De notre envoyé spécial à Accra, Nephthali Messanh Ledy
Les travaux de la « conférence de haut-niveau » consacrée à la gouvernance, aux minerais critiques et aux conflits en Afrique ont été lancés ce lundi 27 juillet à Accra, au Ghana, avec une interrogation centrale : les ressources minérales du continent peuvent-elles devenir un levier de développement partagé, ou risquent-elles d’alimenter de nouvelles tensions ? Plusieurs intervenants ont fait converger leurs analyses vers un même constat : l’enjeu principal n’est pas la ressource elle-même, mais les conditions de sa gouvernance.
Transformation locale et intégration régionale
Lançant officiellement les travaux au nom du président ghanéen John Mahama, Augustus Tanoh, haut conseiller spécial du chef de l’Etat, a replacé le débat sur un terrain industriel et géopolitique. Pour lui, la question n’est pas seulement de savoir si le monde utilisera les minerais africains, mais « si l’Afrique saura s’en servir pour développer ses propres capacités de transformation, créer des emplois et consolider la paix ».
M. Tanoh a critiqué un modèle dans lequel le continent exporte des matières brutes et importe ensuite les produits transformés, laissant à d’autres les segments à plus forte valeur ajoutée. « Cette dépendance affaiblit les économies africaines et entretient des fragilités structurelles », a-t-il déclaré.
La gouvernance comme ligne de partage
Alexander Mould, directeur général de la Millennium Development Authority (MiDA) du Ghana, a résumé l’enjeu en une formule : « la différence n’a jamais résidé simplement dans les ressources. Elle réside dans la gouvernance. » Autrement dit, les minerais ne produisent pas mécaniquement ni stabilité ni conflit ; tout dépend des règles qui encadrent leur exploitation, de la répartition des revenus et de la capacité des institutions à inspirer confiance.
Dans cette perspective, l’ex-directeur général de la Ghana National Petroleum Corporation a insisté sur le fait que la place nouvelle de l’Afrique dans la transition énergétique mondiale ne produira d’effets positifs que si les populations concernées bénéficient concrètement de cette richesse. À défaut, l’exclusion économique et sociale peut nourrir « frustration et instabilité », a-t-il ajouté.
Binaifer Nowrojee replace la question dans un cadre démocratique
La directrice générale d’Open Society Foundations, Binaifer Nowrojee, a pour sa part élargi le propos en reliant directement la question minière à celle de la gouvernance démocratique. Dans son intervention, elle a estimé que le véritable enjeu n’était pas de savoir si l’Afrique dispose de minerais critiques, mais de savoir si ces ressources seront « gérées de manière à renforcer la démocratie, instaurer la confiance publique et garantir une prospérité partagée »
Binaifer Nowrojee a rappelé à l’auditoire que la richesse naturelle, à elle seule, ne garantit ni développement humain, ni progrès démocratique, ni paix durable. Elle a souligné que les zones les plus proches des sites d’extraction, dans de nombreux pays riches en ressources, sont aussi celles qui supportent les coûts les plus lourds, sans toujours bénéficier des retombées économiques attendues.
La directrice générale d’Open Society Foundations a par ailleurs insisté sur plusieurs conditions jugées essentielles : la transparence des institutions, la redevabilité publique, la participation effective des citoyens aux décisions, ainsi que l’inclusion des communautés locales, des femmes, des jeunes, des mineurs artisanaux et des peuples autochtones.
Parmi les pistes avancées par les différents intervenants figurent le développement du raffinage, la transformation industrielle, la chimie des batteries et la maintenance, mais aussi une meilleure intégration régionale des chaînes de valeur, notamment dans le cadre de la ZLECAf. L’objectif affiché étant d’éviter une fragmentation des stratégies nationales et de favoriser l’émergence de filières africaines plus cohérentes.
Une même ligne de fond
Les interventions ont également mis l’accent sur plusieurs mécanismes de gouvernance : transparence dans l’octroi des licences, publicité des contrats, fiscalité jugée plus équitable, identification des bénéficiaires effectifs, traçabilité des flux, évaluations environnementales et restauration des sites.
Augustus Tanoh a aussi défendu une implication des communautés en amont des décisions et un meilleur accompagnement juridique et financier des acteurs des mines artisanales. Dans le même esprit, Binaifer Nowrojee a estimé qu’une participation limitée à de simples consultations tardives ne suffisait pas, et qu’une influence réelle des populations concernées sur les décisions devait être recherchée.
Au terme des trois allocutions, un même fil directeur se dégage, bien avant le lancement des travaux en panel prévus jusqu’au mercredi 29 juillet : les minerais critiques peuvent constituer une opportunité économique majeure pour l’Afrique, mais cette opportunité reste conditionnée à la qualité de la gouvernance publique.

