pétronille Vaweka, de Femmes Engagées pour la Paix en Afrique, a conclu par un vibrant appel à l’unité panafricaine. « Sans union, il n’y a pas de solution pour l’Afrique », a-t-elle lancé, dénonçant une recolonisation rampante par les ressources.
Elle appelle à miser sur la ZLECAf et la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), entre autres, afin de bâtir une souveraineté économique et industrielle. Elle exhorte également à une « masculinité positive » incluant pleinement les femmes, « qui portent l’Afrique dans leur ventre, sur leur tête, sur leur dos et dans leurs bras », dans les décisions relatives à la paix et aux minerais.

