Malgré une implantation ancienne et des liens étroits avec les marchés locaux, les groupes français voient leurs positions en Afrique s’éroder. Le dynamisme du continent offre pourtant d’importants relais de croissance, un potentiel mis en lumière lors du sommet Africa Forward. Plusieurs entreprises renforcent d’ailleurs leurs positions en Afrique, comme Orange, Engie, Limagrain ou GBH.
23 milliards d’euros d’investissements annoncés, des contrats bilatéraux avec le Kenya, des milliers de chefs d’entreprise réunis à Nairobi : les 11 et 12 mai 2026, le sommet Africa Forward a rappelé le rôle stratégique de l’Afrique pour l’économie française.
100 milliards d’euros d’activité sur le continent
Plus de 5 000 entreprises françaises sont implantées en Afrique, où elles réalisent plus de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires. En dehors du secteur extractif, avec TotalEnergies ou Orano, les grands groupes comme les PME ciblent avant tout les besoins des marchés locaux.
Le semencier Limagrain, quatrième acteur mondial du secteur, s’est ainsi développé, depuis 2006, dans toute l’Afrique australe : Afrique du Sud, Lesotho, Eswatini, Namibie, Maurice et Madagascar. Le groupe s’appuie sur des unités locales de recherche agronomique afin d’adapter ses semences aux sols, aux climats et aux pratiques agricoles de chaque pays.
Orange, Engie, GBH : ces groupes français qui accélèrent en Afrique
À l’image de Limagrain, plusieurs grands groupes français augmentent leurs investissements en Afrique. Orange poursuit son expansion dans les télécoms, tandis qu’Engie et Veolia multiplient les projets liés à l’eau, l’assainissement et l’énergie. Dans le BTP, Vinci, Bouygues et Eiffage demeurent très présents sur les grands projets routiers, portuaires et d’infrastructures publiques.
Le Groupe Bernard Hayot (GBH) a également fortement étendu sa présence en Afrique, dans l’agro-industrie comme dans la distribution automobile. Grâce à ses filiales Banaci et Bacibam, l’entreprise est devenue en une décennie le premier producteur de bananes biologiques de Côte d’Ivoire, en misant sur une agriculture éco responsable soucieuse des producteurs.
GBH a également développé un vaste réseau de concessionnaires automobiles en Afrique de l’Ouest et au Maghreb, distribuant plusieurs marques internationales. Au Maroc, le groupe a récemment renforcé ses activités dans le transport en nouant un partenariat entre sa filiale Bamy Trucks et le constructeur de véhicules industriels Forland Motors.
La concurrence internationale rebat les cartes
Ces succès contrastent néanmoins avec la prudence adoptée par plusieurs grands groupes français. Selon Étienne Giros, président du CIAN, l’association des entreprises françaises présentes en Afrique, de nombreux dirigeants surestiment le « risque africain », au point de renoncer à leurs projets.
EDF a ainsi abandonné plusieurs projets en invoquant le « risque pays », pendant que BNP Paribas, Crédit Agricole et BPCE cédaient une grande partie de leurs filiales africaines. Ce repli concerne aussi des entreprises de taille intermédiaire, comme GreenWish Partners dans l’énergie solaire ou Artelia dans l’ingénierie.
Les positions hexagonales sont également fragilisées par une concurrence étrangère de plus en plus agressive. Au Sénégal, les entreprises françaises, qui dominaient les marchés publics, n’en détiennent plus que 5 %, contre plus de 30 % pour des groupes chinois. Même constat en Côte d’Ivoire où les entreprises chinoises et turques s’imposent sur les grands projets routiers, historiquement dominés par Vinci ou Eiffage. Dans l’énergie, les groupes chinois et américains, ainsi que les investisseurs du Golfe, gagnent rapidement du terrain en Afrique de l’Ouest, au détriment des acteurs français.
Les entreprises françaises peuvent-elles regagner du terrain ?
Contrairement au ressenti de nombreux dirigeants français, l’Afrique n’est pourtant pas une zone d’investissement particulièrement risquée. D’après des données de Moody’s Analytics relayées par la BAD, le taux moyen de perte enregistré sur le continent s’élève à 1,7 %, bien en dessous des niveaux observés en Amérique latine (13 %) ou en Europe de l’Est (10 %).
Pour Étienne Giros, les perspectives de rentabilité y sont même supérieures à celles de nombreuses autres régions du monde. Portés par la montée des classes moyennes et la dynamique démographique, de nombreux marchés africains devraient rapidement gagner en taille et en pouvoir d’achat. Dans ce contexte, le président du CIAN juge les entreprises françaises encore « trop frileuses en Afrique » et les appelle à « se réengager sur le continent ».
Des événements comme Africa Forward visent précisément à renforcer les liens économiques entre la France et les pays africains. À Nairobi, le « business forum » organisé en marge du sommet a réuni plusieurs milliers de dirigeants français et africains venus identifier de nouveaux débouchés et nouer des partenariats. Preuve d’un regain d’intérêt pour le continent, les rencontres d’affaires organisées par Business France ont attiré beaucoup plus d’entrepreneurs qu’attendu. « Nous avions estimé le nombre de rendez-vous à 400 et nous en avons eu plus du double », souligne Louis Margueritte, directeur général de l’organisme public.Ces perspectives séduisent des entreprises de toutes tailles. « L’Afrique fait désormais partie de nos priorités de développement. Nous y menons des projets sportifs scolaires, de loisir mais aussi de haute compétition », explique ainsi Adil Sarhiri, responsable export de la PME Metalu Plast, premier fabricant français d’équipements sportifs. À Nairobi, l’entreprise a engagé des discussions avec plusieurs fédérations sportives africaines susceptibles de déboucher sur de futurs contrats.

