Par Abderrahmane Mebtoul docteur d’Etat 1974- management stratégique -expert international
Cette problématique de la valeur de la monnaie algérienne est liée à l’importance de la sphère informelle, dominante en Afrique, qui n’est pas propre à l’en Algérie qui selon la Banque d’Algérie représente environ 30 % du PIB national échappant au contrôle fiscal et aux circuits bancaires, drainant des dizaines de milliards de dollars hors des banques et concentrant selon certaines sources plus de 4 millions d’emplois.
1.Léconomie algérienne : dominance de la rente des hydrocarbures
Alors que l’unité de la monnaie européenne s’échange à 150,62 dinars à l’achat et 150,66 dinars à la vente selon la Banque d‘Algérie dans sa note de conjoncture de février 2024 et sur le le marché parallèle, le cours du dinar , durant l’année 2011, avait atteint une moyenne de 135 dinars 1 euro , le 8 octobre 2022, la cotation est de 209 dinars 1 euro. -Le 22 septembre 2022, l’euro s’échangeait à 227 dinars à l’achat et 229 dinars à la vente, le dollar américain à 210 dinars à l’achat et 212 dinars à la vente, soit un écart entre l’officiel et le parallèle de près de 57% Ce qui donne un écart entre l’officiel et le marché parallèle euro-dinar qui passe de 3O% il y a environ 1O années, à 75/8O% de 2O24 à avril 2O25 , une des causes de la corruption via les surfacturations Sur le marché parallèle, le cours du dinar , durant l’année 2011, avait atteint une moyenne de 135 dinars 1 euro , -Le 22 septembre 2022, l’euro s’échangeait à 227 dinars à l’achat et 229 dinars à la vente, le dollar américain à 210 dinars à l’achat et 212 dinars à la vente, soit un écart entre l’officiel et le parallèle de près de 57%, le 8 juin 2026, le cours de l’euro s’échangeait sur le marché officiel à environ 154 DA pour 1 euro, tandis que sur le marché parallèle (square Port-Saïd), il atteignait entre 275 et 280 dinars et avec un écart en croissance l’écart entre le marché officiel et le marché noir entre 78 et 80% contre 3O% il y a environ 1O années et moins de 60% vers les années 2000, une des causes de la corruption via les surfacturations. La Banque d’Algérie avait indiqué que la circulation fiduciaire hors banques représente 33,35% de la masse monétaire globale en Algérie, soit quelque 7395 milliards de dinars à fin septembre 2022, contre 6712 milliards de dinars à fin décembre 2021 53,98 milliards de dollars, Selon la situation mensuelle de la Banque d’Algérie arrêtée au 30 novembre 2025, la masse fiduciaire en circulation dépasse 9654 milliards de dinars soit 62,68 milliards de dollars , la masse fiduciaire en circulation représentant 45,7 % du total du bilan de la Banque d’Algérie. L’Algérie a pourtant engagé plusieurs chantiers pour réduire la dépendance au cash à travers les paiements par carte, les plateformes en ligne et les solutions mobiles dans les services publics, les factures et certaines transactions commerciales, mais cette progression reste encore trop limitée pour inverser la tendance, où souvent les commerçants ne disposant pas de terminaux Cette situation reflète un état de sous-bancarisation où des entrepreneurs, gros commerçants , ménages et autres intermédiaires préfèrent le cash pour moins de traçabilité et surtout pour mieux échapper au fisc alors que dans les pays développés les plus bancarisés, la part de la circulation fiduciaire ne dépasse guère les seuils de 4 à 5% de la masse monétaire globale . Le marché informel dans le commerce dominant fait que bon nombre de produits non subventionnées ont tendance à s’aligner sur le cours du marché parallèle en n’oubliant jamais que tout agent économique, opérateur ou ménage guidé par la seule logique du profit, n’existant pas de nationalisme et de sentiments dans la pratique des affaires ( voir étude sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul- Institut Français des Relations internationales IFRI Paris « ,les enjeux stratégiques de la sphère informelle -2013-reproduite en synthèse réactualisée dans la revue Stratégie IMDEP du ministère de la défense nationale octobre 2019)
2 – Quelles sont les trois raisons de la distorsion entre la cotation officielle du dinar et celui le marché parallèle
La première raison est la faiblesse du niveau de production et de productivité et une économie peu diversifiée caractérisée la dominance de la rente des hydrocarbures procurant avec els dérivées plus de 97% des recettes en devises du pays, tenant la valeur officielle du dinar à plus de 70%, le secteur industriel repentent entre 5/6% du PIB seulement . Les exportations hors hydrocarbures sont marginales avoisinant 5 milliards de dollars en 2025 contre 6,9 en 2022 selon les statistiques douanières étant composées à plus de 67% de dérivées d’hydrocarbures. Le PIB nominal de l’Algérie, avec un taux croissance moyen entre 2000-2025 d’environ de 3% , le gouvernement ayant procédé à une réévaluation du calcul du PIB en 2O23, en intégrant environ 33 % de la sphère informelle, s’est élevé à 263,6 milliards de dollars en 2024 et a atteint environ 285,7 milliards de dollars en 2025 mais largement irrigué par la rente des hydrocarbures directement et indirectement où existe une non proportionnalité entre les dépenses tant en devises qu’en dinars, avec des surcoûts des projets qui influent sur le niveau de productivité et donc indirectement sur la cotation du dinar, sans compter les surfacturations des projets , qui expliquent les surcoûts avec des malfaçons surtout dans le BTPH. Les assainissements des entreprises publiques selon un rapport officiel du premier ministère (source APS) ont couté au trésor public 250 milliards de dollars entre 2000 à fin 2019 et ces assainissement ayant continué entre 2000- 2025, et plus de 80% de ces entreprîmes sont revenus à la case de départ , montrant que ela n’est pas une question seulement de capital-argent.Selon Trading Eocnomics et les rapports de la BM les dépenses publiques de l’État algérien avec une faiblesse dans la planification stratégique et de suivi faute de rigueur budgétaire ont considérablement augmenté entre 2000 et 2025, passant d’un budget annuel d’environ 1 500 milliards de dinars au début des années 2000 à des niveaux records dépassant les 1 700 milliards de dinars par trimestre en 2025 . Cela a un impact sur les indicateurs macro économiques et macro sociaux où fin 2025, les réserves officielles de change de l’Algérie étaient estimées à environ 47,1 milliards de dollars,(40 milliards de dollars à mars 2026 selon le FMI) en baisse par rapport aux 67,8 milliards de dollars enregistrés à la fin de 2024. , rappelant qu’en plus de ces avoirs en devises, l’Algérie détient un stock stable de 173,6 tonnes d’or, dont la valeur de marché a été positivement impactée par la hausse historique des cours de l’once d’or, mais le métal jaune ayant subi une correction notable début juin 2026, s’échangeant autour de 4 330 dollars l’once troy (environ 4 340 dollars ), après avoir culminé à des sommets historiques de plus de 5 500 dollars . Le taux d’inflation en Algérie a atteint en moyenne 4,82 % de 2001 à 2026, atteignant un niveau record de 11,00 % en avril 2012 , ce taux ne reflétant pas la réalité , l’indice des prix à la consommation devant être réactualisé car historiquement daté ( certains biens durables comme les pièces détachées ayant connu entre 2000/2025 une hausse de plus de 300%) et le taux de chômage (incluant les sureffectifs des administrations et entreprise publiques et certains emplois rente temporaire dépassant les 11% en 2025 et devrait atteindre 11,60 % d’ici la fin de 2026, selon les modèles macroéconomiques mondiaux de Trading Economics,e rapport de la Banque mondiale mettant en garde contre la persistance de freins structurels tels que la faible productivité et les lourdeurs bureaucratiques. il faudrait un taux de croissance annuel de 6/7%,sur plusieurs années ce qui permettrait d’absorber le flux additionnel d’emplois entre 35O OOO à 4OO OOO par an qui s’ajoute au taux de chômage actuel
La deuxième raison liée à la précédente ce sont les tensions au niveau de la balance des paiements et l’important déficit budgétaire La balance commerciale de l’Algérie pour l’année 2025 a enregistré un déficit de 711,5 milliards de dinars (environ 5,5 milliards de dollars au cours de 2025 ) et la balance des paiements incluant le mouvement des services , un déficit global de 7,5 milliards de dollars au premier semestre 2025, creusé par un déficit courant de 10,5 milliards de dollars, ce résultat marquant un tournant dans l’économie nationale après plusieurs années d’excédent, où ce déficit s’explique par la hausse des investissements et des volumes d’importation, conjuguée à un recul des revenus des hydrocarbures, tant en termes de volumes exportés que de prix sur les marchés. La loi de finances 2025, élaborée sur la base d’un prix de référence fiscal du baril de pétrole à 60 dollars et d’un prix de marché à 70 dollars (comme en 2024), prévoit une croissance économique de 4,5 % en 2025, ainsi qu’une augmentation des volumes d’exportation des hydrocarbures de 1,9 %. Les dépenses budgétaires prévues pour 2025 s’élèvent à 16 794,61 milliards de dinars, soit 125,34 milliards de dollars, une hausse de 9,9 % par rapport à 2024. Les recettes budgétaires sont quant à elles estimées à 8 523,06 milliards de DA (63,60 milliards de dollars), en augmentation de 3,5 % par rapport à 2024, principalement grâce à une hausse de 9 % des recettes fiscales. Par conséquent, le déficit budgétaire devrait s’accentuer, passant de 7 039,66 milliards DA (19,8 % du PIB) en 2024 à 8 271,55 milliards DA (21,8 % du PIB) en 2025, soit 61,72 milliards de dollars au taux de change de 134 dinars pour un dollar. Avec les besoins importants de financement, couplés à l’épuisement du FRR, la dette publique a augmenté sensiblement en 2025, s’établissant à environ 54 % du PIB, composé à plus de 98 % par une dette intérieure ave une faible dette extérieure ne représentant environ 1,3 et 2,6 % du PIB, l’Algérie venant d’autoriser l’endettement extérieur pour des projets structurants à forte valeur ajoutée
La troisième raison ce sont , les transferts légaux de capitaux profitant de la distorsion du taux de change entre l’officiel et celui du marché parallèle, transitent par les banques souvent publiques qui accaparent plus de 85/90% des crédits octroyés, les banques privées malgré leur nombre étant marginales, au cours officiel du dinar à travers les importations par des surfacturations, favorisant également le trafic aux frontières des produits subventionnés, (farine, huile et ) . Ces montants sont souvent convertis en investissement vers l’achat d’une valeur sûre, l’immobilier. C’est que les transferts illégaux transitant par les banques au cours officiel du dinar à travers les importations via les surfacturations une partie retourne en Algérie alimentant le marché parallèle de devises, ce qui permet d’atténuer la hausse du cours sur le marché parallèle. En effet, il y a eu une baisse des transferts avec les décès des retraités à l’étranger, cette baisse de l’offre de devises ayant été contrebalancée par les fortunes acquises régulièrement ou irrégulièrement par la communauté algérienne localement et à l’étranger qui font transiter irrégulièrement ou régulièrement des devises en Algérie, montrant clairement que le marché parallèle de devises est bien plus important que certaines données de 3,5 à 5 milliards d’euros. Certes l’allocation devises de 750 euros par adulte et par an , le droit de change étant accordé aux mineurs âgés de 12 à moins de 19 ans, dans la limite de deux enfants par famille, cette opération devant selon le ministre des finances s’élever à environ 4 milliards de dollars an, a permis partiellement de contrebalancer la chute du dinar sur le marché parallèle, mais elle est insuffisante avec une demande croissante qui provient de simples citoyens qui voyagent : touristes, ceux qui se soignent à l’étranger et les hadjis du fait de la faiblesse de l’allocation devises
Cela est accentué par les pénuries amplifiant le commerce dit du « cabas » que l’on ne combat pas par des mesures administratives car satisfaisant une demande du fait des pénuries. En plus ce sont les agences de voyages qui, à défaut de bénéficier du droit au change, recourent, elles aussi, aux devises du marché noir Enfin , pour se prémunir contre l’inflation, et donc la détérioration du dinar algérien accentue la déthésaurisation des ménages qui mettent face à la détérioration de leur pouvoir d’achat, des montants importants sur le marché, alimentant l’inflation, plaçant leur capital-argent dans l’immobilier, achètent des biens durables à forte demande comme les pièces détachées, facilement stockables ,l’achat d’or ou de devises fortes L’anticipation d’une dévaluation rampante du dinar, a un effet négatif sur toutes les sphères économiques et sociales, dont le taux d’intérêt des banques qui devraient le relever de plusieurs points, s’ils veulent éviter comme par le passé, l’assainissement via la rente des hydrocarbures, s’ajustant aux taux d’inflation réel et toute baisse du taux d’intérêt inférieur au taux d’inflation afin de relancer l’investissement à valeur ajoutée devra être supporté par le trésor public. Les rumeurs de changement de monnaie ainsi que les tensions géostratégiques aux frontières de l’Algérie ont accru l’écart entre le cours officiel et celui du marché parallèle avec l’accroissement de la demande en devises fortes.
*En conclusion, pour réduire durablement le poids du cash, il faudra renforcer la confiance, simplifier l’accès aux services bancaires et rendre le paiement électronique plus attractif que le retrait d’espèces, car cette domination de l’argent qui circule en dehors des banques, entrave la canalisation vers l’épargne formelle, le crédit et l’investissement..
Annexe
Le concept de «secteur informel» apparaît pour définir toute la partie de l’économie qui n’est pas réglementée par des normes légales. En marge de la législation sociale et fiscale, elle a souvent échappé à la comptabilité nationale et donc à toute régulation de l’État, encore que récemment à l’aide de sondages, elle tend à être prise en compte dans les calculs du taux de croissance et du taux de chômage. Il y a lieu de différencier la sphère informelle productive qui crée de la valeur de la sphère marchande spéculative qui réalise un transfert de valeur. L’économie informelle est donc souvent qualifiée de «parallèle», «souterraine», «marché noir» et tout cela renvoie au caractère dualiste de l’économie, une sphère qui travaille dans le cadre du droit et une autre sphère qui travaille dans un cadre de non droit, étant entendu que le droit est défini par les pouvoirs publics en place. Pour les économistes, qui doivent éviter le juridisme, dans chacun de ces cas de figure nous assistons à des logiques différentes, tant pour la formation du salaire et du rapport salarial, que du crédit et du taux d’intérêt qui renvoient à la nature du régime monétaire dualiste. La formation des prix et des profits dépendent dans une large mesure de la forme de la concurrence sur les différents marchés, la différenciation du taux de change officiel et celui du marché parallèle, de leur rapport avec l’environnement international (la sphère informelle étant en Algérie mieux insérée au marché mondial que la sphère réelle) et en dernier lieu de leur rapport à la fiscalité qui conditionne la nature des dépenses et recettes publiques

