Après avoir déserté un continent africain jugé trop risqué, les banques françaises pourraient amorcer un retour sur ce marché qui, entre-temps, ne les a pas attendues. Pour ce faire, elles doivent s’appuyer sur des partenaires locaux qui, à l’image de la SA2IF, œuvrent déjà au développement des PME africaines.
« Il y a quinze ans, nous étions une puissance bancaire et financière en Afrique. Tout le monde a vendu » : implacable, le constat est signé Emmanuel Macron, qui s’exprimait en ces termes lors du traditionnel discours du président de la République devant les ambassadeurs, en janvier dernier. Depuis le début des années 2010 en effet, BNP Paribas, puis le Crédit Agricole ou plus récemment la Société Générale ont déserté le continent. Or « ce retrait massif, souvent interprété comme un déclin géopolitique, révèle d’abord un échec économique », analyse dans Les Échos Serge Eric Menye, consultant en intelligence de marché.
« Pendant des décennies », détaille l’expert, « la présence bancaire française en Afrique reposait sur un modèle hérité de l’époque coloniale. Ces banques servaient prioritairement les grandes entreprises françaises pétrole, infrastructures, agriculture exotique, logistique plutôt que les économies locales. Leur modèle était étroit, concentré, peu tourné vers les particuliers, les PME ou les territoires périphériques. Lorsque ces grandes entreprises ont réduit leur présence, les banques ont perdu leur socle ».
Tirer les leçons du passé
Ce retrait stratégique est également dû aux exigences accrues en termes de conformité et à l’entrée en vigueur de règles prudentielles plus strictes, découlant notamment de réglementations européennes qu’Emmanuel Macron n’a pas hésité, dans son adresse aux ambassadeurs, à qualifier d’« idiotes ». Une certaine aversion au risque et une rentabilité perçue comme insuffisante ont achevé de convaincre les grandes banques françaises de céder leurs filiales africaines ou de réduire fortement leurs ambitions sur le continent. Mais la nature a, en Afrique comme ailleurs, horreur du vide.
Sans surprise, l’espace laissé vacant par la « pusillanimité », dixit Emmanuel Macron, des établissements tricolores, a laissé le champ libre à leurs concurrents chinois, turcs ou moyen-orientaux. Enfin, analyse Serge Eric Menye, « les banques françaises ont été dépassées, elles ont sous-estimé la profondeur du marché africain, sa transformation numérique, et surtout son potentiel de bancarisation de masse. Là où leurs concurrentes ont investi dans l’inclusion financière, elles ont conservé un modèle élitiste, urbain, corporatif et même disons-le, colonial ».
« Dès lors », prévient le consultant, « appeler à leur retour sans tirer les leçons du passé serait une énième erreur stratégique ». Une erreur d’autant plus funeste qu’entre temps, le paysage bancaire africain s’est profondément recomposé, avec l’émergence ou le renforcement d’acteurs panafricains, bien implantés localement et mieux à même d’adresser des segments tels que la banque de détail, le financement des petites et moyennes entreprises (PME) locales ou encore les services numériques. Reproduire les réseaux et dynamiques hérités de la Françafrique n’est donc pas une option.
Des préjugés à lever
Fort légitimement, les acteurs africains veulent désormais être traités comme des partenaires à part entière, avec lesquels développer le commerce sur le continent, la banque d’investissement ou encore les grands projets d’infrastructures dont l’Afrique a besoin. Encore faut-il, pour cela, battre en brèche certains préjugés : « les investisseurs américains, européens ou asiatiques connaissent encore mal un continent africain qu’ils associent à des risques largement surévalués » rappelle ainsi Constantin Dabiré, fondateur de la société financière SA2IF.
Une étude menée par Moody’s vient confirmer cette intuition. D’après l’agence de notation, le taux de perte ne serait que de 1,7% en Afrique, contre 13% en Amérique latine et 10% en Europe de l’Est. Les PME africaines, qui représentent six emplois sur dix sur le continent, restent par ailleurs largement sous-financées ; leur financement demeure donc l’un des enjeux majeurs du développement de l’Afrique et pourrait contribuer au succès d’un éventuel retour des banques françaises sur ce marché abandonné à la concurrence depuis trop longtemps.
Logique de partenariat
Pour les banques françaises, réinvestir le continent ne se fera donc pas avec la grammaire du siècle dernier. Reconquérir des parts de marché africaines nécessitera de s’appuyer sur des acteurs locaux, comme la SA2IF, qui sont au fait des réalités économiques du continent. « L’Afrique est un marché autonome, avec ses propres acteurs et ses propres dynamiques », relève ainsi Serge Eric Menye, qui appelle les banques françaises à embrasser « une logique de partenariat ».
L’appui d’acteurs locaux comme la SA2IF est d’autant plus incontournable que ces derniers sont précisément les mieux placés pour accompagner les PME africaines, dont le déficit en financement dépasse, selon la Banque africaine de développement (BAD), les 330 milliards de dollars. Pour faire le lien entre banques françaises et acteurs africains, un Forum spécial était justement coorganisé à Paris du 1er au 3 juillet par le Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique et l’Agence de coopération et de développement.
Présent lors de l’évènement, Constantin Dabiré nous confie justement avoir eu l’opportunité d’échanger avec le directeur général de la BRED, banque partenaire du Forum francophone des affaires (FFA). Une manière, pour le dirigeant africain, de mettre la théorie en pratique et de nouer de nouvelles relations entre les acteurs du marché ouest-africain et les réseaux financiers français. Et, peut-être, de convaincre les banques tricolores de revenir en Afrique pour accompagner le développement des entreprises du continent.

