La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) multiplie les gestes d’ouverture face à un appétit bancaire qui ne se dément pas. En l’espace de deux semaines, l’institut d’émission a mis en jeu 1.300 milliards de FCFA (2,3 milliards USD) sur le marché monétaire à travers deux adjudications principales. D’abord 600 milliards de FCFA (environ 1,06 milliard USD) le 11 août 2026, puis 700 milliards de FCFA (encore 1,24 milliard USD) le 18 août, pour une échéance fixée au 27 août. Le taux d’intérêt plancher reste inchangé à 4,50% sur les deux opérations.
Ce rythme d’injection s’inscrit dans une trajectoire haussière ininterrompue depuis la décision du Comité de politique monétaire (CPM) d’abaisser ses taux directeurs, entrée en vigueur le 29 juin 2026. Les demandes des banques commerciales sont passées de 400 milliards de FCFA (environ 710 millions USD) le 23 juin 2026 à 444,5 milliards de FCFA (près de 790 millions USD) le 30 juin, puis 497 milliards de FCFA (environ 883 millions USD) le 7 juillet, 535,5 milliards de FCFA (environ 952 millions USD) le 14 juillet, avant de bondir à 680 milliards de FCFA (environ 1,2 milliard USD) le 22 juillet. L’adjudication du 11 août 2026 confirme cette tendance. En effet, les banques ont soumissionné pour 746,1 milliards de FCFA (environ 1,3 milliard USD) contre 600 milliards de FCFA (environ 1,07 milliard USD) proposés, portant le taux de couverture à 124,35%, avec quatorze participants actifs sur trente offres déposées.
Ce succès a un coût pour les établissements de crédit. Le taux moyen pondéré appliqué s’est élevé à 4,91%, près d’un demi-point au-dessus du taux plancher de 4,50% fixé par la banque centrale, signe que les banques acceptent de payer plus cher pour sécuriser les volumes dont elles ont besoin.
En relevant son offre de 100 milliards de FCFA (près de 178 millions USD) entre les deux opérations d’août, soit une hausse de 16,7%, la BEAC ajuste son pilotage de la liquidité au plus près de la demande réelle. Le calcul reste favorable aux banques avec un taux du marché interbancaire qui s’établissait à 6,36% le 11 août, contre 4,50% pour le taux directeur de la banque centrale. Soit un un écart de près de deux points qui pousse logiquement les établissements à privilégier le guichet de la BEAC plutôt que les emprunts entre confrères.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de déficit structurel de liquidité propre au système bancaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), où les opérations principales de refinancement constituent, depuis plusieurs années, l’outil dominant devant les facilités permanentes. La BEAC choisit pour l’instant d’agir sur les volumes plutôt que sur le prix de la liquidité, maintenant son taux directeur inchangé malgré la pression croissante de la demande.
La date limite de soumission pour la dernière opération en date est fixée à ce mercredi 19 août 2026. Les résultats permettront de mesurer si ce cumul de 1.300 milliards de FCFA injectés en quinze jours suffit à apaiser les tensions de trésorerie observées depuis le début du mois, ou si la demande des banques commerciales continue de dépasser, adjudication après adjudication, l’offre proposée par l’institut d’émission sous-régional.

