Le Maroc accélère sa stratégie de résilience agricole avec le lancement d’un projet de 700 millions de dirhams (environ 74,5 millions de dollars) destiné au développement de l’irrigation de complément des céréales dans le périmètre de Dar Khrofa, dans le nord du Maroc.
Porté par le ministère de l’Agriculture, ce programme couvrira 5 000 hectares répartis sur huit communes et devrait bénéficier à plus de 7 000 agriculteurs. Il s’inscrit dans la volonté de Rabat de réduire la forte dépendance de la production céréalière aux aléas climatiques.
Les céréales occupent une part majeure des superficies agricoles cultivées au Maroc. Les sécheresses répétées ont toutefois provoqué de fortes fluctuations de la production : la campagne 2023-2024 n’a généré qu’environ 3,1 millions de tonnes, contre plus de 10 millions de tonnes lors des années favorables. La campagne 2024-2025 a marqué un rebond, avec une production estimée à 4,4 millions de tonnes, en hausse d’environ 41 % sur un an.
L’irrigation de complément consiste à apporter de faibles quantités d’eau aux cultures pluviales pendant les phases critiques de leur développement, notamment la levée, la floraison et le remplissage des épis. Selon l’ICARDA (Centre international de recherche agricole dans les zones arides), cette technique peut porter les rendements céréaliers jusqu’à 4 tonnes par hectare, contre environ 1 tonne sans irrigation d’appoint dans des contextes de ressources hydriques limitées.
Le projet de Dar Khrofa s’intègre au Programme national d’irrigation de complément, déployé progressivement depuis 2025. À l’horizon 2030, le Maroc ambitionne d’étendre cette technique à près d’un million d’hectares de cultures céréalières et légumineuses.
Cette orientation répond à un enjeu majeur de sécurité alimentaire. Sur les sept premiers mois de 2025, le Maroc a importé environ 5,84 millions de tonnes de céréales, confirmant sa position parmi les principaux importateurs mondiaux de blé. La stabilisation des rendements locaux pourrait ainsi contribuer à limiter l’exposition du pays aux fluctuations des marchés internationaux.
Au-delà de la production agricole, le programme mobilise des investissements dans les infrastructures de stockage et de distribution de l’eau, ainsi que dans les équipements d’irrigation destinés aux exploitants.
Pour les investisseurs et les partenaires du développement, cette initiative illustre l’émergence d’un modèle agricole combinant adaptation climatique, modernisation des infrastructures et souveraineté alimentaire. Le principal défi restera toutefois la gestion durable de la ressource hydrique dans un contexte de stress structurel, où l’extension des superficies irriguées devra s’accompagner d’une utilisation plus efficiente de l’eau.

