ParcAbderrahmane MEBTOUL, Professeur des universités, expert international, docteur d’État en management stratégique.
Le 18ᵉ sommet des BRICS+ se tiendra les 12 et 13 septembre 2026 à New Delhi, en Inde, dans un contexte marqué par une dynamique économique remarquable de l’Inde, mais également par de profondes turbulences géopolitiques mondiales : conflits au Moyen-Orient, guerre en Ukraine et, en cette année 2026, conséquences de plus en plus visibles du réchauffement climatique.
Cette rencontre réunira les dirigeants des pays membres et partenaires des BRICS+ autour de plusieurs enjeux majeurs : la coopération économique, l’évolution de l’ordre géopolitique mondial et les réponses aux crises internationales.
Le sommet s’articulera autour de quatre objectifs principaux :
- Premièrement, renforcer la résilience collective à travers la sécurité alimentaire, énergétique et sanitaire face aux crises mondiales ;
- Deuxièmement, accélérer l’innovation en développant les infrastructures numériques et logistiques entre les économies émergentes ;
- Troisièmement, améliorer les échanges commerciaux et la coordination financière au sein du Sud global ;
- Quatrièmement, promouvoir une transition écologique et un modèle de développement respectueux de l’environnement.
1- Les BRICS : vers une recomposition de l’ordre économique mondial ?
C’est dans l’objectif de réduire la domination occidentale et de favoriser l’émergence d’un monde multipolaire qu’a été créée l’organisation des BRIC en 2009, lors du premier sommet du groupe à Ekaterinbourg, en Russie, réunissant initialement quatre pays : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine.
En 2011, avec l’intégration de l’Afrique du Sud, l’acronyme devient BRICS.
Entre 2024 et 2025, le groupe connaît une nouvelle phase d’élargissement, souvent appelée BRICS+, avec l’arrivée de nouveaux membres tels que l’Égypte, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Indonésie.
Réunis à Kazan, en Russie, du 22 au 24 octobre 2024, les BRICS+ ont également institué un statut de pays partenaires comprenant treize États : l’Algérie, la Biélorussie, la Bolivie, Cuba, le Kazakhstan, la Malaisie, le Nigeria, l’Ouganda, la Serbie, la Thaïlande, la Turquie et l’Ouzbékistan, auxquels s’ajoutent d’autres partenaires selon les évolutions du groupe.
Les BRICS+ représentent aujourd’hui :
- environ 28 à 29 % du PIB mondial en valeur nominale (aux taux de change du marché) ;
- environ 40 à 41 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (PPA), un indicateur qui corrige les différences de niveaux de prix entre les économies ;
- plus de 45 % à 50 % de la population mondiale selon le périmètre retenu ;
- une part considérable des ressources naturelles mondiales, notamment dans les hydrocarbures, les minerais stratégiques et les matières premières agricoles.
En termes de richesse produite, le bloc BRICS+ concentre également une part importante de la richesse mondiale, même si les écarts entre ses membres demeurent considérables.
Le PIB mondial nominal pour 2025 est estimé à environ 118 350 milliards de dollars. La répartition des principales économies du groupe se présente ainsi :
- La Chine : environ 20 851 milliards de dollars, soit près de 16,5 % du PIB mondial ;
- L’Inde : environ 3 956 à 4 500 milliards de dollars, soit environ 3,1 à 3,5 % du PIB mondial ;
- La Russie : environ 2 561 milliards de dollars, soit près de 2 % du PIB mondial ;
- Le Brésil : environ 2 280 milliards de dollars, soit près de 1,8 % du PIB mondial.
Au sein du bloc, la Chine représente près de la moitié du PIB total des BRICS+, demeurant de très loin la première puissance économique du groupe. L’Inde constitue le deuxième pilier économique, suivie par la Russie et le Brésil.
En termes de parité de pouvoir d’achat (PPA), le PIB mondial est estimé pour 2025 à environ 222 760 milliards de dollars. La Chine représente près de 20 % du PIB mondial en PPA et environ 50 % de la production économique totale des BRICS+. L’Inde représente environ 8,5 % du PIB mondial en PPA, soit près de 21 % du PIB cumulé du bloc. La Russie contribue à hauteur d’environ 3,4 % du PIB mondial en PPA, soit près de 8,5 % du total BRICS, tandis que le Brésil représente environ 2,4 % du PIB mondial en PPA, soit près de 6 % du bloc.
2- La quête d’une autonomie financière face au dollar et aux institutions de Bretton Woods
Les BRICS cherchent également à réduire leur dépendance à l’égard du dollar et des institutions financières internationales issues des accords de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Lors du sixième sommet annuel, en 2014, les cinq membres fondateurs — Chine, Inde, Russie, Brésil et Afrique du Sud — ont officialisé la création de la Nouvelle Banque de développement (NDB), dont le siège est établi à Shanghai. Cette institution est actuellement dirigée par l’ancienne présidente brésilienne Dilma Rousseff.
La NDB a progressivement élargi son action avec l’adhésion du Bangladesh et des Émirats arabes unis en 2021, de l’Égypte en 2023 et de l’Algérie en 2024.
Cette banque pourrait :
- mobiliser une partie de ses ressources par l’émission d’emprunts sur les marchés financiers internationaux afin de financer des infrastructures structurantes ;
- utiliser ses réserves en devises pour réduire les risques liés aux tensions inflationnistes et aux contraintes de liquidités extérieures ;
- favoriser l’investissement dans l’économie réelle plutôt que dans des actifs financiers à faible rendement ;
- encourager l’utilisation des monnaies nationales dans les échanges entre pays membres, contribuant ainsi à réduire progressivement la dépendance au dollar.
Cependant, malgré ces initiatives, le dollar — et dans une moindre mesure l’euro — demeure largement dominant dans le système financier international.
Selon les données du FMI, en 2025, le dollar représente environ 58 % des réserves mondiales de change, tandis que l’euro en représente près de 20 %.
Dans le commerce mondial des biens et services, qui a dépassé les 35 000 milliards de dollars, le dollar reste également la principale monnaie de règlement. Il représente plus de 50 % des transactions internationales via SWIFT et environ 80 % du financement du commerce international (Trade Finance).
L’euro demeure la deuxième monnaie mondiale, avec environ 22 à 23 % des paiements internationaux via SWIFT. Le yuan chinois progresse mais reste encore limité, autour de 8 % des transactions internationales, tandis que la roupie indienne demeure marginale.
Conclusion
La Chine constitue donc le moteur principal des BRICS+. Deuxième économie mondiale, premier exportateur mondial et acteur majeur des investissements internationaux, elle occupe une place centrale dans la stratégie économique du groupe.
Elle importe d’importants volumes de matières premières et de produits semi-finis afin de soutenir son industrie, ses exportations et sa consommation intérieure.
Cependant, l’approfondissement du commerce intra-BRICS demeure limité par plusieurs obstacles, notamment l’insuffisance des infrastructures économiques, financières et logistiques.
Selon certaines analyses internationales, près de 80 % de la progression des échanges commerciaux au sein des BRICS impliquent directement la Chine, même si les échanges entre certains membres, notamment l’Inde et la Russie, connaissent également une dynamique croissante.
Ainsi, le sommet de New Delhi en septembre 2026 constituera un nouveau test : les BRICS+ peuvent-ils réellement devenir l’ossature d’un ordre mondial multipolaire ou resteront-ils une coalition économique hétérogène dominée par la puissance chinoise ?

