En Afrique, les petites et moyennes entreprises (PME) constituent l’immense majorité du tissu entrepreneurial africain. Selon les Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement, elles représentent environ 94 % des entreprises du continent et emploient une part majoritaire de la main-d’œuvre, même si leur poids varie fortement selon les pays, leur capacité à croître constitue donc un enjeu majeur en matière de création d’emplois et de transformation économique.
Dans un contexte où, selon la Banque africaine de développement, environ 12 millions de jeunes par an, arrivent chaque année sur le marché du travail pour seulement environ 3 millions d’emplois formels créés, les structures publiques ne peuvent plus, à elles seules, absorber cette demande croissante. La création d’activités génératrices de revenus et surtout d’emplois productifs par le secteur privé, dont les PME, devient alors indispensable.
Malgré ce rôle central, les PME restent confrontées à un défi structurel majeur qui est l’accès au financement. Selon la CNUCED, le déficit de crédit des MPME africaines avoisine 300 milliards USD. L’IFC estime, selon un périmètre et une méthodologie différents, la demande de financement non satisfaite à 331 milliards USD pour la seule Afrique subsaharienne. Ces difficultés s’expliquent notamment par des taux d’intérêt élevés, des exigences de garanties importantes et une perception de risque jugée élevée.
Cette situation freine leur capacité à investir, recruter, innover et, surtout, à changer d’échelle.
Les données récentes des World Bank Enterprise Surveys, compilées dans Africa’s Pulse 2025, permettent de montrer que l’accès au financement varie fortement selon la taille des entreprises. Elles montrent notamment que les petites entreprises subsahariennes sont moins susceptibles d’avoir accès à un prêt bancaire et plus susceptibles de considérer le financement comme une contrainte importante.
Face aux limites du financement bancaire courant, la levée de fonds apparait comme un moyen additionnel pour aide les entreprises de diversifier leurs sources de financement. Elle peut prendre la forme d’une ouverture du capital à des investisseurs, d’une dette privée ou encore d’instruments hybrides. Dans le cas d’un financement en fonds propres, l’entreprise ne supporte pas de remboursement immédiat, mais les actionnaires existants acceptent en contrepartie une dilution de leur participation et, restent souvent ouverts à une évolution de la gouvernance.
Nuançons tout de même que la levée de capitaux propres n’est ni nécessaire ni adaptée à toutes les PME. Le choix du financement doit dépendre de la maturité de l’entreprise, de ses flux de trésorerie, de sa capacité d’endettement, de son rythme de croissance et de la volonté des actionnaires d’ouvrir leur capital. L’enjeu n’est donc pas de substituer systématiquement le capital-investissement au crédit bancaire, mais de construire un ensemble de solutions de financement adapté aux différents profils d’entreprises.
Les levées de fonds peuvent prendre plusieurs formes selon la maturité de la PME : les entreprises peuvent solliciter des Business Angels ou du capital-risque (Venture Capital) aux premières phases de développement, puis du capital-développement (Growth Equity) ou d’autres formes de Private Equity lorsqu’elles atteignent une taille et une maturité supérieures.
L’ouverture du capital offre plusieurs avantages comme l’accès à des ressources financières sans remboursement immédiat, la capacité à financer des projets de croissance ambitieux, le renforcement des fonds propres et partage du risque avec les investisseurs. Elle a néanmoins un coût à savoir : la dilution du capital, les droits accordés aux nouveaux actionnaires, les exigences accrues en matière de reporting et de gouvernance, ainsi qu’une pression plus forte sur la création de valeur et la sortie future de l’investisseur.
Mais au-delà de l’apport financier, elle offre via les fonds d’investissement un accompagnement stratégique dans la gouvernance et l’expansion des entreprises, une expertise en gestion, une structuration financière et un accès à des réseaux internationaux. Pour une PME, cela représente un véritable changement de dimension et un accélérateur de croissance.
L’AVCA indique qu’en 2025, 5,1 milliards USD de capital privé ont été investis en Afrique à travers 530 transactions. Le volume d’opérations a progressé de 8 %, tandis que leur valeur totale a diminué de 5 %, ce qui traduit notamment un déplacement vers des transactions de plus petite taille. Cependant, ces montants restent concentrés sur un nombre limité d’entreprises au regard de l’ampleur du tissu entrepreneurial africain.
L’exemple de Wave, fintech présente en Afrique de l’Ouest, illustre pourtant le potentiel de ces opérations. Grâce à plusieurs levées de fonds successives, l’entreprise a pu accélérer son expansion régionale, développer son offre de services financiers et devenir l’une des principales licornes du continent.
Ce constat implique que le problème ne réside pas uniquement dans le manque de capitaux, mais aussi dans le nombre limité d’entreprises réellement investissables. Les PME sont ainsi confrontées au défi d’améliorer leur capacité à lever des fonds et se rendre crédibles au regard des investisseurs. Car en réalité, si les fonds d’investissement se multiplient, leur capacité à accompagner les PME reste limitée par plusieurs facteurs.
-Côté PME, peuvent se remarquer le manque de structuration, la faible transparence financière, la difficulté à produire des business plans solides, et l’absence de données fiables ou encore la faiblesse des systèmes de gouvernance. De nombreuses PME africaines, notamment dans le secteur informel ou peu structuré, peinent encore à répondre à ces exigences.
-Côté investisseurs ; la perception de risque élevée, la taille des projets souvent trop faible, des environnements réglementaires parfois instables et la difficulté à identifier des projets suffisamment matures, la difficulté de sortie des investissements et les risques de change constituent également des freins majeurs. Au final il advient un décalage entre l’offre de financement et la demande réelle.
Des initiatives récentes cherchent précisément à réduire ce décalage entre les besoins de financement des PME et les exigences des investisseurs. Au Bénin, Idawa Capital s’inscrit dans cette dynamique en ciblant les PME locales à travers une approche combinant capital patient et accompagnement stratégique. Au-delà de l’apport financier, le fonds entend notamment accompagner les entreprises dans le renforcement de leur gouvernance, de leur gestion financière et de leur développement commercial.
Au-delà du financement des entreprises, la levée de fonds touche à des enjeux structurants. Une meilleure mobilisation du capital vers les PME peut contribuer à renforcer les capacités productives, accélérer l’industrialisation et la transformation locale, stimuler l’innovation, favoriser l’inclusion financière et, surtout, créer davantage d’emplois productifs.
Conclusion
Dans un continent où des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, les PME jouent un rôle déterminant dans la création d’emplois et la transformation économique. Mais sans solutions de financement adaptées à leur taille, à leur maturité et à leur profil de risque, leur potentiel restera largement sous-exploité.
La levée de fonds ne doit plus être perçue comme un outil réservé aux startups ou à une minorité d’entreprises à forte croissance. Elle doit s’inscrire dans un système de solutions de financement plus large, complémentaire au crédit bancaire et adapté aux différentes étapes du développement des PME.
Cela suppose d’agir simultanément sur les deux côtés du marché. Du côté des entreprises, l’enjeu est de renforcer la structuration, la formalisation, la transparence financière et la gouvernance afin d’accroître leur investissabilité. Du côté de l’écosystème financier, il s’agit de développer des tickets d’investissement plus adaptés, des véhicules en monnaie locale, des mécanismes de garantie et des fonds régionaux, tout en mobilisant davantage les investisseurs institutionnels africains. Le développement de solutions de sortie crédibles pour les investisseurs constitue également une condition importante à l’approfondissement du capital-investissement sur le continent.
Le véritable défi n’est donc pas seulement de mobiliser davantage de capitaux en faveur des PME africaines. Il consiste également à construire davantage d’entreprises capables de les absorber, de les transformer en croissance durable et, surtout, en emplois. C’est à cette condition que le capital privé pourra devenir un véritable levier de transformation du tissu productif africain.
Sources d’information:
– Banque africaine de développement, Perspectives économiques en Afrique 2026.
– Banque africaine de développement, World Youth Skills Day…, 2025.
– CNUCED, Leveraging Digital Technologies for MSMEs’ Integration into Regional Value and Supply Chains, 2025.
– IFC, MSME Banking in the Digital Era, 2025.
– Banque mondiale, Africa’s Pulse, 2025.
– AVCA, 2025 African Private Capital Activity Report, 2026.
-Africa24TV: Afrique : les PME représentent environ 50 % du PIB total des pays subsahariens
-Banque Africaine de Développement (2025). « Perspectives économiques en Afrique 2025 ».

