Entre janvier et juin 2026, l’État camerounais a levé 800,7 milliards de FCFA (environ 1,4 milliard de dollars) sur le marché intérieur, selon la Conjoncture mensuelle de la dette publique publiée le 27 juillet 2026 par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), l’organe de gestion de la dette publique du Cameroun. Ce montant reste toutefois très inférieur aux 1 525,9 milliards de FCFA mobilisés sur l’ensemble de l’année 2025. Ramené à six mois, ce rythme suggère un net ralentissement du recours au marché domestique. Il traduit néanmoins la dépendance croissante du Trésor public camerounais à ce marché pour couvrir ses besoins de financement.
Sur la période sous revue, les émissions de titres publics dominent largement ce financement, avec 731,4 milliards de FCFA (près de 1,3 milliard de dollars) collectés, soit 90 % des fonds levés au niveau local via ces instruments financiers. La CAA précise que « les Bons du Trésor assimilables (BTA) en concentrent l’essentiel, à 509,8 milliards de FCFA (près de 890 millions de dollars), contre 221,6 milliards (environ 382 millions de dollars) pour les Obligations du Trésor assimilables (OTA) ». Les concours directs des banques domestiques complètent l’ensemble à hauteur de 69,3 milliards de FCFA (près de 120 millions de dollars) depuis janvier 2026.
Le détail des émissions confirme une nette préférence pour le court terme. Les BTA à 26 semaines représentent à eux seuls 433,8 milliards de FCFA (environ 748,5 millions de dollars), loin devant les BTA à 52 semaines (38,3 milliards) et à 13 semaines (37,6 milliards).
Côté obligataire, les OTA à deux ans arrivent en tête avec 97,2 milliards de FCFA (près de 168 millions de dollars), suivies des titres à trois ans (51,7 milliards) et à six ans (49,3 milliards). Dans le même temps, les maturités longues restent marginales, avec 12,1 milliards de FCFA (près de 21 millions de dollars) pour celles à 5 ans et 11,3 milliards de FCFA (environ 19,5 millions de dollars) seulement pour celles à 15 ans. Cette structure traduit une préférence persistante des investisseurs, et sans doute de l’État lui-même, pour des instruments courts plus faciles à écouler sur un marché régional encore peu profond.
Sur le seul mois de juin 2026, les décaissements intérieurs se sont élevés à 190,3 milliards de FCFA (environ 328 millions de dollars), portés à 76,1 % par les BTA (145 milliards de FCFA, soit environ 252 millions de dollars). Les emprunts directs auprès des banques ont représenté 16,9 % du total (32,2 milliards), en repli par rapport aux 37,1 milliards enregistrés en mai 2026, tandis que les OTA à trois ans n’ont contribué qu’à hauteur de 13,3 milliards de FCFA (près de 23 millions de dollars).
La CAA recense par ailleurs plusieurs opérations de cession de créances menées en 2026 auprès de banques locales : d’abord 17,1 milliards de FCFA (environ 29,5 millions de dollars) pour le Port autonome de Kribi et 20 milliards de FCFA (environ 34,5 millions de dollars) pour celui de Douala auprès d’AFG Bank ; puis 15 milliards de FCFA (près de 26 millions de dollars) pour Electricity Development Corporation (EDC) auprès de CCA Bank, ainsi que 15 milliards de FCFA (près de 26 millions de dollars) cédés par CAMTEL, également à AFG Bank. Ces montages permettent aux entreprises publiques concernées d’anticiper l’encaissement de créances, moyennant une décote supportée par les banques créancières.
Ce recours massif au marché domestique illustre la marge de manœuvre restreinte dont dispose Yaoundé sur les financements extérieurs, dans un contexte où le coût de la dette internationale reste élevé. Reste à savoir si ce ralentissement apparent par rapport à 2025 traduit une stratégie délibérée d’apaisement de la pression sur le marché intérieur, ou simplement un phasage plus tardif des besoins de l’État sur le second semestre.

