Le Palais de Lomé (Togo) accueille, depuis le 11 juin 2026, la toute première exposition du «Toyota TsushoCFAO African Art Award ». À travers ce prix, Toyota Tsusho Corporation et CFAO affichent une ambition nette : faire de l’art contemporain africain un vecteur de circulation des idées, des imaginaires et des récits entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe.
Pensé comme une plateforme de long terme plus que comme une récompense ponctuelle, cet Award entend offrir aux artistes émergents du continent une visibilité accrue, une reconnaissance institutionnelle et des perspectives concrètes de développement.
Un prix conçu comme un outil de rayonnement
Les organisateurs posent d’emblée le cadre : « L’Afrique est aujourd’hui l’un des espaces culturels les plus dynamiques de la planète. » C’est dans cette perspective qu’ils défendent l’idée que l’art et la culture ne relèvent pas du supplément d’âme, mais participent pleinement à la manière dont le continent s’affirme sur la scène internationale. Richard Bielle, président-directeur général de CFAO, résume cette orientation en affirmant que l’art et la culture sont « des vecteurs essentiels de rayonnement à l’échelle internationale ».

L’Award s’inscrit ainsi dans la continuité d’un engagement plus large revendiqué par Toyota Tsusho et CFAO en Afrique, sous la bannière « With Africa For Africa ».
Au-delà de l’affichage institutionnel, le projet assume une double fonction. Il s’agit d’abord de soutenir des artistes émergents en leur donnant accès à un dispositif de communication, à un soutien financier, à un catalogue et à des expositions internationales. Il s’agit ensuite de créer des ponts durables entre scènes artistiques, professionnels de l’art et publics de plusieurs continents. « Notre vision est que les œuvres et les récits portés par ces artistes contribueront à créer des passerelles entre l’Afrique et le reste du monde, mais aussi entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe », détaille le vice-président du conseil d’administration de Toyota Tsusho Corporation, Ichiro Kashitani.
Une sélection pensée à l’échelle du continent
L’un des points forts du dispositif réside dans son processus de sélection. Pour cette première édition, 35 nominateurs — curateurs, critiques, journalistes et mécènes — ont été invités à proposer des artistes issus de leurs scènes locales. De cette première étape est née une centaine de noms. Une équipe curatoriale a ensuite resserré la sélection à 12 artistes, avant qu’un jury international ne désigne cinq lauréats.
Le jury rassemble des personnalités basées en Afrique, en Asie et en Europe, parmi lesquelles Chris Dercon, Guillaume Désanges, N’Goné Fall, Alicia Knock, Hiromi Kurosawa ou encore Sonia Lawson, aux côtés des représentants des groupes fondateurs.
Cinq lauréats, cinq écritures du présent africain
L’exposition présente donc les œuvres des cinq artistes récompensés lors de cette première édition. Le Grand Prix revient au Zimbabwéen Moffat Takadiwa, artiste installé à Harare, dont le travail transforme des matériaux mis au rebut — touches d’ordinateur, bouchons, brosses à dents — en compositions sculpturales denses.

Les deux Prix d’excellence distinguent Gosette Lubondo, photographe de la République démocratique du Congo, et Unathi Mkonto, artiste sud-africain. La première explore la mémoire à travers des mises en scène dans des lieux abandonnés ou chargés d’histoire, où passé et présent coexistent dans des images stratifiées. « J’explore la manière dont les lieux retiennent la mémoire et prolongent l’histoire », affirme-t-elle. Le second, formé à l’architecture, développe une pratique située entre sculpture, espace et performance. Son travail propose des formes ouvertes, traversées par une réflexion sur les héritages spatiaux des inégalités. « Créer des langages à partir des formes pour complexifier notre expérience du quotidien », dit-il.
Les Prix des sponsors reviennent à Katlego C. L. Twala, du Botswana, et à Tizta Berhanu, d’Éthiopie. La première privilégie une figuration intimiste, attentive à la densité émotionnelle des gestes, des présences et des atmosphères, alors que la seconde déploie une peinture des relations, de l’empathie et de l’interdépendance, nourrie notamment par le concept d’agapè.
Le Palais de Lomé, ancrage africain du projet
Le choix du Palais de Lomé pour accueillir la conférence de presse de lancement et la première grande exposition n’a rien d’anecdotique. Le cadre, situé en plein cœur de la capitale togolaise, est présenté comme un partenaire majeur de cette première édition, à la fois lieu d’exposition, relais curatorial et point d’ancrage sur le continent. Installé dans un ancien palais du gouverneur surplombant l’océan, au cœur d’un parc ouvert au public, le site, ouvert au public, est décrit comme un centre artistique multidisciplinaire consacré à la création contemporaine africaine.
Cette dimension panafricaine est au cœur du partenariat. Sonia Lawson, directrice fondatrice du Palais de Lomé, salue « une initiative qui reflète parfaitement l’esprit panafricain et les ambitions d’excellence qui animent notre institution ». Elle ajoute : « Nous saluons l’engagement de Toyota Tsusho et de CFAO, dont le soutien a contribué à créer un véritable tremplin pour les talents du Continent. »
De Lomé à Tokyo, puis Paris
L’Award ne s’arrête pas à l’annonce des lauréats. Son calendrier dessine déjà une trajectoire internationale : une exposition au Palais de Lomé entre juin et août 2026, une étape japonaise à l’automne 2026, puis une présentation au Palais de Tokyo, à Paris, entre avril et mai 2027.
Cette circulation, inscrite dans le projet dès l’origine, est au cœur de sa promesse : inscrire les artistes africains émergents dans des contextes d’exposition variés, sans dissocier leur reconnaissance internationale de leur ancrage sur le continent.

