Émergences africaines: quand les girafes courent plus vite que les guépards

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Par Adama Wade, Abidjan.


girafe

Au terme de trois jours d’échanges intenses sur les modèles d’émergence et leur mise en œuvre, la Conférence internationale d’Abidjan (CIEA2017) s’est refermée sur des résolutions fortes: un secrétariat permanent qui sera logé à Abidjan et le principe de la rotation dés l’édition 2019 prévue à Dakar.
Mais, au-delà de l’institutionnalisation de cette conférence sur l’émergence,  rehaussée par la présence de quatre chefs d’Etats, 45 délégations, une audience de 800 personnes dont 400 délégués de haut niveau, l’on retiendra surtout la course des girafes et des guépards.

Ces deux termes empruntés au règne animal sont utilisés dans le rapport intitulé “Emerging Africa Insights” de Performance Group, dévoilé au cours de la Conférence sous forme d’une matrice croisant 83 indicateurs sur la période 2005-2015.

Le but de cette démarche innovante, indique Victor Ndiaye, PDG du cabinet Performance Group, est d'”aider chaque pays à améliorer sa propre trajectoire vers l’émergence, en situant ses points forts et ses points de faiblesse afin d’identifier les leviers à actionner pour améliorer sa propre dynamique”.
Le rapport classe les pays en différentes catégories. Ainsi, les girafes sont ceux  qui sont parvenus à un niveau de forte transformation socio-économique. Six pays africains héritent de ce nom. Il s’agit du Botswana, du Cap Vert, de Maurice, du Maroc, des Seychelles et de l’Afrique du Sud.

Ces pays s’appuient souvent sur une vision de développement claire et partagée et des économies diversifiées et résilientes, avec de solides moteurs de croissance. “A travers les années, ces économies ont su construire une culture de l’émergence avec une dynamique solide de progrès et un cadre institutionnel favorisant la pérennité des acquis”, indique le rapport.
Ainsi, le Maroc illustre la mobilisation de tout un pays derrière une vision claire et ambitieuse relayée par une démarche volontariste, à l’instar de sa diplomatie active et de ses investissements massifs en Afrique subsaharienne. L’Afrique du Sud illustre la force du secteur privé à travers ses géants historiques tels que Anglo American, DeBeers, mais également ses nouveaux champions comme MTN (télécom), Bidvest (Distribution) ou Aspen Pharmacare.

Pour sa part, l’Ile Maurice illustre la qualité de la gouvernance (1ère en Afrique et 34ème mondial selon le Global competitiveness) pendant que la Namibie se distingue par des performances appréciables en matière d’éducation et de santé.

Cependant, certaines girafes n’avancent plus au rythme des guépards, deuxième catégorie relevée par le rapport, constituée de 12 économies qui se distinguent non pas par leur position mais par leur vitesse de progression entre 2005 et 2015. Ces guépards sont le Rwanda, la Zambie, le Lesotho, le Kenya, l’Ethiopie, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, Swaziland, Sao-Tomé et Principe, le Mozambique et le Nigéria.

Ces différents pays sont traversés par trois dynamiques. Ainsi, le Rwanda a vu son PIB par habitant progresser de 61% sur la période, illustrant un leadership, une vision et la maîtrise des fondamentaux. Ce pays est le plus susceptible de rejoindre la catégorie des girafes.

A un cran en dessous, le Sénégal, le Swaziland et la Zambie ont du maintenir sur la période une dynamique constante, expression du dividende, selon le rapport, de la bonne gouvernance et de la stabilité politique et sociale. Néanmoins, ces trois pays peinent à accélérer la cadence et à développer de véritables moteurs de croissance.
Autre groupe de pays guépards, le Ghana, la Côte d’Ivoire et l’Ethiopie. Avec des performances relativement modestes entre 2005 et 2010, ce trio a accéléré la cadence entre 2010 et 2015. La Côte d’Ivoire voit son PIB par habitant progresser de 5% entre 2011 et 2015. Le Ghana et l’Ethiopie ont su également accroître l’investissement direct étranger ou bénéficier de l’exploitation de nouvelles matières. Mais comment faire, s’interrogent les auteurs du rapport, pour que la dynamique de ces pays soit plus pérenne que celles de la Guinée Équatoriale, de l’Egypte, de la Gambie ou encore de Djibouti qui ont connu une forte progression sur le quinquennat 2005-2010, qui ne s’est pas poursuivie sur l’intervalle 2010-2015?

Là encore, une meilleure maîtrise des fondamentaux (vision partagée, bonne gouvernance, partenariat public-privé, moteurs de croissance) est nécessaire pour une croissance durable.

En définitive, ce rapport montre que le taux de croissance du PIB ne pourrait à lui seul saisir les dynamiques de transformation socioéconomique voulues par les gouvernants et attendues par le peuple. La matrice de l’émergence va plus loin que les ratings classiques en positionnant chaque pays au regard de ses atouts et faiblesses relativement aux fondamentaux de l’émergence. Reste à savoir si ce “guide pratique” de l’émergence saura bousculer les inerties et participer véritablement au renouvellement de la réflexion sur le développement en Afrique.

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