Sur 27,8 milliards de dollars d’échanges en 2025, 3,5 milliards sont allés de l’Afrique vers la Russie, contre 24,3 milliards dans l’autre sens. Le troisième sommet Russie-Afrique, réuni les 28 et 29 octobre au Grand palais du Kremlin, a promis un doublement « dans un avenir très proche » sans desserrer ce déséquilibre : la présidence tournante de l’Union africaine réclame désormais des investissements directs et des emplois, là où Moscou continue d’avancer des traités non contraignants.
Le troisième sommet Russie Afrique s’est achevé le 29 octobre 2026 à Moscou sur une offensive diplomatique et un objectif commercial ambitieux. La séance plénière, tenue au Grand palais du Kremlin, a été coprésidée par le président russe Vladimir Poutine et par son homologue burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine depuis le 14 février 2026. Les délégations de 48 pays africains étaient représentées, dont 22 chefs d’État — un format en retrait par rapport à la première édition de Sotchi.
« Au minimum de le doubler »
Lors des travaux, M. Poutine s’est dit convaincu que le volume des échanges pouvait « au minimum » doubler « dans un avenir très proche » et que la barre des 50 milliards de dollars serait « à coup sûr » franchie, en référence aux 27,8 milliards atteints en 2025. Le président russe a également évoqué plus de 30 projets énergétiques dans 16 pays africains et une part de 85 % des règlements commerciaux effectués en monnaies nationales, rouble inclus.
Pour formaliser ce rapprochement, 33 documents intergouvernementaux, ministériels et commerciaux étaient programmés pour signature pendant le sommet, selon le Kremlin — une programmation annoncée à l’ouverture. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a de son côté signé un « paquet » de documents interministériels et inter entrepreneuriaux, incluant des mémorandums avec des organisations régionales africaines. Trois textes ont été adoptés en plénière : la déclaration du troisième sommet — un document de 101 points fixant un cap géopolitique —, une déclaration de coopération sur les usages civils de l’intelligence artificielle et le plan d’action du Forum de partenariat Russie Afrique pour 2027 2029.
En marge du sommet, la Commission de l’Union africaine et la Fédération de Russie ont par ailleurs signé, le 28 octobre, leur propre plan d’action 2027 2029, qui couvre 19 domaines de coopération, parmi lesquels la paix et la sécurité, la lutte antiterroriste, l’intelligence artificielle, la transformation numérique, la cybersécurité, la technologie spatiale, l’énergie, les transports, l’agriculture, l’eau, le climat, la santé, l’éducation, le commerce et l’investissement. Le texte, paraphé par le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, et par M. Lavrov, précise qu’il « ne crée pas de droits ou d’obligations en droit international ».
Un déséquilibre structurel de 20,8 milliards
Sur le plan strictement commercial, les échanges entre la Russie et l’Afrique se sont élevés à 27,8 milliards de dollars en 2025, dont 24,3 milliards d’exportations russes et 3,5 milliards seulement d’exportations africaines vers la Russie. Le déficit commercial des économies africaines atteint donc 20,8 milliards de dollars, et le continent ne pèse qu’environ 3,9 % du commerce extérieur russe. Ce volume marque une progression de plus de 50 % depuis le sommet de 2022, où les échanges s’établissaient à 18 milliards de dollars. Il reste néanmoins très loin de l’objectif de 40 milliards annoncé à Sotchi en 2019, que Moscou n’a jamais atteint.
Le dynamisme est fortement porté par l’agroalimentaire. Au premier semestre 2026, les exportations agricoles russes vers le continent ont bondi de 35 % en valeur, à 2,9 milliards de dollars. Moscou a livré plus de 18 millions de tonnes de céréales à l’Afrique en 2025, puis 13 millions de tonnes sur les neuf premiers mois de 2026, et 2,2 millions de tonnes d’engrais minéraux en 2026, selon Iouri Ouchakov, conseiller du président russe.
Le déséquilibre structurel demeure toutefois le trait dominant. Ce marché reste hautement concentré : plus de 70 % de l’activité marchande russo africaine se focalise sur une poignée de partenaires, au premier rang desquels l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud. À titre de comparaison, les échanges de l’Afrique atteignent 348 milliards de dollars avec la Chine et environ 390 milliards avec l’Union européenne, soit près de treize fois et environ quatorze fois le volume russe.
« Les investisseurs russes viendront pour investir »
Côté africain, l’heure n’est plus aux déclarations d’intention. « Nous allons vers une autre étape, où les investisseurs russes viendront pour investir et travailler ensemble. La jeunesse africaine attend des retombées tangibles en matière d’emploi, de bourses d’études, d’accès à l’énergie et d’innovations numériques », a résumé Évariste Ndayishimiye devant la presse. Devant ses pairs, le président burundais avait en amont plaidé pour une coopération « organisée, basée sur des projets prioritaires, des moyens de financement adaptés et un système strict de suivi et d’évaluation ».
En réponse, Moscou met en avant ses efforts d’allègement financier, en rappelant avoir annulé 23 milliards de dollars de dettes africaines, pour l’essentiel héritées de l’époque soviétique — un chiffre annoncé lors du sommet de 2023 et régulièrement remis en avant depuis. Aucune annulation nouvelle n’a été annoncée à Moscou cette année.
Reste désormais à transformer ces protocoles et plans d’action non contraignants en investissements directs dans les infrastructures énergétiques et industrielles. Les investissements russes représentent aujourd’hui moins de 1 % du stock d’investissements étrangers en Afrique, selon la Banque mondiale : c’est là, plus que dans le volume des échanges, que se joue le rééquilibrage promis.

