À l’heure où de nombreux pays africains cherchent à redéfinir leurs relations avec les grandes puissances, la Zambie offre un cas particulièrement révélateur. Longtemps marqués par l’aide au développement, ses liens avec les États-Unis semblent aujourd’hui entrer dans une nouvelle phase, davantage tournée vers l’investissement, le commerce et la coopération économique de long terme. Dans cette tribune, Gregory Tosi soutient que cette évolution dépasse largement le cadre bilatéral : elle pourrait préfigurer un modèle de partenariat plus équilibré entre l’Afrique et ses partenaires internationaux, fondé sur la souveraineté, la création de valeur et la prospérité partagée.
Par Gregory Tosi
L’actualité récente s’est concentrée sur les désaccords entre Lusaka et Washington concernant l’aide sanitaire, les minéraux critiques et l’influence étrangère dans le secteur minier zambien. Pourtant, ces articles occultent un développement bien plus important : la Zambie et les États-Unis redéfinissent leur relation autour de l’investissement, du commerce et d’un partenariat économique à long terme, plutôt qu’autour de l’aide au développement traditionnelle.
Ce changement devrait concerner non seulement la Zambie, mais aussi tous les pays africains qui aspirent à mieux maîtriser leur avenir économique.
Le récent débat suscité par des informations selon lesquelles l’aide américaine pourrait être conditionnée à l’accès aux ressources minérales critiques ou à des données sanitaires sensibles de la Zambie a soulevé des questions légitimes de souveraineté et d’intérêt national. La réponse de la Zambie a été mesurée, mais ferme : les partenariats internationaux sont les bienvenus, à condition qu’ils respectent les lois du pays, ses priorités stratégiques et son autorité décisionnelle.
De même, et c’est tout aussi important, les deux gouvernements se sont efforcés d’empêcher que ces désaccords ne dégénèrent en crise diplomatique majeure. Le dialogue constant entre le président Hakainde Hichilema, le ministre des Affaires étrangères Mulambo Haimbe et de hauts responsables américains témoigne de la reconnaissance, par les deux parties, de l’importance de cette relation.
Voilà précisément à quoi ressemblent des partenariats matures : des alliés peuvent être en désaccord tout en continuant à faire des affaires ensemble.
L’histoire de fond se situe au-delà des tensions politiques immédiates.
Le cuivre est devenu l’une des matières premières les plus stratégiques au monde. La demande provenant des véhicules électriques, des énergies renouvelables, des infrastructures liées à l’intelligence artificielle et de l’industrie manufacturière de pointe a placé la Zambie au cœur d’une compétition mondiale pour l’accès à un approvisionnement fiable en minéraux critiques.
La Zambie possède du cuivre et d’autres ressources précieuses, mais la véritable question politique est de savoir comment transformer ces richesses en prospérité nationale durable.
Le projet Mingomba de KoBold Metals, soutenu par des capitaux américains, offre un modèle prometteur. En combinant technologies de pointe, capitaux patients et création d’emplois locaux, cet investissement montre comment les capitaux étrangers peuvent soutenir le développement industriel plutôt que se limiter à l’extraction de matières premières.
D’autres investisseurs semblent partager cette confiance. La société canadienne Makor Resources se préparerait à lever de nouveaux capitaux en vue de l’introduction en Bourse de ses actifs cuprifères en Zambie. Ces investissements renforcent la réputation croissante de la Zambie comme l’une des destinations africaines les plus prometteuses pour les investissements miniers responsables.
L’examen récent du secteur minier zambien est également riche d’enseignements. À la suite de la rupture du barrage de la mine de cuivre de Sino-Metals en 2025, des membres de la Chambre des représentants des États-Unis se sont rendus en Zambie pour étudier les questions de sécurité et d’environnement. Certains observateurs ont interprété cette visite à travers le prisme de la compétition stratégique entre Washington et Pékin. Pourtant, l’enjeu réel est celui de la gouvernance.
Les investisseurs internationaux exigent de plus en plus une réglementation transparente, des garanties environnementales solides et un comportement responsable des entreprises. Ces exigences contribuent, en définitive, à renforcer la compétitivité de la Zambie.
Le même principe devrait s’appliquer à tous les investisseurs. Que les capitaux proviennent des États-Unis, de Chine, du Canada, d’Europe, du Golfe ou d’ailleurs, toutes les entreprises devraient opérer dans un cadre juridique transparent, respecter les mêmes normes environnementales et être soumises aux mêmes obligations envers les communautés locales. L’égalité de traitement renforce la souveraineté et fait de la Zambie une destination plus attractive pour les investissements de long terme.
Le commerce offre une autre opportunité. La prolongation de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act) jusqu’en décembre 2026 garantit à la Zambie un accès préférentiel continu au marché américain. Cependant, la réussite à long terme du pays ne dépendra pas uniquement de l’augmentation de ses exportations de cuivre. Elle reposera aussi sur le développement d’activités à plus forte valeur ajoutée, de l’agro-industrie et d’autres secteurs capables de créer des emplois qualifiés et de diversifier les exportations.
Voilà la véritable mesure de la transformation économique.
Les relations entre les États-Unis et la Zambie ont une longue histoire, largement marquée par l’aide au développement. Ce chapitre n’est pas entièrement clos, mais il perd de son importance. Pour la Zambie — comme pour d’autres nations africaines — se dessine désormais une relation plus équilibrée, fondée sur l’investissement privé, la technologie, les infrastructures, les marchés de capitaux et les partenariats commerciaux.
Cette évolution recèle des enseignements qui dépassent largement le seul cas zambien. Partout en Afrique, les gouvernements privilégient de plus en plus les investisseurs plutôt que les donateurs, la technologie plutôt que la dépendance, et les partenariats commerciaux plutôt que l’aide ponctuelle. De leur côté, les investisseurs internationaux recherchent des institutions transparentes, une réglementation prévisible et des gouvernements engagés en faveur d’une croissance économique durable.
Si la Zambie et les États-Unis parviennent à mettre en place ce nouveau modèle, les désaccords actuels pourraient finalement apparaître non comme des revers diplomatiques, mais comme le point de départ d’un partenariat plus mature, fondé sur le respect mutuel, la prospérité partagée et une croissance tirée par l’investissement.
Ce serait une bonne nouvelle non seulement pour la Zambie et les États-Unis, mais aussi pour l’avenir économique de l’Afrique.
Gregory P. Tosi est un avocat basé à Washington, D.C., et ancien assistant parlementaire. Il travaille actuellement à l’implantation de nouvelles entreprises et à la construction de logements abordables dans les pays en développement. Il publie régulièrement sur les questions politiques et économiques qui concernent ces pays.

