Les organisateurs et les sponsors face à la presse lors de la clôture de l’événement.

Au terme de deux jours intenses d’échanges, le Champion &SME Africa Forum , tenu les 17 et 18 novembre 2016 sur les bords de la lagune Ebrié, s’est terminé sur des engagements forts. Les chiffres dévoilés lors de la conférence de presse clôturant l’événement sont éloquents. « Nous avons recensé 480 personnes sur sélection venant de 32 pays, 200 entreprises, 300 dirigeants des PME, 60 institutions intervenant dans l’environnement des entreprises et 60 experts de différents domaines »,détaille Didier Acouetey, commissaire général du Forum.  
À ces chiffres, s’ajoute l’inscription record des start-up. Elles ont été 70 à participer au concours « 10 minutes pour convaincre » qui a vu défiler dans l’après midi du 17 novembre, des porteurs de projets qui ont, tous en général, charmé le jury par leur jeunesse (entendez jeunesse des idées) et leur capacité à apporter des solutions concrètes et compétitives aux problèmes quotidiens (déchets, électricité, eau, procédures administratives, facturation).
 Hormis la difficulté quasi-structurelle à accéder aux guichets bancaires, ces petites entreprises ont un point commun: l’Internet et la téléphonie mobile comme support d’activité à travers des modèles économiques souples et peu budgétivores. 
Ces idées nouvelles mises en œuvre par des start up sous-capitalisées et dont certaines n’ont pas encore un an portent en elles le futur de l’Afrique. Pourvu que les pouvoirs publics, les partenaires multilatéraux et les privés, définissent un écosystème intelligent et souple permettant de raccorder la TPE de moins de 100 millions de FCFA de chiffre d’affaires à la PME de 500 millions de dollars et celle-ci à la multinationale. 

Les besoins de la fourmilière de start-up et de PME se chiffrent en millions de dollars. « Mais s’il faut, déplorait Vera Songwe, directrice régionale de l’IFC, lors de l’ouverture du forum, passer 4 mois à faire le raccordement à l’électricité et 6 mois à dédouaner son matériel au port et, d’un autre côté, faire face aux redressements fiscaux tous les quatre mois, il ne sera pas facile de développer la PME ».
Aussi, avant tout, à l’instar de l’ivoirienne Axxiom, vainqueur du concours des start-up, grâce à une solution innovante de gestion des déchets et de régénération des bassins sédimentaires (nous y reviendrons), l’essaim des petites entreprises a besoin d’ un accompagnement administratif, technique et financier ainsi que d’une réforme des marchés publics lui permettant l’accès à la commande publique. 

Cette recommendation forte du ministre ivoirien des PME, Jean-Louis Billon,  a fait l’objet d’applaudissements nourris lors du premier jour du forum. Des dirigeants de grandes PME comme Fabrice Savagnon de l’agence Vodoo ont insisté sur un traitement particulier en faveur des acteurs locaux. « Mais nous ne voulons pas de préférence sans compétence », nuance le communicant.

 Rappelons que la Côte d’Ivoire est entrain de boucler une loi sur le contenu local devant accorder au moins 25% de la commande des multinationales aux entreprises locales. La Guinée en fait de même imitant la Tanzanie et le Kenya. De nombreux pays du continent ont entrepris la réforme des marchés  visant à accorder une part non compressible de la commande publique  aux PME en s’inspirant de la loi américaine du small business act. Autant d’initiatives n’auront de sens que combinées a un processus de mise à niveau des entreprises africaines.

La structuration est donc une étape nécessaire dans le processus d’évolution de ces entreprises qui ont des besoins différents en fonction de leurs tailles et de leurs secteurs d’activités. D’où d’ailleurs , explique Jean Luc Konan, PDG de Cofina, « la pertinence de faire coexister toute la chaîne de financement, de la nanofinance, à la banque en passant par la microfinance et la mesofinance ».
 Sans un encadrement découlant d’une volonté forte des pouvoirs publics, ces PME innovantes ne pourront pas franchir l’étape « coûteuse » de la « formalisation » comme le rappelle le responsable des produits et des financements structurés à AGF. 

C’est dire que les pouvoirs publics doivent, plus que jamais,  accélérer les réformes pour intégrer l’auto-emploi dans leurs stratégies. »Sur les 150 millions de jeunes qui accéderont à l’emploi en 2050, environ 60% le feront par auto-emploi », estime M. Konan. 
S’il fallait donner un seul conseil aux jeunes porteurs d’entreprises, il pourrait se résumer dans la formule employée par Alioune Gueye, directeur d’Afrique Challenge et éditeur d’African Business Journal: « l’activité économique est passée d’une logique de pipeline à une logique de plateforme ». 
La capacité de jeunes auto-entrepreneurs à créer ou intégrer des réseaux sera déterminante dans le succès des Affaires.Didier Acouetey l’illustre bien à travers la réussite de cet événement qui a atteint tous ses objectifs majeurs en trois éditions. « Ce forum réunit des acteurs qui partagent la même vision d’une Afrique nouvelle et dynamique », a-t-il lancé. Après le Sénègal, le Kenya et la Côte d’Ivoire , ce sera sans doute le tour de l’Afrique Centrale d’abriter la manifestation. Réponse dans les prochaines semaines.

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