Le groupe ivoirien NSIA réorganise son dispositif au Nigeria. Après quinze années de présence sur le marché, NSIA Insurance Ltd. — sa filiale locale — a décidé de transférer l’intégralité de son portefeuille d’assurance-vie à CHI Life Assurance Ltd. et de concentrer désormais ses activités nigérianes sur l’assurance non-vie (IARD). L’annonce a été faite à Lagos à l’issue de l’assemblée générale annuelle 2026 du groupe, le 31 août 2026.
Elle marque ainsi la fin des activités de NSIA dans l’assurance-vie au Nigeria — mais pas son retrait du marché. Le groupe entend poursuivre ses opérations à travers NSIA Insurance Ltd., qui exercera désormais exclusivement en non-vie. Ce recentrage s’accompagne d’une opération de renforcement des fonds propres : les actionnaires ont approuvé l’incorporation de 6 milliards de nairas de bénéfices au capital social, qui passe ainsi de 9 à 15 milliards de nairas, sans nouvel appel de fonds.
Ce mouvement trouve son origine dans la nouvelle donne réglementaire. La Nigerian Insurance Industry Reform Act (NIIRA) de 2025, dont l’échéance de recapitalisation a été fixée au 31 juillet 2026, impose désormais aux assureurs non-vie nigérians un capital minimum de 15 milliards de nairas. Pour un groupe présent simultanément sur plusieurs branches comme NSIA, cette évolution se traduit mécaniquement par un doublement — voire plus — des besoins en fonds propres pour maintenir plusieurs licences en parallèle.
Inflexion
Dans ce contexte, le choix de NSIA traduit une volonté de concentrer ses ressources sur un segment jugé prioritaire plutôt que de maintenir une présence sur plusieurs branches avec des besoins en capital distincts. Le transfert du portefeuille vie permet au groupe de réduire son périmètre tout en renforçant financièrement son activité non-vie. Selon les données publiées à l’occasion de l’assemblée générale, la branche vie et santé avait généré environ 8,15 milliards de nairas de chiffre d’affaires en 2025, contre quelque 24,87 milliards pour la non-vie, soit près du quart des revenus nigérians du groupe.
Présent au Nigeria depuis 2011 — lorsque NSIA avait acquis ADIC Insurance Company auprès de Diamond Bank —, le groupe avait fait de ce marché l’un de ses points d’ancrage majeurs en Afrique anglophone. La cession de son portefeuille vie, annoncée par le président de la filiale, Adesegun Akin-Olugbade, constitue donc une inflexion dans cette stratégie, sans pour autant remettre en cause la présence du groupe dans le pays. L’opération, qui a déjà reçu un accord de principe de la National Insurance Commission (NAICOM), reste soumise à l’achèvement des formalités juridiques et réglementaires.
Un marché complexe
Le Nigeria reste un marché incontournable pour les assureurs africains. Avec plus de 220 millions d’habitants et un niveau de pénétration de l’assurance encore relativement faible — l’un des plus bas du continent rapporté à la population —, le pays dispose d’un potentiel important, mais demeure également caractérisé par une concurrence accrue et des contraintes macroéconomiques persistantes, notamment la dépréciation chronique du naira, qui a pesé sur la valeur en FCFA des investissements du groupe.
Pour NSIA, l’enjeu est désormais de consolider son activité non-vie dans ce marché complexe. La hausse du capital de NSIA Insurance Ltd. devrait lui donner la capacité d’absorber la transition réglementaire tout en finançant son développement. Cette opération illustre plus largement les arbitrages auxquels sont confrontés les groupes panafricains d’assurance : dans un environnement où le capital devient une ressource stratégique, l’expansion géographique ne peut plus être dissociée de la rentabilité et de l’allocation des fonds propres.

