En 2019, le Lesotho avait obtenu une hausse de 8 % à 10 % des redevances sur les ventes de diamants de Letšeng, avec l’appui de la Facilité africaine de soutien juridique (ALSF). Le royaume vient de signer un accord de trois ans pour étendre cette coopération à l’énergie, aux infrastructures et aux finances publiques.
Le 21 septembre 2026, le Lesotho a signé un accord de partenariat stratégique avec la Facilité africaine de soutien juridique (ALSF), une institution créée en 2008 à l’initiative de la Banque africaine de développement. Ce royaume d’Afrique australe, enclavé dans l’Afrique du Sud, cherche notamment à renforcer sa capacité à structurer et négocier ses transactions avec les investisseurs internationaux.
L’accord couvre quatre secteurs : les ressources naturelles, l’énergie, les infrastructures et les finances souveraines. Les deux partenaires doivent identifier les projets à accompagner et définir leurs priorités.
Pour la ministre des Finances et de la Planification du développement du Lesotho, Dr Retšelisitsoe Matlanyane, ce nouveau cadre doit permettre au pays de mobiliser plus facilement une expertise spécialisée : « Le Lesotho salue la signature de cet Accord de partenariat stratégique avec la Facilité africaine de soutien juridique. L’Accord établit un cadre concret qui facilitera l’accès à un appui juridique et technique spécialisé pour les projets prioritaires d’intérêt national. »
Des résultats déjà obtenus dans les mines
Cette coopération a déjà produit des résultats. En 2019, lors du renouvellement de la concession de Letšeng, le gouvernement a obtenu, avec l’assistance juridique de l’ALSF, une hausse de 8 % à 10 % des redevances sur les ventes de diamants. L’exploitant Gem Diamonds a confirmé cette augmentation, ainsi qu’une prolongation de la concession de dix ans, renouvelable une fois.
Les négociations ont également porté sur les droits des actionnaires, la gouvernance et la participation des entreprises locales. Dans un pays où les activités minières pesaient 7,3 % du PIB en 2024, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis, et où le diamant représentait près de 24 % des exportations de marchandises, deux points de redevance ne sont pas un détail comptable.
Pour Olivier Pognon, Directeur général de l’ALSF, l’intérêt du nouveau dispositif est précisément de faire évoluer cette coopération vers un cadre plus structuré : « Cet Accord illustre tout
l’intérêt d’une coopération inscrite dans la durée avec nos pays membres régionaux. Il permet à l’ALSF et au Gouvernement du Lesotho de mieux programmer leur appui, de cibler les besoins prioritaires et de déployer une assistance juridique et technique spécialisée là où elle produit des effets concrets. »
L’électricité, l’un des prochains chantiers
En 2024, près de la moitié de l’électricité achetée par la compagnie nationale LEC provenait d’Afrique du Sud et du Mozambique, selon la Banque mondiale. Dans un document publié en janvier 2026, l’institution estime le taux d’accès à l’électricité à 53 %. Un projet de stratégie nationale évalue à plus de 400 millions de dollars les investissements nécessaires pour atteindre une couverture universelle d’ici 2030.
Attirer des investisseurs privés suppose des règles claires sur les tarifs, les garanties publiques et le partage des risques. L’ALSF a déjà accompagné la préparation contractuelle du projet solaire NEO 1, d’une capacité prévue de 20 mégawatts, qui a atteint son bouclage commercial en novembre 2021. En août 2026, elle a également formé des responsables publics à Maseru sur la structuration et la négociation de projets énergétiques, notamment des contrats d’achat d’électricité.
La ministre des Finances et de la Planification du développement souligne également l’importance de la qualité de la préparation et de la négociation des projets : « Nous nous réjouissons de collaborer avec l’ALSF afin que les transactions complexes soient rigoureusement préparées, négociées avec soin et alignées sur les priorités de développement du Gouvernement. »
Son expertise peut aussi contribuer à améliorer l’environnement juridique des investissements. Dans le cadre de l’initiative Desert to Power, menée dans d’autres pays africains, l’ALSF a soutenu l’élaboration d’outils contractuels communs pour faciliter la participation des producteurs privés d’électricité.
Les infrastructures présentent des enjeux comparables. La deuxième phase du Lesotho Highlands Water Project, destinée à accroître les transferts d’eau vers l’Afrique du Sud, était ainsi estimée à 53 milliards de rands par les autorités sud-africaines en 2025.
Des équilibres budgétaires à préserver
L’accord intervient dans un contexte budgétaire contraint. Selon le FMI, la dette publique atteignait 56,8 % du PIB en mars 2025. Les transferts de l’Union douanière d’Afrique australe représentaient 26,1 % du PIB en 2024-2025, avec un recul attendu les années suivantes. Dans ce contexte, les garanties accordées aux investisseurs et les engagements contractuels peuvent peser durablement sur les finances publiques.
L’ALSF accompagne les États dans la négociation de leurs contrats, mais aussi dans la formation de leurs administrations et le renforcement de leurs capacités juridiques. En juillet
2026, elle indiquait avoir fourni plus de 140 millions de dollars d’assistance juridique à 53 pays africains.
« L’ALSF demeure résolue à accompagner les Gouvernements africains dans le renforcement de leurs capacités juridiques, l’amélioration des résultats de leurs transactions et la promotion d’un développement durable », souligne Olivier Pognon.
Après les résultats obtenus dans le secteur minier, ce nouvel accord doit permettre d’étendre la coopération entre l’ALSF et le Lesotho à d’autres secteurs stratégiques. L’objectif est de renforcer durablement la capacité du pays à préparer, structurer et négocier ses grands projets, tout en améliorant les conditions de sécurisation des investissements et de mise en œuvre de ses priorités de développement.

