La décision du président Michael Randrianirina de mettre fin aux fonctions du Premier ministre et de dissoudre l’ensemble du gouvernement marque un tournant majeur dans la recomposition politique de Madagascar. Annoncée le 9 mars 2026, cette mesure s’inscrit dans un contexte de réorganisation profonde de l’appareil d’État, mais soulève surtout des interrogations sur la continuité des réformes économiques engagées et la capacité du pays à honorer ses engagements vis-à-vis de ses partenaires financiers internationaux.
Moins d’un an après son accession au pouvoir, le chef de l’État cherche à insuffler une nouvelle dynamique à la gouvernance du pays. Depuis son installation à la magistrature suprême en octobre 2025, il s’est engagé dans un processus de restructuration des institutions publiques, avec l’objectif affiché de répondre aux attentes d’une population confrontée à un taux de pauvreté supérieur à 75 %, à une croissance économique insuffisante et à un accès encore limité aux services financiers de base.
D’aucuns estiment que la dissolution du gouvernement représente un risque de ralentissement à court terme de la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment celles relatives à la mobilisation des recettes fiscales, à l’assainissement du secteur minier — pilier des exportations malgaches — et à l’amélioration du climat des affaires. Le futur Premier ministre aura la lourde responsabilité de consolider l’action de l’exécutif, de rassurer les investisseurs et de relancer les négociations avec les institutions financières internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, partenaires clés du financement du développement à Madagascar.
Dans un communiqué officiel, le porte-parole de la présidence et directeur de la communication, Harry Laurent Rahajason, a indiqué que le chef de l’État procédera « prochainement » à la nomination d’un nouveau Premier ministre, conformément aux dispositions de la Constitution malgache. L’absence d’un calendrier précis suscite néanmoins des inquiétudes dans les milieux d’affaires, qui appellent à une transition rapide et ordonnée.
Cette évolution intervient alors que la situation institutionnelle du pays est suivie de près par les partenaires régionaux, notamment la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui encourage les autorités malgaches à poursuivre les efforts en faveur de la stabilité politique et du respect du processus démocratique. La stabilité institutionnelle demeure, en effet, un préalable indispensable à l’attractivité des investissements directs étrangers (IDE) et à l’intégration économique régionale de l’île.
Rappelons que Michael Randrianirina est arrivé au pouvoir en octobre 2025, succédant à l’ancien président Andry Rajoelina, dont la réélection pour un troisième mandat lors du scrutin présidentiel de 2023 avait été vivement contestée par une partie de l’opposition et de la société civile, déclenchant plusieurs semaines de manifestations populaires, principalement portées par des mouvements de jeunesse. Cette période d’incertitude politique avait déjà eu des répercussions négatives sur la confiance des investisseurs et les indicateurs macroéconomiques du pays.

