En République démocratique du Congo, la crise politique et sécuritaire s’aggrave : rébellion AFC/M23 à l’est, accusations de restrictions des libertés à Kinshasa, interrogations sur une réforme constitutionnelle. Dans cette tribune, Gregory P. Tosi — avocat à Washington, D.C., ancien conseiller du Congrès américain — analyse la diplomatie discrète conduite depuis Brazzaville par le président Denis Sassou-Nguesso et le rôle des Églises au Congo. Il appelle Washington à « soutenir — et non diriger » un dialogue congolais, indispensable à la légitimité des accords régionaux et des investissements miniers comme le corridor de Lobito.
Par Gregory P. Tosi*
La République démocratique du Congo fait face à des pressions politiques et sécuritaires croissantes. À l’est, le gouvernement du président Félix Tshisekedi continue d’affronter la rébellion de l’AFC/M23 dans le cadre d’un processus de paix régional fragile impliquant le Rwanda. À Kinshasa, les dirigeants de l’opposition et les organisations de la société civile accusent le gouvernement Tshisekedi de restreindre l’activité politique, d’incarcérer ses détracteurs et d’envisager des réformes constitutionnelles susceptibles de remodeler le système politique du pays.
Ces défis sont de plus en plus imbriqués. La polarisation politique pourrait affaiblir la capacité du gouvernement à gérer le conflit à l’est, à mettre en œuvre les accords de paix régionaux, à attirer les investissements et à maintenir la confiance publique avant la prochaine élection présidentielle.
Des événements récents ouvrent une possible fenêtre de désescalade.
De l’autre côté du fleuve Congo, le président de la République du Congo, Denis Sassou-Nguesso, a engagé discrètement des contacts à la fois avec le président Tshisekedi et avec des responsables religieux congolais influents. Tshisekedi s’est rendu à Brazzaville le 3 juillet pour des entretiens officiellement présentés comme portant sur des questions bilatérales et régionales. Quelques jours plus tard, Sassou-Nguesso a rencontré le cardinal Fridolin Ambongo et d’autres représentants catholiques pour échanger sur la crise en RDC.
Le contenu de ces entretiens reste confidentiel. Mais lorsque Tshisekedi a annoncé, le 17 juillet, qu’il allait convoquer un dialogue national inclusif, le cardinal Ambongo a publiquement remercié à la fois Sassou-Nguesso et le président burundais Évariste Ndayishimiye pour leurs consultations avec le chef de l’État congolais.
Cette séquence ne prouve pas la causalité, mais elle suggère que la diplomatie régionale peut avoir contribué à ouvrir un espace politique rendant possible la décision de Tshisekedi, tout en laissant la maîtrise du processus fermement entre des mains congolaises.
La participation de l’Église catholique et de l’Église du Christ au Congo donne à l’initiative une crédibilité plus large qu’une négociation menée par les seules élites politiques.
Des désaccords majeurs subsistent. Les partis d’opposition et les organisations de la société civile ont appelé à la libération des détenus politiques, à la protection de la liberté d’expression et de réunion, à la garantie d’une compétition politique équitable, et à des clarifications sur l’opportunité d’engager une réforme constitutionnelle. Certains ont aussi posé des questions difficiles sur la participation éventuelle de personnes liées à l’ancien président Joseph Kabila ou à la rébellion de l’AFC/M23.
Le gouvernement aborde la question autrement. Tshisekedi soutient que la RDC reste attaquée par un mouvement armé soutenu par le Rwanda. Tshisekedi considère que tout dialogue doit renforcer l’unité nationale, respecter la Constitution et préserver les institutions établies par les élections.
Kinshasa a par ailleurs traité les discussions impliquant l’AFC/M23 comme un processus sécuritaire distinct, relevant d’une médiation internationale. La réticence du gouvernement à inclure Kabila ou l’AFC/M23 dans un dialogue politique interne traduit les allégations des autorités congolaises selon lesquelles Kabila aurait noué des liens avec la rébellion — allégations que Kabila rejette et qui restent politiquement contestées.
L’ordonnance présidentielle fixant le cadre du dialogue sera donc décisive. Elle déterminera qui participera, qui établira l’ordre du jour, si les responsables religieux conserveront leur indépendance procédurale, et comment seront traitées les questions relatives à la réforme constitutionnelle.
Un règlement politique global est peu probable. Un objectif plus atteignable serait de réduire les tensions politiques, de renforcer les libertés civiques, de bâtir la confiance entre acteurs politiques rivaux, et de préserver la légitimité intérieure nécessaire pour faire face à la crise sécuritaire en cours dans l’est du Congo.
Les États-Unis ont un intérêt dans l’issue. Washington a investi du capital diplomatique dans les efforts de paix régionaux, la coopération sur les minéraux critiques et le corridor de Lobito. Ces initiatives dépendent d’un gouvernement congolais capable de préserver sa légitimité intérieure tout en honorant des engagements de long terme.
Washington devrait soutenir — et non diriger — un dialogue conduit par les Congolais, en encourageant la participation politique pacifique, des procédures constitutionnelles transparentes, un traitement des détenus conforme au droit, et un rôle indépendant pour des facilitateurs religieux respectés.
Le succès du dialogue dépendra moins de l’annonce elle-même que du fait que le gouvernement, l’opposition, les Églises et l’opinion publique jugent le processus crédible, inclusif et suffisamment indépendant pour apaiser les tensions politiques et préserver la légitimité constitutionnelle dans l’un des pays les plus stratégiques d’Afrique.
*Gregory P. Tosi est un avocat établi à Washington, D.C., et ancien conseiller auprès de la Chambre et du Sénat des États-Unis. Il écrit fréquemment sur le développement économique international, la politique et les politiques publiques.

![Depuis l’autre rive du fleuve, une diplomatie discrète s’invite dans la crise politique en RDC [Tribune]](https://www.financialafrik.com/wp-content/uploads/2025/04/Le-fleuve-Congo-Kinshasa-capitale-RDC-7-mars-2010-600x600.jpg)