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Le président Ali Bongo à l’offensive.

Si Karl Marx vivait, il aurait dit que le “football est l’opium des peuples”.  Cette coupe d’Afrique qui vient de se tenir au Gabon a tenu toutes ses promesses sur le plan infrastructurel et organisationnel. En dépit d’une conjoncture difficile, l’émirat pétrolier d’Afrique Centrale (au PIB par tête d’habitant de 8500 dollars)   a pu réunir les conditions nécessaires à la tenue de cette rencontre panafricaine qui sera suivie d’un dialogue national inclusif réunissant les 58 partis politiques reconnus.

Dans la foulée, le patron du groupe Total, Patrick Pouyanné, reçu au Palais du Bord de Mer, dimanche 5 février, le jour même de la finale de la CAN (rempotée par le Cameroun par 2 buts à 1 contre l’Egypte dans un scénario captivant décidé par les dieux capricieux des stades) , a réitéré l’engagement de son groupe de  rester au Gabon. Sponsor de l’événement, Total se démarque ainsi de Shell qui solde ses participations après 56 ans de présence dans un vaste mouvement de restructuration qui concerne tous ses actifs jugés non rentables de par le monde. Engagé dans un plan Emergent à l’horizon 2025, le Gabon entend exiger la transformation partielle des matières premières au niveau local. D’où la pression des multinationales européennes et américaines  en général face à ces orientations politiques  opérées en même temps que l’arrivée de puissants  concurrents asiatiques et marocains. 

Du point de vue financier, l’investissement global pour l’organisation des deux éditions, la CAN 2012 (co-organisée avec la Guinée Equatoriale) et la CAN 2017 , est évaluée à 863 milliards de FCFA, soit 1,3 milliard d’euros. Reste désormais aux autorités à évaluer les rendements quantifiables et non quantifiables qui vont des retombées promotionnelles pour le pays, aux emplois créés,  aux cash flows futurs drainés par les infrastructures nouvelles (à commencer par l’organisation de la CAN des moins de 17 ans en mai 2017)  et à l’effet d’entrainement général que la réussite du challenge créerait sur le corps social.  Sur les deux éditions, 1 572 km de routes bitumées sont venues s’ajouter à un réseau routier modeste. Le réseau  4G s’est étendu grâce au déploiement de 600 km de fibres optiques. 

Bref, si la réussite de l’événement ne soufre d’aucune contestation, il va sans dire que le spectacle des stades aux trois quarts  vides, commun à toutes les éditions, a été commenté et amplifié par une  situation politique tendue. L’opposition qui refuse de reconnaître la réélection du président Ali Bongo (conforté désormais qu’elle est par le Parlement Européen dans un rapport remettant en doute les élections présidentielles)  a, par quelques uns de ses lieutenants attitrés sur les réseaux sociaux, revendiqué un exploit, s’attribuant le mérite d’une consigne de boycott réussie.

Sur le plan purement sportif, la  prometteuse équipe nationale du Gabon n’a pas pu, quant à elle,  surpasser la pression maximale des enjeux politiques. L’histoire aurait pu sans doute être différente, si ce n’était un arrêt réflexe du gardien camerounais dans un match  explosif.  Le sort de ce tournois s’est écrasé sur un poteau fatidique dans les arrêts du jeu de ce Gabon-Cameroun qui, en fait, devait désigner le vainqueur final.  Mais pas plus que lors de la victoire d’une Argentine survoltée, emmenée par Mario Kempés en 1978, contre la prodigieuse Hollande,  il  n’ y a aucune victoire sur les stades qui se transforme en dividendes politiques. Le footballeur international tchécoslovaque Antonin Panenka n’a pas, en dépit  de la beauté de son geste, lors de la finale de la Coupe d’Europe des Nations de 1976, ravalé le gouffre économique séparant l’Allemagne de l’Ouest de son pays qui devait, quinze ans plus tard, être dépecé en plusieurs entités.

L’illusion d’un bonheur collectif vécu par des argentins lors de cette coupe du monde 78  n’avait pas empêché l’accélération de l’histoire et les mutations politiques, sociales et économiques qui ont imposé un ordre nouveau. Le Cameroun, qui vient de remporter son cinquième trophée, célèbre la nation retrouvée dans une communion collective que seul le sport roi peut prodiguer.  Passé cette euphorie, la réalité politique et économique reprend le dessus avec ses exigences de vérité et d’action.


Albert Savana

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