Le succès des Objectifs de développement durable impactera sur le devenir de l’Afrique

Par Akinwumi A. Adesina,
Président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD)



Une grande place sera accordée à l’Afrique lors du prochain Sommet des Nations Unies dont le but est de poser les jalons d’un développement durable. Alors que le monde entier est tourné vers les nouveaux objectifs de développement durable (ODD) et à la veille de l’expiration des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), l’éradication de la pauvreté demeure un défi gigantesque pour le continent. En effet, plus de 400 millions d’Africains – soit près de la moitié de la population africaine– vivent dans l’extrême pauvreté et représentent le tiers de la population la plus pauvre du monde. Le succès ou l’échec du sommet de New York se mesurera donc, en définitive, aux transformations qu’apporteront les Objectifs de développement durable à l’Afrique au cours des années à venir.

Bien que les économies africaines connaissent un taux de croissance annuel de 5 pour cent en moyenne, les inégalités ne cessent de se creuser à travers tout notre continent. Le succès de quelques privilégiés est assombri par le sentiment d’exclusion de la majorité. Des centaines de millions de personnes, pour la plupart les femmes et les jeunes, sont laissées pour compte. La croissance économique n’a guère d’impact dans leurs conditions de vie. Notre défi à tous est de réaliser une croissance inclusive, capable de sortir des millions de personnes de la pauvreté.

 

En ma qualité de Président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), j’entends mettre en œuvre une stratégie décennale favorisant la transformation économique de ce continent, qui sera bâtie sur une croissance inclusive et verte. La croissance solide que nous avons observée à travers le continent depuis le début du millénaire n’a pas de valeur si elle n’est ni partagée, ni durable

Les Objectifs de développement durable qui découleront du sommet de New York reflèteront les priorités de développement de l’Afrique. Ils auront pour objectif la réalisation d’un programme de développement à la fois exhaustif et ambitieux. Notre devoir sera non seulement de le mettre en œuvre, mais également de répondre aux aspirations du continent.

En ma qualité de Président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), j’entends mettre en œuvre une stratégie décennale favorisant la transformation économique de ce continent, qui sera bâtie sur une croissance inclusive et verte. La croissance solide que nous avons observée à travers le continent depuis le début du millénaire n’a pas de valeur si elle n’est ni partagée, ni durable.

Ci-après les cinq piliers de la vision que j’ai exposée devant la Banque lors de ma prestation de serment le 1er septembre dernier.

Premièrement, nous devons éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie.

Moteur des économies, l’énergie est nécessaire à la création de sociétés prospères. Nous devons agir davantage pour alimenter l’Afrique en courant électrique. Dotée de ressources suffisantes en énergies conventionnelles et renouvelables, l’Afrique ne peut plus se permettre de se distinguer, non pour l’éclairage de ses villes et villages, mais pour leur obscurité. Faute de courant électrique, des usines ne tournent pas. L’absence d’énergie a entravé l’industrialisation de l’Afrique. Des centaines de milliers de personnes, principalement les femmes et les enfants, meurent chaque année des émanations de fumée simplement en cuisinant pour leurs familles. Le potentiel énergétique se perd dans nos rues alors que les petites entreprises et les salariés africains affectent la majeure partie de leurs revenus durement gagnés à des dépenses énergétiques.

Deuxièmement, nous devons intégrer l’Afrique.

Nous aspirons à assurer une croissance et un développement plus équitables et de meilleure qualité, afin que tous les Africains puissent améliorer leurs conditions de vie. La Banque encouragera l’intégration régionale en promouvant la connexion des infrastructures régionales, des marchés régionaux de l’énergie, des liaisons ferroviaires et des routes transnationales pour relier les activités économiques de différents pays. Nous devons nous atteler, avec les pays membres régionaux, à l’amélioration de politiques et de réglementations permettant d’étendre les marchés financiers régionaux. Ces actions élargiront la taille des marchés régionaux africains et abaisseront les coûts des mouvements des biens, des services et des personnes, donnant ainsi un formidable coup de fouet aux échanges intra-africains et mondiaux, et réduisant simultanément les inégalités entre les régions et les pays.

Troisièmement, nous devons nourrir l’Afrique.

Il est inconcevable qu’un continent doté d’abondantes terres cultivables, d’eau, de ressources agro-écologiques riches et diversifiées et ensoleillé soit une région importatrice de denrées alimentaires. Nous devons changer la perception de l’opinion concernant l’agriculture, afin que celle-ci soit perçue comme une activité lucrative à la fois viable et créatrice de richesse. En développant les zones agro-industrielles, l’Afrique pourra passer du stade de simple exportateur de produits de base à celui de fabricant de produits à valeur ajoutée. L’Afrique accroitra ses capacités dans l’exportation du cacao transformé et non dans celle des fèves de cacao, du café transformé et non dans celle des grains de café, du textile et non dans celle du coton. Les pays africains remonteront ainsi la chaîne de valeur de la richesse, diversifieront leurs économies, augmenteront leurs recettes en devises et réduiront les factures de l’importation alimentaire, stimulant par la même leur stabilité fiscale et macroéconomique.

Quatrièmement, nous devons industrialiser l’Afrique.

Nous devons faciliter l’essor du secteur privé africain comme moyen de création de richesses. En développant des marchés financiers et en misant sur les marchés de capitaux privés, les entreprises africaines pourront accéder aux financements à long terme, indispensables aux investissements en machines, équipements et fonds de roulement dont elles ont besoin. En libérant le potentiel des petites, moyennes et grandes entreprises, l’Afrique se mettra sur la voie d’une croissance industrielle et d’un développement économique accélérés. Les impôts versés par ces entreprises accroîtront la mobilisation de ressources intérieures en vue d’appuyer le développement national et régional à partir de l’Afrique même.

Cinquièmement, nous devons améliorer la qualité de vie des Africains.

Le continent doit valoriser les compétences de ses populations pour transformer son « dividende démographique » en « dividendes économiques ». L’Afrique est le continent le plus jeune du monde, la tranche d’âge de 15 à 24 ans représentant environ 60 % de sa population. Cependant, on estime que plus de la moitié de ces jeunes sont sans emplois, sous-employés et inactifs. Ceci est un rappel brutal. L’Afrique est en train de compromettre sa croissance future en n’investissant pas suffisamment dans l’éducation de ses jeunes et dans la création d’emplois de qualité. Nous devons investir dans la jeunesse africaine pour renforcer leurs compétences, encourager l’entreprenariat, et leur permettre d’accéder aux ressources financières pour libérer leur créativité et le dynamisme de leurs entreprises. Nous lancerons des programmes et des solutions financières innovants en vue d’accélérer la création d’emplois et de stimuler la prospérité économique que la démographie, le plus gros atout de l’Afrique, est susceptible de lui apporter.

Telles sont mes Cinq Grandes Priorités. Elles sont réalisables et fondamentales pour l’Afrique. Et l’Afrique elle-même est fondamentale pour le succès des ODD car c’est sur ce continent qu’ils seront mis à l’épreuve.

Share Button