« Wave aura réussi si les Camerounais utilisent leur argent en toute simplicité, avec transparence sur les coûts et fiabilité »
Un an après son lancement au Cameroun, en partenariat avec la Commercial Bank Cameroun (CBC), Wave revendique une ambition claire : ne pas se contenter d’ouvrir des comptes, mais changer durablement la manière dont les Camerounais utilisent leur argent. Sur un marché qui concentre déjà 65,1 % du volume et près de 57 % de la valeur des transactions de paiement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), l’opérateur sénégalais, fort de 150 000 agents actifs et de 25 millions d’utilisateurs mensuels dans 11 pays africains, mise sur la simplicité, la transparence des coûts et la fiabilité pour se faire une place face à des acteurs déjà installés.
Dans cet entretien accordé à Financial Afrik, Joël Ndjodo, Country Manager de Wave Cameroun, revient sur les enseignements de sa première année d’activité, les usages encore insatisfaits d’un marché mature mais exigeant, ainsi que sur la feuille de route de l’entreprise face aux régulateurs, aux petits commerçants et à l’économie informelle.
Propos recueillis par Bernard Bangda
Après plus d’une année d’activité au Cameroun, quels enseignements tirez-vous du déploiement de Wave et qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans les attentes des usagers camerounais ?
Le premier enseignement est que Wave ne vient pas apprendre le mobile money aux Camerounais. Nous sommes face à des usagers expérimentés, qui connaissent les différentes offres, comparent les coûts et savent rapidement reconnaître la qualité et la valeur ajoutée d’un service.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est le niveau d’exigence des usagers. Ils ne recherchent pas simplement une nouvelle application. Ils recherchent un service fiable, qui leur facilite véritablement la vie, qui fonctionne parfaitement, qui répond à leurs besoins quotidiens, qui soit simple à utiliser, à la tarification abordable, avec des points de service accessibles à tous, à tout moment, ainsi qu’une gestion efficace des éventuelles réclamations.
Nous avons aussi confirmé que le Cameroun est un marché très diversifié. Les attentes d’un commerçant à Douala, d’un jeune entrepreneur à Yaoundé ou d’une famille vivant en dehors des grands centres urbains ne sont pas toujours les mêmes. Il faut donc écouter, apprendre et construire avec méthode une proposition de valeur adaptée à cet environnement camerounais.
Notre ambition n’est pas que le service Wave soit simplement disponible au Cameroun. Notre ambition est d’inscrire Wave dans la durée, dans le quotidien des Camerounais, en leur apportant une solution pérenne et utile pour répondre concrètement à leurs besoins quotidiens. Et sur ce marché, l’utilité se démontre au quotidien, elle ne se proclame pas.
Le Cameroun concentre 65,1 % du volume et près de 57 % de la valeur des transactions de paiement enregistrées dans la CEMAC. Dans ce marché à la fois dynamique, mature et concurrentiel, quelle valeur particulière Wave entend-elle apporter aux utilisateurs camerounais ?
Ces chiffres montrent que le Cameroun n’est pas seulement un grand marché. C’est la véritable locomotive des paiements digitaux dans la CEMAC. Mais un marché dynamique n’est pas nécessairement un marché dans lequel tous les besoins sont déjà satisfaits.
Notre conviction est que la prochaine phase de développement ne reposera plus uniquement sur l’ouverture de nouveaux comptes. Elle se jouera sur la qualité de l’expérience client, la transparence des coûts, la fiabilité du service et la capacité à répondre à des besoins de plus en plus variés.
Wave souhaite apporter une expérience simple, accessible et compréhensible. Notre service est ouvert à tout détenteur d’une carte SIM d’un opérateur de téléphonie mobile local. L’usager peut ensuite télécharger l’application Wave et s’inscrire en suivant des indications claires et précises. On parle d’auto-enrôlement.
Nous proposons le dépôt gratuit d’espèces sur le compte Wave nouvellement créé (cash in) auprès d’un agent agréé Wave, ainsi que des transferts vers d’autres usagers Wave (P2P) à 1 % de la valeur de la somme transférée, en plus de retraits gratuits, sans le moindre frais. Avec Wave, les usagers peuvent aussi payer leurs factures prépayées et postpayées d’électricité, leurs factures d’eau ou encore leurs factures de câble sans débourser le moindre frais.
Wave veille ainsi à proposer des frais extrêmement abordables aux usagers afin de contribuer activement à la lutte contre la vie chère et de bâtir une relation de confiance avec eux au Cameroun.
Mais notre valeur ne se résume pas à une tarification. Elle repose sur une approche complète : simplifier le parcours client, réduire les frictions et les freins à l’adoption du service, et permettre aux utilisateurs de garder davantage de contrôle sur leur argent.
Dans un marché mature, la différence ne se fait pas seulement sur ce que l’on propose. Elle se fait sur la manière dont l’usager vit le service.
Certains pourraient considérer que le marché camerounais du mobile money est déjà largement couvert. Quels besoins restent, selon vous, insuffisamment satisfaits ?
Avoir plusieurs services disponibles ne signifie pas que tous les besoins sont résolus. On peut avoir plusieurs comptes et continuer à rencontrer les mêmes difficultés : des coûts difficiles à anticiper, une expérience utilisateur complexe, un service à la disponibilité irrégulière, de nombreuses ruptures de stock dans les points de service ou un accompagnement insuffisant en cas de plainte du client.
Le véritable enjeu est désormais celui de l’usage. Est-ce que le service est suffisamment simple, fiable et abordable pour être utilisé régulièrement ? Est-ce qu’il répond uniquement à un besoin ponctuel de transfert ou de paiement, ou peut-il devenir un véritable outil du quotidien ?
Il reste également beaucoup à faire pour les petits commerçants, les entrepreneurs, les femmes qui développent une activité informelle et les populations encore éloignées des services financiers traditionnels. Ces acteurs ne recherchent pas nécessairement des solutions sophistiquées. Ils ont d’abord besoin de services qui fonctionnent, dont ils comprennent le coût et qui correspondent à leurs réalités économiques.
Le marché camerounais n’est donc pas saturé. Il est plus exigeant. Et cette exigence est positive, car elle pousse tous les acteurs à se réinventer pour mieux servir les utilisateurs. La seule annonce de l’arrivée de Wave au Cameroun a d’ailleurs contraint le marché à s’ajuster.
Wave s’est développée dans plusieurs marchés africains autour d’une promesse de simplicité, d’accessibilité et de coûts abordables. Comment adaptez-vous ce modèle aux réalités spécifiques du Cameroun ?
Actuellement, Wave opère dans 11 pays, avec 150 000 agents actifs, et sert plus de 25 millions d’utilisateurs actifs chaque mois. Cette expérience nous donne une connaissance fine des services financiers numériques en Afrique, mais elle nous apprend surtout qu’il n’existe pas de modèle unique applicable partout.
Notre mission reste la même : rendre les services financiers radicalement plus simples et plus accessibles. Mais la manière de tenir cette promesse doit être profondément locale.
Le Cameroun possède son propre environnement réglementaire, son propre écosystème bancaire, ses habitudes de paiement et un marché du mobile money déjà très avancé. Nous devons donc adapter notre approche, notre rythme et nos priorités.
C’est également le sens de notre partenariat avec la Commercial Bank Cameroun. Il nous permet de combiner l’expertise technologique et l’expérience utilisateur de Wave avec la connaissance du marché, l’ancrage local et l’expertise bancaire de la CBC.
Nous ne venons pas reproduire une formule. Nous venons mettre notre expérience au service d’une réponse camerounaise. Notre mission est panafricaine, mais notre exécution doit toujours être locale.
Malgré la progression du mobile money, l’accès à un compte ne se traduit pas toujours par une utilisation régulière et réellement utile. Comment Wave souhaite-t-elle favoriser des usages concrets au quotidien ?
L’ouverture d’un compte mobile money constitue une première étape. La véritable inclusion financière commence lorsque l’usager peut utiliser ce compte régulièrement, en toute autonomie, pour répondre à un besoin concret.
Dans la CEMAC, le nombre de comptes de monnaie électronique a fortement progressé, mais seulement un peu plus d’un tiers sont considérés comme actifs sur une période de trente jours. Cela montre que le secteur doit désormais dépasser la logique du compte ouvert pour se concentrer davantage sur l’utilité réelle.
Un service financier devient utile lorsque, sans frein ni barrière, une commerçante peut recevoir un paiement simplement, lorsqu’un jeune entrepreneur peut régler un fournisseur depuis son téléphone, ou lorsqu’une famille peut envoyer de l’argent rapidement en cas d’urgence.
Pour favoriser ces usages, il faut travailler sur la simplicité, le coût, la disponibilité du service et l’accompagnement. Il faut également construire des solutions qui correspondent aux réalités économiques des populations, notamment celles des femmes, des jeunes et des petites entreprises.
L’inclusion financière ne consiste pas seulement à connecter une personne à un compte. Elle consiste à lui donner davantage de liberté dans la manière dont elle utilise et gère son argent.
La confiance est déterminante dans l’adoption des services financiers numériques. Comment Wave concilie-t-elle simplicité, sécurité, protection des données et prévention de la fraude ?
La confiance ne se construit pas uniquement avec des systèmes de sécurité. Elle se construit à travers toute l’expérience de l’usager.
Elle commence par la transparence. Un client doit comprendre les conditions du service, savoir ce qu’une transaction lui coûtera et identifier facilement les canaux officiels auxquels il peut s’adresser.
Elle repose ensuite sur des dispositifs rigoureux de protection des comptes mobile money, de surveillance des transactions, de protection des données et de prévention de la fraude. Notre responsabilité est de rendre ces mécanismes efficaces sans transformer chaque opération en parcours compliqué.
Mais la technologie ne peut pas tout résoudre. Les fraudeurs exploitent souvent l’urgence, la confiance ou le manque d’information. La sensibilisation des usagers est donc essentielle. Il faut rappeler les bons réflexes, notamment la protection des codes confidentiels et la vigilance face aux sollicitations inhabituelles.
Enfin, la confiance se mesure aussi dans les moments difficiles. Un usager doit savoir qu’il peut trouver une écoute attentive ainsi qu’une réponse rapide et efficace lorsqu’il rencontre un problème.
La simplicité attire les usagers. La confiance les fait rester.
Comment Wave entend-elle développer son réseau de distribution, renforcer ses partenariats camerounais et créer durablement de la valeur pour l’économie locale ?
Un service financier numérique ne fonctionne jamais uniquement grâce à une application. Derrière l’écran, il existe tout un écosystème composé d’agents, de partenaires, d’entreprises, de fournisseurs et de collaborateurs.
Les agents jouent notamment un rôle essentiel. Ils assurent la disponibilité du service, accompagnent les utilisateurs et constituent souvent le visage le plus proche de la marque dans les communautés. La qualité du réseau est donc aussi importante que sa taille.
Notre approche consiste à construire progressivement un réseau solide, à sélectionner et accompagner nos partenaires, et à nous assurer que le développement de Wave crée également des opportunités économiques autour de nous.
Créer de la valeur localement signifie aussi recruter et faire grandir des talents camerounais, développer des compétences et travailler avec des partenaires qui connaissent et comprennent les réalités du pays.
Nous voulons construire Wave avec l’écosystème camerounais, et non à côté de lui. Notre réussite ne se mesurera pas uniquement au nombre de transactions réalisées, mais aussi à la qualité et à la pérennité de la valeur créée autour de notre activité.
Au Cameroun, les petites et moyennes entreprises ainsi que les commerçants dépendent largement des espèces. Que faudrait-il changer pour que les paiements digitaux deviennent un véritable outil de croissance pour eux ?
Il faut d’abord éviter de considérer l’attachement aux espèces comme une simple résistance au changement. Pour un petit commerçant, chaque décision est économique. Il doit pouvoir accéder immédiatement à son argent, protéger sa marge et éviter des coûts qui fragiliseraient une activité déjà vulnérable.
Le paiement digital doit donc apporter une valeur évidente. Il doit permettre de gagner du temps, de réduire les risques liés au transport ou à la conservation des espèces, de faciliter les paiements avec les clients et les fournisseurs, de sécuriser la recette et de mieux suivre certaines transactions.
Il faut également que la solution soit simple. Un commerçant qui doit interrompre son activité pour comprendre un outil complexe retournera naturellement au cash.
La transition ne peut pas non plus reposer uniquement sur le commerçant. Elle doit concerner toute la chaîne de valeur : les clients, les fournisseurs, les entreprises et, progressivement, les administrations.
Le paiement digital devient un outil de croissance lorsqu’il ne crée pas une nouvelle contrainte, mais retire une contrainte qui existait déjà.
Dans les prochaines années, comment Wave souhaite-t-elle accompagner la digitalisation des paiements des particuliers, des entreprises et des administrations ?
Le transfert d’argent entre particuliers restera un usage essentiel, mais le potentiel est beaucoup plus large.
Les paiements du quotidien, le commerce, les relations entre entreprises, le règlement de services et certaines interactions avec les institutions représentent des opportunités importantes. Toutefois, notre approche ne consiste pas à multiplier les fonctionnalités simplement pour pouvoir annoncer que nous faisons davantage de choses.
Chaque nouveau service doit répondre à un problème réel. Il doit être simple à comprendre, fiable, sécurisé et développé dans le respect du cadre réglementaire applicable.
Le Cameroun possède un tissu économique extrêmement diversifié, avec de grandes entreprises, des PME, des commerçants, des travailleurs indépendants et une économie informelle très active. La digitalisation ne pourra donc pas reposer sur une solution uniforme.
Nous avancerons progressivement, en travaillant avec les acteurs concernés et en nous assurant que chaque évolution apporte une valeur claire aux utilisateurs.
Notre métier n’est pas de rajouter des boutons ou des touches dans une application. Il est de retirer les obstacles qui compliquent encore la circulation rapide de l’argent.
Comment se construit le dialogue de Wave avec la BEAC, la COBAC, les autorités camerounaises et les autres parties prenantes ?
Dans les services financiers, la réglementation n’est pas une étape que l’on traite à la fin du processus. Elle doit être intégrée dès la conception du service, ce qui est le cas.
Notre dialogue avec les autorités monétaires, les régulateurs, notre partenaire bancaire et les différentes institutions est donc essentiel. Il nous permet de mieux comprendre les priorités du marché, d’anticiper les exigences réglementaires applicables et de nous assurer que notre développement contribue à la stabilité et à la confiance dans le système financier.
Nous ne considérons pas la réglementation comme opposée à l’innovation. Une réglementation claire et un dialogue ouvert permettent au contraire aux acteurs sérieux d’investir, d’innover et de construire sur le long terme, dans un échange régulier, exigeant, concerté et inclusif.
La finance digitale touche désormais des millions d’usagers en zone CEMAC, et au Cameroun plus précisément. Cette responsabilité impose de trouver un équilibre entre vitesse, sécurité, protection des consommateurs et continuité du service. Une innovation responsable n’est pas une innovation moins ambitieuse. C’est une innovation suffisamment solide pour durer et résister à son propre succès.
À l’horizon 2030, quel changement concret vous ferait dire que Wave a véritablement réussi sa mission au Cameroun ?
Je ne voudrais pas mesurer notre réussite uniquement à travers le nombre de comptes ou de transactions. Je considérerais que nous avons réussi si davantage de Camerounais peuvent utiliser leur argent sans avoir à choisir entre simplicité, coût abordable et sécurité. Si une commerçante peut recevoir ses paiements plus facilement, si un jeune entrepreneur peut mieux gérer son activité depuis son téléphone et si une famille peut transférer de l’argent rapidement lorsqu’elle en a besoin.
Je souhaiterais aussi que Wave soit perçue comme une entreprise réellement ancrée au Cameroun, avec des équipes locales fortes, des talents qui ont grandi avec nous et des partenaires qui se sont développés à nos côtés.
Nous ne voulons pas simplement que les Camerounais disent que Wave est disponible. Nous voulons qu’ils puissent dire que Wave leur a fait gagner du temps, leur a permis de conserver davantage de valeur et leur a donné plus de liberté dans la gestion de leur argent.
C’est à cet impact concret que nous mesurerons notre réussite.

