La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a donné, ce mardi 29 septembre 2026, le coup d’envoi officiel de la 2ᵉ édition du Forum d’investissement de la CEDEAO (EIF 2027). Le rendez-vous est prévu les 7 et 8 avril 2027 au Palais des Congrès de Lomé, autour du thème « Résilience et transformation : naviguer dans un contexte mondial incertain et libérer une croissance inclusive en Afrique de l’Ouest ».
C’est le président du conseil des gouverneurs de la Banque, Ismaël Nabé, ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement de la République de Guinée, qui a solennellement déclaré le Forum lancé, après avoir posé l’ambition de l’édition : « L’EIF 2027 ne sera pas simplement un forum de plus. Il sera un espace où la vision rencontre le capital, où les projets rencontrent les investisseurs, et où les ambitions rencontrent l’exécution. Précisément ce dont notre région a besoin aujourd’hui. »
« La réponse ne peut pas être dans l’attentisme »
Au cours d’une cérémonie organisée à Lomé, le président du conseil des gouverneurs a d’abord remercié « les autorités togolaises pour leur accueil », avant de planter le diagnostic qui fonde le thème de l’édition 2027 : « Nous vivons une période de profondes transformations. Les tensions géopolitiques se multiplient, les chaînes de valeur mondiales se recomposent, les conditions financières internationales restent exigeantes. Le changement climatique exerce une pression croissante sur nos économies. Et notre jeunesse nous rappelle chaque jour que nous n’avons plus le luxe de repousser les questions difficiles. »
Sa réponse tient en une phrase, qu’il veut débarrassée de toute ambiguïté : « Face à cette réalité, notre réponse ne peut pas être dans l’attentisme. Elle doit être la résilience. Mais attention, la résilience que nous défendons n’est pas seulement l’immobilisme ou la capacité à absorber les chocs. La véritable résilience, pour nous, c’est la capacité à continuer d’investir, de produire, d’innover, de transformer et de créer des emplois malgré l’incertitude des chocs. » C’est, dit-il, « précisément l’ambition de l’EIF 2027 ».
Un « marché de projets, de capitaux, d’idées et de partenariats »
Ismaël Nabé a avancé des chiffres pour l’édition d’avril 2027 : « Plus de 1 000 participants, 200 acteurs du développement et dirigeants issus de 15 pays, autour d’un portefeuille de 40 projets et programmes, avec des masterclass, des rencontres de haut niveau et des deal rooms dédiées. » Mais l’essentiel, prévient-il, n’est pas dans le volume : « Il s’agit de faire de ce forum un marché de projets, de capitaux, d’idées et de partenariats ».
Selon le ministre guinéen, l’objectif affiché est clair : « présenter des projets suffisamment préparés pour rencontrer le capital », « créer les conditions permettant aux investisseurs de prendre des décisions » et faire en sorte « que les conversations engagées puissent se transformer en mandats », en financements, en partenariats, « mais surtout en investissements ».
Un forum « pour l’action », pas pour les discours
Avant le président du conseil des gouverneurs, le président de la BIDC et de son conseil d’administration, Dr George Agyekum Donkor, avait planté le décor en rappelant ce qui distingue le Forum d’investissement de la CEDEAO d’un simple colloque : « un événement connu pour son discours intellectuel, politique et pratique, et pour l’action ». Il a rappelé que la première édition, tenue en 2024 à Lomé, avait réuni « plus de 700 participants et plus de 30 orateurs de renom issus de plus de 20 pays », et s’était conclue par « la signature de trois protocoles d’accord totalisant 439 millions de dollars américains de financement de projets en Guinée, au Nigeria et au Sénégal ».
« Ces projets, et d’autres, sont en cours de financement pendant que nous parlons », a-t-il assuré.
Pour le Ghanéen, le Forum n’est donc pas un lieu de parole. « L’EIF est conçu comme un forum pour l’action, et nous nous réjouissons de l’occasion d’apporter des solutions de financement et des services de conseil aux portes de nos chers clients, partenaires et États membres », a déclaré Dr Donkor, qui fixe l’objectif de l’édition 2027 : « réunir les promoteurs de projets et les financiers pour une prospérité partagée ».
Un thème « opportun et approprié »
Le président de la BIDC a justifié explicitement le choix du thème de l’édition 2027. Il est, a-t-il indiqué, « opportun et approprié, étant donné qu’il se concentre sur les solutions plutôt que d’identifier simplement les défis ». Et d’ajouter : « Les chocs mondiaux, régionaux et spécifiques aux pays qui ne cessent de se produire appellent les gouvernements et les partenaires au développement à rechercher collectivement des voies pour renforcer la résilience et s’engager dans une transformation structurelle dans les pays de la sous-région. Cela garantira le développement d’une Afrique de l’Ouest plus forte, plus compétitive et prête pour l’avenir. »
Les chiffres témoignent pourtant d’une embellie. En 2025, la sous-région a enregistré une croissance du PIB de 4,8 %, contre 4,7 % en 2024 ; l’inflation moyenne est revenue à environ 16,8 % ; le déficit budgétaire s’est réduit à 2,6 % du PIB, contre 3,7 % un an plus tôt ; la dette publique a poursuivi sa baisse, à 49,3 % du PIB ; et le compte courant est resté excédentaire, à 1,8 % du PIB.
« Tous les indicateurs macroéconomiques pointaient dans la bonne direction en 2025, jetant les bases d’une consolidation en 2026 », a reconnu Dr Donkor, avant de constater que la guerre au Moyen-Orient a « remodelé les perspectives de la sous-région », entre prix élevés de l’énergie et des engrais et « amincissement rapide des réserves ».
Le Forum 2027, a-t-il précisé, « décortiquera les courants socio-économiques sous-jacents qui assaillent notre sous-région, y compris les facteurs internes et externes, ainsi que les questions que les Ouest-Africains contrôlent et celles qu’ils ne contrôlent pas, et y apportera des solutions pratiques ».
L’incertitude comme une opportunité
Représentant le ministre des Finances et du Budget du Togo, la directrice de cabinet Akou Mawussé Adetou-Afidenyigba a livré un diagnostic convergent. « La présente rencontre se tient dans un contexte qui nous impose d’analyser avec lucidité les défis de notre histoire collective » : tensions géopolitiques, fragmentations économiques, chocs climatiques et bouleversements technologiques « accentuant ainsi leur vulnérabilité face à l’endettement et l’évolution des dynamiques commerciales ». Mais, a-t-elle insisté, « l’histoire nous enseigne que les périodes d’incertitude sont aussi sources d’opportunités de transformation ».
« Nous nous réunissons aujourd’hui pour discuter non seulement des défis mais aussi et surtout trouver des approches de solutions à élaborer pour réagir aux changements mais également pour mener un changement efficace », a-t-elle poursuivi, rappelant que le Forum « sert à cet effet de plateforme pour mobiliser des partenariats, attirer des investissements stratégiques et promouvoir une vision commune d’une Afrique de l’Ouest prospère, résiliente et inclusive ».
À noter que l’édition 2027 du Forum d’investissement de la CEDEAO prévoit le lancement d’un document-cadre pour la création d’un « Fonds de résilience de l’Afrique de l’Ouest », lequel pourrait inclure « des obligations souveraines liées aux catastrophes, des obligations à impact destinées à la diaspora et un fonds dédié à la gestion des crises ».
Il est attendu, par ailleurs, des engagements d’investissement de la part de multiples acteurs afin de renforcer les cadres et initiatives existants, tels que le Pool énergétique de l’Afrique de l’Ouest, destiné à développer et à interconnecter les infrastructures énergétiques ; le Fonds régional de l’agriculture et de l’alimentation de la CEDEAO (FRAA), ainsi que les zones transfrontalières de transformation agricole et les initiatives de transformation des ressources extractives ; et le Système de paiements et de règlement de la CEDEAO, destiné à faciliter le commerce intra-ouest-africain.
Rendez-vous donc les 7 et 8 avril 2027 à Lomé.

