Le fonds panafricain Ventures Platform II a obtenu un engagement pouvant aller jusqu’à 8 millions de dollars de la part de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), a annoncé l’institution ce mercredi 26 août 2026. Cet engagement constitue la première participation de la BERD dans un fonds de capital-risque intervenant en Afrique subsaharienne.
Un fonds bâti pour épauler les startups du continent
Fondé en 2016 à Lagos par Kola Aina, Ventures Platform se positionne comme un fonds spécialisé dans les tours de table très précoces — du stade « discovery » (seed) jusqu’à la série A. La société revendique déjà avoir soutenu plus de 90 startups panafricaines, dont plusieurs ont atteint le statut de « licorne » ou de scale-up reconnu, à l’image de Paystack, Moniepoint, MDaSS et OmniRetail.
Le Fonds II, dont la première clôture a été annoncée à 64 millions de dollars et la clôture finale à 84 millions de dollars, dépasse la cible initiale. Cette trajectoire tranche avec le repli observé sur le marché africain du capital-risque en 2024-2025, où les levées globales ont reculé.
Le programme Ventures Platform cible des secteurs considérés comme structurants : fintech, e-commerce, technologies logistiques, ainsi que des segments adjacents (santé, agriculture, éducation, IA), avec une thèse d’investissement centrée sur les services aux populations historiquement mal desservies.
La BERD, nouvel entrant côté investisseurs institutionnels
Dirk Werner, directeur général de la branche « Equity » de la BERD, supervise la transaction. Le choix de Ventures Platform II s’inscrit dans le mandat « Early-Stage Innovation Facility II » (ESIF II) — une facilité dotée de 200 millions d’euros via laquelle la BERD prend des participations dans des fonds early-stage intervenant dans ses géographies cibles. Parmi les autres Limited Partners engagés figurent notamment Norfund (6 millions de dollars), aux côtés de retour de LPs historiques.
Kola Aina, associé fondateur de Ventures Platform, a qualifié l’engagement de la BERD comme une marque de confiance institutionnelle dans la capacité du fonds à accompagner des entreprises pérennes sur des marchés à fort potentiel.
Le premier investissement public du Fonds II est intervenu en juillet 2026, avec un co-leadership d’un tour de table de 3 millions de dollars dans la société nigériane Cybervergent, spécialisée en cybersécurité. Ce déploiement illustre l’orientation sectorielle du fonds et la fenêtre d’intervention en seed-stage qu’il entend occuper.
Défis structurels et enjeux continentaux
Pour Dirk Werner, le déficit d’investissement en capital-risque panafricain reste un obstacle structurel. Plusieurs études, dont celles citées par la BERD, documentent une mobilisation insuffisante des capitaux institutionnels, comparée à la vitalité entrepreneuriale observée. Le programme ESIF II est conçu pour combler progressivement cet écart, en s’appuyant sur des gestionnaires locaux opérant à grande échelle.
L’enjeu dépasse la seule injection de capital : la BERD considère que les fonds panafricains actifs en seed-stage jouent un rôle de premier plan dans la structuration économique du continent, en irriguant en amont un tissu entrepreneurial encore peu couvert par les acteurs traditionnels.

