Au Cameroun, l’inflation observée sur les prix des engrais menace directement les ambitions de production record du coton. En effet, la Banque mondiale anticipe une hausse de plus de 30% des prix des engrais en 2026. L’urée, engrais azoté le plus utilisé, cristallise l’essentiel de cette envolée. Son prix moyen pourrait atteindre 675 USD la tonne cette année. Cela représente une progression de près de 60% par rapport à 2025.
Le potassium n’échappe pas non plus à cette dynamique haussière mondiale. Les tarifs du MOP devraient grimper d’environ 12% sur la même période. L’indice global des prix des engrais a déjà bondi de 12% entre fin 2025 et début 2026.
Le pays reste largement dépendant des approvisionnements extérieurs en fertilisants. En effet, le Cameroun a importé pour 44,5 milliards de FCFA (environ 77 millions USD) d’engrais au premier semestre 2025. Ce montant dépassait déjà les 40,2 milliards de FCFA (environ 70 millions USD) enregistrés un an plus tôt.
Cette dépendance structurelle expose directement les producteurs locaux aux soubresauts internationaux. Les petits exploitants agricoles, qui produisent l’essentiel des denrées en Afrique subsaharienne, encaissent le choc en première ligne.
Sodecoton, entre ambitions et vulnérabilités
Dans ce contexte, la Société de développement du coton (Sodecoton) vise pourtant un objectif historique en 2026. L’entreprise basée à Garoua dans le Nord du pays table sur 440.000 tonnes de coton graine pour la campagne 2025-2026. Elle franchirait alors pour la première fois le seuil symbolique des 400.000 tonnes.
Cette trajectoire s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Le gouvernement camerounais vise à terme 600.000 tonnes de production annuelle. Mais la filière cumule déjà plusieurs fragilités préoccupantes sur le terrain. En effet, les surfaces cultivées ont reculé de 234.000 à 197.000 hectares (ha) entre 2023 et 2025. Les inondations et la prolifération de jassides ravageurs expliquent en partie ce repli.
En conséquence, le rendement moyen a chuté de 1.600 à 1.300 kilogrammes par ha. Cette baisse de productivité coûte plus de 10 milliards de FCFA (environ 17,3 millions USD) de revenus annuels à la filière. La campagne 2024-2025 avait déjà déçu, avec seulement 286.000 tonnes contre 400.000 espérées.
Les acteurs de terrain réclamaient une subvention des engrais avant même cette flambée mondiale. Ils demandaient également une revalorisation du prix d’achat du coton graine. La Sodecoton avance chaque année intrants et semences sous forme de crédits remboursables.
Les arriérés de recouvrement atteignent aujourd’hui 2 milliards de FCFA (près de 3,5 millions USD), conséquence des récoltes manquées. Privés de revenus suffisants, certains producteurs abandonnent purement la culture cotonnière.
Un test de résilience pour la filière
La flambée mondiale des engrais arrive au pire moment pour la Sodecoton. L’entreprise doit désormais concilier ambitions productivistes et flambée des coûts d’intrants. Le renchérissement des importations pourrait directement fragiliser l’objectif des 440.000 tonnes.
Cette conjoncture questionne aussi la stratégie camerounaise de dépendance aux fertilisants importés. Dans le milieu, l’on pense qu’une production locale d’engrais permettrait de réduire cette vulnérabilité face aux crises géopolitiques. Sans réponse rapide, la filière coton risque de voir ses ambitions se heurter à une réalité économique plus dure que prévu.

