À l’occasion de la 7e édition de l’initiative « Mois d’octobre, mois du consommer local » dans l’UEMOA, le Professeur Filiga Michel Sawadogo, Commissaire chargé du Département du Marché régional et de la Coopération de la Commission de l’UEMOA, revient sur les enjeux de souveraineté économique, d’intégration régionale et de compétitivité des entreprises. Alors que les échanges entre les huit États membres ne représentent encore que 13,1 % du commerce de marchandises de l’Union, il défend une stratégie visant à renforcer les chaînes de valeur locales et à préparer les entreprises au marché continental de la ZLECAf.
La 7e édition du « Mois d’octobre, mois du consommer local » est placée sous le thème « Consommer local, facteur d’intégration régionale et de souveraineté économique de l’UEMOA face aux mutations du commerce mondial ». Pourquoi ce choix ?
Le thème répond d’abord aux profondes mutations du commerce mondial et aux vulnérabilités mises en évidence par les crises récentes. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la hausse du coût des intrants et la multiplication des barrières tarifaires et non tarifaires rappellent la nécessité, pour l’Union, de renforcer ses capacités de production et de transformation.
Dans cette perspective, la souveraineté économique ne signifie pas un repli sur soi. Elle consiste à préserver des marges de décision, à mieux amortir les chocs extérieurs, à valoriser davantage les matières premières produites dans l’Union et à réduire les dépendances susceptibles d’affecter les besoins essentiels.
L’intégration régionale constitue un levier central. Entre 2022 et 2024, les échanges entre les huit États membres de l’UEMOA n’ont représenté en moyenne que 13,1 % du commerce de marchandises de l’Union. Ce niveau reste faible, mais il traduit aussi un potentiel important de progression.
Le Consommer local doit précisément permettre de créer davantage de débouchés pour les producteurs, de soutenir la transformation locale, d’améliorer la compétitivité des entreprises et de stimuler les échanges entre États membres.

Quels seront les principaux temps forts de cette 7e édition, au niveau régional comme dans les États membres ?
Au niveau régional, trois grands rendez-vous sont prévus à Ouagadougou, au siège de la Commission de l’UEMOA.
Le lancement officiel interviendra le 1er octobre, sous la présidence du Président de la Commission, Abdoulaye Diop. Le ministre burkinabè chargé de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat ainsi que la Chambre Consulaire Régionale doivent également y prendre part.
Une conférence publique est prévue le 2 octobre autour du thème central, mais aussi des chaînes de valeur, de la qualité, de la normalisation, du commerce électronique et du marché commun.
Enfin, une exposition-vente réunira, du 1er au 4 octobre, des exposants issus des huit États membres.
Dans les pays membres, les programmes comprendront notamment des lancements officiels, des expositions-ventes, des conférences, des formations, des visites d’entreprises et des rencontres d’affaires.
L’initiative a été instituée en 2019. Une étude d’évaluation est actuellement en cours. Quels premiers enseignements pouvez-vous déjà en tirer ?
L’étude a démarré en juin 2026 et porte sur les cinq premières éditions, de 2020 à 2024. Il est encore trop tôt pour présenter des conclusions définitives ou des résultats chiffrés.
Les premiers retours montrent toutefois que l’initiative est largement jugée pertinente et cohérente avec les politiques nationales et communautaires. Les exposants mettent notamment en avant la création de partenariats entre entreprises, les démarches de mise aux normes et l’élargissement de l’offre locale.
Des améliorations sont également demandées, notamment sur les critères de sélection des exposants, la place accordée à la qualité et à l’innovation, ainsi que sur la nécessité de mettre en place un dispositif plus solide de suivi-évaluation.
L’étude devra surtout permettre de mesurer l’impact réel du Consommer local sur les ventes, la compétitivité des entreprises et les échanges entre les États de l’Union.
Avec le déploiement progressif de la ZLECAf, quelles perspectives voyez-vous pour les produits « Made in UEMOA » ?
La ZLECAf ouvre aux entreprises de l’Union un marché de plus de 1,3 milliard de consommateurs, mais elle les expose également à une concurrence accrue avec les produits venant des autres pays africains.
Le Consommer local doit donc être considéré comme une étape de préparation : permettre aux entreprises de conquérir d’abord leur marché national, puis celui de l’UEMOA, avant d’aborder le marché continental.
Cela suppose d’agir sur la qualité, les normes, la disponibilité des produits, les coûts, les prix, le conditionnement, les emballages et la présentation.
La Stratégie régionale ZLECAf de l’UEMOA, adoptée en mars 2026, poursuit cet objectif de renforcement de la compétitivité. Avec la Banque africaine de développement, la Commission a engagé dans ce cadre un projet de 1,748 milliard de FCFA pour la période 2026-2028.
Les produits locaux sont encore parfois jugés trop chers, moins bien finis ou difficiles à trouver dans les pays voisins. Ce constat est-il fondé ?
Il l’est parfois. C’est précisément pourquoi la Commission et les États travaillent au développement de la production, à l’amélioration de la qualité, au respect des normes, à la certification, au conditionnement, au commerce électronique et à une meilleure maîtrise des prix.
Il reste également des obstacles à la libre circulation des produits originaires de l’Union. Or, en vertu du Traité de l’UEMOA, un produit originaire d’un État membre doit pouvoir circuler dans les sept autres sans droits de douane ni tracasseries.
La plateforme d’alerte sur les entraves à la libre circulation doit notamment contribuer à identifier et à combattre ces obstacles non tarifaires.
Un mois consacré au Consommer local est-il suffisant pour modifier durablement les habitudes de consommation ?
Un mois ne suffit évidemment pas à produire tous les effets attendus. Octobre est avant tout un moment de forte visibilité autour du Consommer local.
Le travail doit se poursuivre toute l’année, aussi bien au niveau des États que de la Commission. Celle-ci accompagne notamment les filières prioritaires retenues dans son Plan stratégique Impact 2030, en particulier le coton-textile, le riz et l’engrais-phosphate.
Les États membres doivent de leur côté continuer à soutenir la production et la transformation, améliorer la maîtrise des prix et accorder davantage de place aux produits locaux, y compris artisanaux, dans la commande publique.
Les entreprises doivent investir dans la qualité et la diversification, tandis que les consommateurs sont invités à accorder davantage de confiance aux produits issus de l’Union.
Quel message souhaitez-vous adresser aux populations de l’UEMOA à l’occasion de cette nouvelle édition ?
Notre ambition est que nos produits trouvent d’abord leur place chez nous avant de conquérir le continent. Chaque produit de l’Union acheté contribue à faire vivre un producteur, une entreprise et des emplois.
Consommons local, consommons UEMOA !
Source Emission « L’INVITE DE L’INTEGRATION » réalisée par l’UEMOA.

