L’économie comorienne a affiché en 2025 sa meilleure performance depuis la crise du Covid-19. La croissance du PIB réel est estimée à 3,8 %, contre 3,3 % en 2024, tandis que l’inflation moyenne annuelle est retombée à 3,3 %, après 5,1 % un an plus tôt. Dans son Rapport annuel 2025, publié le 28 août 2026, la Banque centrale des Comores (BCC) décrit une économie mieux orientée, soutenue par la construction, l’amélioration de l’approvisionnement en électricité et les transferts de la diaspora.
La baisse des prix de l’énergie et des produits alimentaires a contribué au recul de l’inflation. Dans ce contexte, la BCC a maintenu son taux directeur à 3 %, dans le cadre d’une politique monétaire qualifiée de « prudente » par l’institution et de « restrictive » par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD). Elle a toutefois réduit le coefficient de réserves obligatoires de 12,5 % à 10 % au quatrième trimestre, tout en ajustant ses instruments de gestion de la liquidité.
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, 2025 marque surtout une étape de transformation pour l’institution. Les nouveaux statuts de la BCC, adoptés par la loi bancaire de 2024, renforcent son indépendance et réorganisent sa gouvernance. La Banque centrale voit également ses responsabilités élargies en matière de stabilité financière et de supervision du secteur des assurances.
La modernisation des paiements figure parmi les principaux chantiers engagés. KomorPay (système de paiement mobile de l’Archipel), Komor Switch (plateforme d’interconnexion entre banques et établissements financiers) et le réseau d’agents bancaires « Mali Ya Wakazi » (« l’argent des citoyens », en comorien) doivent faciliter les transactions, réduire la place du cash et étendre les services financiers au-delà des réseaux bancaires traditionnels.
Cette dynamique accompagne la première Stratégie nationale d’inclusion financière 2025-2030, adoptée en octobre 2025. Les autorités visent un taux d’inclusion financière de 75 % et un taux de bancarisation élargie de 70 % à l’horizon 2030, notamment grâce au développement du mobile money, en partant d’un taux de bancarisation élargie de 39 % en 2024.
Le financement des entreprises a également progressé avec le lancement officiel du crédit-bail et l’inauguration de la Société de Garantie des Comores (SOGAK), le 13 mai 2025. À fin décembre, cette dernière avait contribué à mobiliser 206 millions de francs comoriens de financements bancaires à travers 94 dossiers. Les entreprises formelles et le commerce ont concentré une grande partie de ces financements, avec une quotité garantie pouvant atteindre 70 % du prêt.
Le secteur bancaire affiche une progression sensible. Son bilan consolidé a atteint 262,3 milliards de francs comoriens à fin 2025, en hausse de 14 % sur un an. Les crédits bruts ont augmenté de 8 %, à 145,8 milliards de francs, tandis que les dépôts de la clientèle ont progressé de 13,5 %, pour atteindre environ 221 milliards.
La qualité des portefeuilles s’est améliorée, avec une baisse de 26 % des créances en souffrance, passées de 18,3 milliards de francs en 2024 à 13,4 milliards en 2025. Le taux de NPL (créances douteuses) est revenu d’environ 14 % à 9 %, niveau le plus bas depuis plusieurs années — un chiffre à recouper avec celui du rapport de la Banque mondiale qui, dans son Comoros Economic Update de juin 2025, indique une fourchette légèrement différente (de 13,4 % à 9,2 %). La BCC appelle toutefois à la prudence : cette amélioration résulte aussi d’opérations ponctuelles de nettoyage et de reclassement.
Le prochain défi sera donc de transformer cette amélioration financière en soutien plus direct à l’économie productive. La relance du crédit, la résolution des difficultés de certaines banques — le système compte cinq banques commerciales et quatre institutions financières — et la modernisation du système de paiement resteront au centre des priorités en 2026.

