Alors que la Côte d’Ivoire s’affirme comme un poids lourd énergétique du continent, sa dynamique économique fait émerger une nouvelle génération de dirigeants. Directrice générale adjointe de la GESTOCI depuis 2019, diplômée de Columbia Business School, Nina Keïta en est l’une des incarnations les plus évocatrices dans un secteur où les femmes à ce niveau de responsabilité restent l’exception.
La trajectoire ivoirienne s’est installée dans la durée. Depuis plus d’une décennie, le pays affiche l’une des croissances les plus soutenues du monde, environ 6,5 % selon la Banque mondiale, soit le double de la moyenne ouest-africaine. Cette performance s’appuie sur une diversification économique en cours, portée notamment par un secteur extractif en plein essor, au premier rang duquel les hydrocarbures avec les découvertes des gisements de premier plan « Baleine » et « Calao » qui ont fait entrer la Côte d’Ivoire dans le cercle des producteurs de pétrole et de gaz naturel. Une dynamique qui ne faiblit pas avec la découverte en février dernier d’unenouvelle découverte majeure, « Calao South ». De quoi conforter la candidature à l’OPEP déposée par le pays en 2024.
En Côte d’Ivoire, cet essor ne se mesure pas qu’en barils et révèle aussi des compétences et des talents. Cadres formés à l’international, diaspora de retour au pays, les performances de l’économie ivoirienne s’écrivent également en capital humain. Le parcours de Nina Keïta fait écho à ce mouvement.
Le choix du retour
Née à Abidjan, bachelière scientifique à seize ans, elle se forme à l’École supérieure des sciences commerciales d’Angers (ESSCA), en France. Après un début de carrière international dans l’industrie de la mode et du luxe, entre Paris et New York, elle rejoint le groupe américain Estée Lauder comme spécialiste en marketing technologique. En 2014, elle fait le choix du retour et devient conseillère technique chargée de la communication du ministre du Budget et du Portefeuille de l’État, Abdourahmane Cissé. Elle complète ensuite sa formation par un MBA de Columbia Business School, obtenu en 2018. Un profil international et des compétencesqu’elle choisit de mettre au service de l’État ivoirien.
En février 2026, son nom apparaît dans les documents liés à l’affaire Epstein au titre d’échanges lorsque Nina Keita résidait à New Yorkdans le cadre de négociations commerciales avec des acteurs africains. Aucune poursuite n’a été engagée et l’intéressée n’a pas souhaité commenter.
Un poste stratégique dans un pays en plein boom des hydrocarbures
Le 19 juin 2019, elle est nommée directrice générale adjointe de la Société de gestion des stocks pétroliers de Côte d’Ivoire (GESTOCI), l’entreprise publique en charge du stock de sécurité de l’État et de la livraison des produits pétroliers. « Lorsque j’ai eu l’opportunité de rentrer en Côte d’Ivoire, je n’ai pas hésité une seconde à quitter les États-Unis », raconte-t-elle. Elle y travaille au développement de nouveaux projets, à la modernisation de la gestion des dépôts et au renforcement des partenariats régionaux. En novembre 2021, l’entreprise reçoit le prix d’Excellence de la meilleure entreprise du secteur pétrolier à la Journée nationale de l’Excellence.
Sa feuille de route s’inscrit celle d’un pays qui ne veut plus se contenter d’exporter du brut. La Côte d’Ivoire entend renforcer ses capacités de raffinage, capter davantage de valeur localement, faire du stockage et de la logistique le socle de la crédibilité régionale. Les défis ne manquent pas, notamment la nécessité de répartir les fruits de la croissance, et la dirigeante ne les élude pas. « Le boom énergétique doit être un levier de diffusion d’une croissance inclusive en Côte d’Ivoire », confie-elle dans un échange avec nos confrères en 2025.

